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Non, je n’ai pas voté pour toi

Si je regarde le projet, la gestion actuelle de la ville – puisque vous êtes l’équipe sortante – ou même la couleur politique, j’aurai voté pour vous, pour toi maire de ma ville  (tu permets que je tutoie ? c’est l’usage ici, et de toutes façons je doute que tu me lises).

Sauf que non.

Tu occupes une fonction exécutive ici depuis 25 ans maintenant, 1989 exactement. Ça date (et bien entendu vous étiez déjà dans le sérail auparavant, entre autres en tant qu’assistante parlementaire). Même si on se contente du poste de maire, on parle de 15 ans, 1999.

Vingt-cinq ans ! Qu’on ne me fasse pas croire qu’il était impossible de faire émerger des gens compétents et pertinents pour prendre la suite.

D’autant que visiblement ce sont déjà d’autres qui font le travail de tous les jours, manque de temps oblige : L’express t’attribue 21 dans son classement des cumuls, soit un sur-cumul équivalent de plus de deux plein temps. Eux n’ont retenu que 5 mandats publics mais il faut ajouter 4 mandats d’administratrice (OPAC, centre hospitalier, fonds d’aménagement urbains, hospices civils), et 5 autres mandats dans des structures politiques et sociales connexes (Observatoire de la laïcité, Conseil national de l’habitat, comité de suivi du DALO, conseil social de l’USH) dont un en tant que présidente et un en tant que vice-présidente.

Ce sont 14 mandats dans des structures publiques ou sociales, et pas des petits ou en second plan ! auquels il faudrait bien entendu ajouter les éventuelles rôles secondaires (comme les directions de commissions) et les éventuelles occupations à titre privé. N’en jetez plus !

Bref, le travail semble bon, j’aurai voté pour le successeur, pour la même liste mais avec de nouvelles têtes en haut. Pas ici, je ne veux plus de ce carriérisme politique.

(et je publie ça après l’élection, parce que l’objectif n’est pas de faire campagne)

Vote blanc pour tirage au sort

Je n’aime pas le vote blanc, et encore moins l’illusion que lui donner plus de valeur résoudra quoi que ce soit. Je n’ai pas non plus grand chose pour ou contre le tirage au sort, c’est un outil technique qui peut être intégré dans une solution qui est déjà démocratique à la base, mais pas une solution en soi.

Par contre pour les aficionados de l’un ou de l’autre, j’ai vu une proposition passer qui ne me semble pas délirante, qui donne une voie intéressante aux deux parties et qui semble même assez logique au final :

Le vote blanc représente un élu ou une liste tirés au sort parmi les électeurs (éventuellement autant de fois que nécessaire pour trouver quelqu’un qui accepte).

Ça donne un sens au vote blanc sans en faire un vote de refus (parce que sinon il est toujours plus simple de dire « non » que de dire « oui »). Danger : gérer le tirage au sort pour qu’il ne puisse être faussé.

Dés

Démocratie tirée au sort

Démocratie, littéralement « le peuple au pouvoir ». Qui diable a instauré l’idée que le tirage au sort serait une procédure démocratique ?

Lors d’un tirage au sort le peuple dans son ensemble, ne décide de rien, n’influe sur rien, ne choisit même rien. Il n’a aucun pouvoir, ni avant, ni pendant, ni après le mandat.

La procédure du tirage au sort est équitable dans le sens que tout le monde a la même chance d’être élu, mais elle n’est en rien démocratique, pas plus que ne l’est une monarchie. Dans le premier cas c’est le hasard qui décide, dans le second cas c’est Dieu (ou le hasard de la naissance pour ceux qui n’y croient pas) : la différence est tenue.

Si nos démocraties représentatives représentent déjà un fort compromis, le tirage au sort est lui à l’opposé total du terme.

Qu’on ne se méprenne pas : Le tirage au sort est une très bonne procédure en soi. Il est très utile par exemple pour les assemblées où il est requis de n’avoir aucune position préalable, voire aucune compétence particulière. L’élection des jurés d’assise par tirage au sort est très adaptée. L’élection d’une assemblée constituante peut l’être aussi si l’objectif n’est que la production d’un travail préalable, qui sera ensuite discuté par le peuple à qui reviendra la décision finale.

Mais le tirage au sort pour gérer une collectivité ? représenter le peuple lors des décisions politiques ? quelle idée ! Même une très mauvaise élection avec un choix limité et une opposition muselée donne un pouvoir plus grand au peuple. Le résultat n’en sera pas meilleur, mais au moins cette élection tronquée pourrait se réclamer d’une parcelle du terme démocratie que le tirage au sort n’aura jamais.

Même la représentativité, qui intuitivement semble parfaite, sera une catastrophe à défaut d’un corpus élu suffisant pour limiter les aléas : On reconnait un tirage vraiment aléatoire au fait qu’il n’a justement que très peu de chances d’être représentatif de l’ensemble de départ.

Le système politique actuel a fini par en dégouter plus d’un, mais de là à imaginer le tirage au sort comme l’apogée de la démocratie, nous sommes arrivés bien bas.

carte électorale

Vote blanc = chèque en blanc

Encore un appel au vote blanc. Ne vous laissez pas leurrer : Ce n’est pas vote blanc ou chèque en blanc, c’est vote blanc *et* chèque en blanc.

Appeler au vote blanc c’est vous appeler à ne pas choisir, à justement laisser les autres diriger et leur faire un chèque en blanc. Et ne croyez pas que la blancheur de votre vote soulagera le montant qui sera finalement inscrit sur le chèque en question.

Personne ne vous représente ? Tous mauvais ? Tous pourris ? Vous ne cautionnez pas ? Vous ne croyez pas en la représentativité en démocratie ? Vous rejetez le système ?

Peu importe, ce n’est pas la question. Indépendamment de tous vos sentiments, une liste de personnes dirigera votre commune demain. Vous pouvez aider à ce qu’elle soit la meilleure possible – ou la moins mauvaise, suivant votre vision.

Vous pouvez aussi laisser les autres choisir, mais à priori ceux qui choisiront n’ont pas forcément votre façon de voir. Vous ne faites que leur laisser un chèque en blanc et ils risquent d’élire un conseil qui vous correspond encore moins que prévu.

Et ne croyez pas ceux qui vous disent qu’un décompte des votes blancs ou qu’une forte proportion de votes blanc changera quoi que ce soit. L’abstention grimpe chaque année un peu plus pour atteindre des sommets. Ça n’a jamais changé quoi que ce soit dans le bon sens :

Le nombre de vaches qui regardent passer les trains sans bouger n’a jamais changé la destination des dits trains.

Carte électorale

Reprendre la main sur notre monde politique

Je vois tellement de gens résignés par la politique… des gens qui semblent pourtant se sentir concernés par leur prochain. Comment en est on arrivés là ?

Ce doit être horrible de vivre en se disant qu’on ne peut rien y faire, alors qu’il a fallu des siècles pour permettre nos démocraties. Elles sont encore imparfaites, et c’est un faible mot, mais elles ne seront jamais meilleures que l’investissement qu’on y met.

D’autres avant nous avaient toutes les raisons d’être résignés et d’avoir l’impression d’être impuissants. Nous avons tant d’outils et de possibilités de plus qu’eux. Ne jouons pas les enfants gâtés parce que c’est difficile

Ça me fait d’autant plus mal que d’autres peuples se battent en ce moment pour ce que nous dédaignons parce que ça demande un peu d’efforts.

Même avec l’impression d’impuissance : n’abandonnons pas, ni pour nous ni pour les suivants. J’ai un enfant, quel monde lui laisse-je si laisse la démocratie à l’abandon simplement parce ce que ça demande des efforts ?

Ne nous laissons pas avoir par les débats sur les représentants politiques pourris, non représentatifs, sur la non prise en compte du vote blanc et toutes ces excuses. Tout ça n’a d’importance que parce que nous laissons faire.

Personne n’a dit que c’était facile, que ça se ferait en un jour, mais les choses ne peuvent changer que si nous les reprenons en main, si nous ne déclarons pas forfait et que nous n’y investissons pas un minimum de nous-mêmes.

Nous avons un peu de démocratie, nous ne la perdrons que si nous ne l’utilisons pas.

Publicité des scrutins publics à l’Assemblée nationale

Quand on râle, il faut aussi saluer les pas dans la bonne direction, aussi petits soit-ils.

Dernièrement l’Assemblée nationale a fait évoluer ses règles quant aux votes. Désormais au aura le détail de votes par scrutin public, nominativement, et c’est une bonne chose. Nous n’aurons malheureusement toujours pas de distingo entre les votes réels et les délégations.

Systèmes de vote

La qualité est vraiment mauvaise mais l’écoute est intéressante pour ceux qui ne maitrisent pas encore les subtilités des différents systèmes de vote et qui crient au vol de démocratie avec le système français actuel :

Je diffère toutefois de la conclusion : Le fait que plein de systèmes de vote renvoient des résultats différents n’implique pas qu’il n’existe pas de bon système de vote. Tout ça veut juste dire qu’il nous faut définir nos critères pour déterminer ce qui est juste pour nous.

Sur les cinq systèmes, les trois derniers présentés ont tendance à exclure les candidats qui ne peuvent pas faire consensus. À l’inverse, si les votes majoritaires ont tendance à éviter les consensus mous mais l’élu pourrait ne convenir qu’une faible part des électeurs.

Dans une démocratie apaisée, j’ai tendance à penser que c’est la première alternative qui a du sens (et inversement : que la seconde alternative ne peut pas mener à une démocratie apaisée).

Immunité – vote à main levée

Certains mécanismes institutionnels peuvent sembler lourds ou exagérés, mais ils sont là pour garantir nos libertés et notre démocratie en des jours plus sombres.

Malgré tout le mal que je pense de la non-levée de l’immunité de Serge Dassault, la dernière chose qu’il faudrait c’est lever le secret du vote du bureau du Sénat ou retirer globalement l’immunité des sénateurs.

Votes à bulletins secrets

L’immunité doit protéger des pressions, et là c’est ce qu’on vit. Cela m’incite encore plus à m’opposer au vote à main levée – Catherine Procaccia.

N’oublions pas que nous parlons ici de corruption et même de meurtre pour faire taire les alertes. Malgré tout nous sommes aujourd’hui dans un contexte relativement calme. Le jour où nous aurons à juger un problème de plus grand ampleur encore, où les sénateurs auront potentiellement peur pour leur vie, n’aimerions-nous pas qu’ils puissent voter à bulletins secrets ? J’irai même plus loin à demander que la répartition des votes elle-même soit confidentielle dans le bureau.

Si aujourd’hui nous instituons un vote à main levée par transparence, nous y perdons sur le long terme. Juger de nos procédures à l’aune des jours où tout est calme est de bien mauvais conseil.

La transparence de la part des élus n’est en soi pas illégitime, mais dans ce cas il faut leur permettre d’avoir de la force, et donc ici de voter en assemblée plénière (et sans votes de groupe). Il est bien plus difficile de faire taire personnellement par la menace physique 348 sénateurs qu’une poignée de gens dans un bureau.

Immunité

L’immunité part du même principe. Elle garantit la représentation du peuple contre l’arbitraire policier ou judiciaire. Aujourd’hui c’est un non-risque et nous devrions lever les immunités assez facilement sur simple demande raisonnablement justifiée – ce qui malheureusement n’a pas été fait.

Demain il est possible que ce soit la seule alternative pour éviter que des députés de l’opposition soient d’un coup mis en garde à vue opportunément avant un vote important, ou que coller des procès longs soient une manière de faire pression sur un représentant pour l’exclure ou le discréditer.

Pensez à l’Égypte et à tous ces pays qui ont fait leur révolution récemment, à ceux qui voient leurs députés emprisonnés. Ce n’est pas une question purement rhétorique, cela arrive dans d’autres pays et il s’agit d’un mécanisme pour limiter les problèmes si un jour notre pays est moins calme qu’aujourd’hui.

Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Même si cela nous coûte aujourd’hui, donne parfois un peu d’injustice ou quelques dérapages, voire des scandales comme celui de Serge Dassault, ils ne sont que temporaires et bien moins grave que ce que nous risquons à retirer cette immunité.

Et alors ?

Tout n’est pas beau dans le meilleur des mondes. Le système fonctionne si nos représentants agissent avec honnêteté, sérieux et droiture.

Je n’oserai pas demander qu’ils laissent l’aspect partisan de côté, mais c’est toujours Catherine Procaccia qui nous montre qu’il y a problème de ce côté là :

Cela m’incite encore plus à m’opposer au vote à main levée, car on ne regardera plus le dossier mais si c’est quelqu’un de droite ou de gauche qu’on protège.

Le secret du vote est un compromis vis à vis des exigences d’un représentant du peuple de façon à le sécuriser contre les pressions insurmontables. Ici on est juste en train de dire soit que le jeu des partis est une pression insurmontable pour la démocratie – ce qui en soit est sacrément grave si c’est vrai, et mériterait qu’on les dissolve rapidement – soit que les députés préfèrent agir par intérêt politique personnel  avant toute autre considération même face à des problématiques qui impliquent corruptions massives et meurtres – ce qui est finalement tout aussi grave et mériterait qu’on change immédiatement l’intégralité des députés et sénateurs.

La remarque de Catherine Procaccia est d’autant moins pertinente qu’à une ou deux exceptions près, il est presque acquis que le vote s’est bien joué dans une opposition droite – gauche quand bien même le sujet ne s’y prêtait pas du tout et malgré le secret du vote.

Donc voilà notre problème : Nos représentants ont oublié leur rôle et leur charge, et se croient dans un jeu télévisé où l’objectif est de gagner personnellement puis par équipe.

Solutions ?

Retirer leur immunité ou leur imposer une transparence des votes fera légèrement reculer certains symptômes mais ne règlera en rien le problème de fond.

Une première solution serait de refondre certains systèmes qui donnent une trop forte prime au parti gagnant, et plus globalement aux très grands partis. Plus de partis implique plus de sensibilités différentes, plus d’options pour à la fois suivre son opinion et suivre son groupe.

Mais surtout limiter les mandats devient sacrément urgent, autant dans le cumul que dans la durée. Nous avons fait un premier pas, il est essentiel d’aller encore plus loin. Il faut retirer des incitations à voter en groupe et dans un intérêt personnel de réélection toujours grandissant.

Il y a d’autres mesures, comme regarder de plus près les conflits d’intérêts, surveiller les renvois d’ascenseur pour les nominations, limiter les parachutages lors des candidatures aux élections, et plus globalement retirer un maximum de possibilités de s’assurer une carrière au détriment de l’intérêt national.

Ce sera un combat permanent et jamais gagné, mais nous avons déjà des choses évidentes par lesquelles commencer. À commencer peut être déjà par arrêter d’élire tous ceux qui se contentent de voter en fonction du critère majorité / opposition et pas en fonction du contenu des textes.

Réjouissons-nous, un candidat FN sera élu

Il semble que candidat FN ait fait au moins 40% sur la dernière cantonale partielle dans le Var. Au lieu de crier, menacer et faire peur, ne pourrait-on pas se réjouir ?

Non, je ne parle pas de sombre calcul destiné à réveiller les consciences ou provoquer un sursaut « républicain ». Il est simplement normal qu’il y ait des élus FN, et il devrait même y en avoir beaucoup plus. Ce serait juste et bien pour notre démocratie.

Le Front National fait régulièrement 15 voire 20% aux élections nationales, avec une concentration plus forte dans le sud proche de la Côte d’Azur.Avec un ancrage local fort, le FN n’a pour l’instant qu’un seul conseiller général sur 3900, et qu’un unique député sur 577 (trois si on compte les députés apparentés à un mouvement dont les idées sont proches).

Oui, c’est le jeu des élections majoritaires, c’est ainsi. Il n’empêche que je ne peux me réjouir du résultat actuel, et qu’un élu FN de plus reste un pas important dans la bonne direction. Comment donner l’impression à ces 20% que la classe politique est à même de les représenter si un tel mouvement ne mène à rien ? Pourquoi n’y-a-t-il pas de débat d’idées au lieu de ce rejet pur et simple ?

La démocratie c’est discuter avec son voisin, et pas seulement ceux avec qui on partage les idées. Auriez-vous simplement peur de la démocratie ? Croyez-vous que la démocratie ne se fait qu’entre gens qui s’apprécient ? Et si vous pensez que les électeurs FN votent uniquement par rejet, le meilleur moyen de les faire reprendre le jeu démocratique collectif, c’est bien de leur montrer qu’ils ont autant de voix que les autres.