Vers où votre boucher se tourne-t-il pour votre steak haché ?


Je ne comprends rien à la polé­mique récente sur la viande halal. Il semble­rait que de la viande halal soit vendue à tout le monde sans être étique­tée comme telle.

Je dirai juste « et alors ? »

Depuis quand deman­dez-vous à votre boucher si l’égor­geur de votre poulet était tourné vers la Mecque ? Cela a-t-il vrai­ment une impor­tance pour vous ? Je ne connais aucune reli­gion qui inter­dise de se tour­ner vers la Mecque pour décou­per un poulet. Suivez-vous une telle croyance ?

Votre viande n’a rien de moins ou de plus quand elle est halal ou non. Vous ne le saviez d’ailleurs même pas jusqu’à présent. Sauf à ce que vous mili­tiez contre les méthodes d’abat­tage halal même quand la viande ne vous est pas desti­née, seul le rejet de l’autre est une justi­fi­ca­tion à une telle polé­mique.

Qu’on ne me parle pas de laïcité. Déjà parce qu’on ne parle pas d’une action de l’État ou d’une obli­ga­tion légale – qui sont les deux seuls objets de la laïcité – mais aussi parce que jusqu’à présent personne ne râlait sur le fait de manger du pois­son le vendredi dans les cantines scolaires. Je note d’ailleurs qu’au­cun musul­man, même inté­griste, ne s’en était offusqué. Il est contra­dic­toire de repro­cher à ces derniers de ne pas faire d’ef­forts alors que le rejet vient bien de leurs oppo­sants.

Qu’on ne me parle pas non plus de commu­nau­ta­risme. Reje­ter la viande halal non pas par ses carac­té­ris­tiques mais par le simple fait qu’elle corres­pond aux attentes de l’autre et que « c’est la viande de l’autre », *ça* c’est du commu­nau­ta­risme. Le vivre ensemble, au contraire, serait d’es­sayer de conten­ter tout le monde tant que ça ne retire rien à personne. Ce serait plutôt de faire du halal (ou casher) par défaut si ce n’est pas plus cher ni plus mauvais.

Et si nous arrê­tions d’être xéno­phobes ? Je crois me rappe­ler qu’il y a « frater­nité » dans notre devise natio­nale.


Note ajou­tée le 22 février au soir après coup comme il y a eu plusieurs réac­tions sur ce point : Je suis étonné qu’on parle sani­taire et je suis convaincu que pour pas mal de gens c’est une facade très simi­laire à celle de la non-dissi­mu­la­tion du visage alors que ce qui était cher­ché c’était l’in­ter­dic­tion de la burqa, une excuse.

Ceci dit je suis d’ac­cord sur ce point avec les commen­taires : S’il y a un risque ou un problème sani­taire alors on règle­mente. J’irai même plus loin, plutôt qu’une étiquette, s’il y a un problème sani­taire, alors on arrête les déro­ga­tions et on inter­dit les mauvaises pratiques.

S’il y a étiquette ça sera « viande abat­tue sans étour­dis­se­ment ». Sous réserve que les pratiques évoluent comme dans d’autres pays, on pourra avoir de la viande halal avec étour­dis­se­ment (prières, tourné vers la Mecque, coti­sa­tion à l’ins­ti­tu­tion reli­gieuse, etc.). Inver­se­ment on pourra avoir des viandes non halal mais avec l’étiquette.

Ca ne règle donc pas le fond de mon discours et le sujet que je souhai­tais abor­der. Je mets donc désor­mais de côté toutes les ques­tions sani­taires qui répon­draient à cette problé­ma­tique dans les commen­taires.

Par contre, quand bien même on irait là, ça ne chan­gera pas qu’il y aura encore les autres aspects (se tour­ner vers la Mecques, les éven­tuelles prières ou paroles rituelles – même si il semble qu’elles ne soient pas pronon­cées, et la « taxe » des insti­tu­tions reli­gieuses). Dans d’autres pays on a du halal avec ces autres aspects tout en étour­dis­sant. Bref, je m’in­té­resse à ces autres aspects et mets de côté l’as­pect sani­taire.


25 réponses à “Vers où votre boucher se tourne-t-il pour votre steak haché ?”

  1. Une grande partie du débat se situe également sur la souffrance potentielle de la bête sur ce type d’abattage sans étourdissement préalable. Un point important que vous n’évoquez pas dans votre poste. Donc ça ne se limite pas à un rapport à l’islam.

    • C’est un débat que je n’ai quasiment pas entendu. Maintenant, si c’est réellement la motivation (et pas une excuse comme le fait de se dissimuler le visage quand ce qu’on veut interdire la Burqa) je peux comprendre. Par contre là il ne faut plus militer pour un étiquetage mais pour l’interdiction complète du mode d’abattage.

      De mémoire tout de même la réalité est plus souple que la théorie et les bêtes ne sont généralement pas conscientes (mais j’ai la flemme de chercher confirmation ou infirmation vu que dans l’ensemble ce n’est pas ce qui motive mon billet).

    • Slt,

      Ca vient d’un reportage récent que j’ai vu. La viande Halal pose plusieurs problèmes :
      – souffrance de l’animal : il doit être conscient quand égorgé (selon les rites musulmans) et il est souvent pendu aux esses à moitié agonisant ce qui est interdit, mais plus rentable. Avec la méthode traditionnelle, l’animal est étourdi et après seulement tué (d’une façon plus directe, un pistolet qui tire une sorte de tube en métal dans le cerveau).
      – raisons sanitaires : le contenu de l’estomac dégouline sur la viande ce qui augmente les risques de contamination.
      – raisons politiques : toi, ça ne te dérange peut-être pas, mais pour un athée comme moi, c’est gênant qu’on dise une prière quand on abat ma viande, je ne suis pas croyant, mais ces symboles ne me laissent pas de marbre. Je déteste les religions quelles qu’elles soient (pour tout un tas de raisons que les athées connaissent) et j’ai horreur qu’elles influent sur ma vie. Mais je te rassure, j’aime pas non plus quand le pape intervient à la télévision ou quand je suis obligé d’aller à l’église pour célébrer le mariage d’un proche et de supporter ce que j’appelle de l’hystérie collective.

      Les mystiques sont bien gentils, mais qu’ils cessent d’influer sur la vie des autres qui n’ont que faire des bondieuseries.

    • Ah mais que la religion te gêne c’est une chose. Libre à toi. Par contre ça ne t’autorise pas à réclamer l’étiquetage de tous ceux qui disent une prière, pas plus qu’on oblige ceux qui ne font pas de prière à étiqueter « ce produit a été réalisé sans pratique religieuse ». La liberté de religion (et de non religion) s’y oppose. Comme je répondais plus haut : par contre rien ne t’interdit de créer ou soutenir un label « sans prière ».

      Je note d’ailleurs que l’étiquetage « ce produit a été réalisé sans pratique religieuse » (obligatoire ou non) répond bien plus à ta problématique que celle de l’étiquetage du halal, qui n’est qu’une pratique parmi d’autres. De très nombreux produits indiens ou chinois sont réalisés dans des entreprises ou dans des familles où les gens prient plusieurs fois par jour, ou dans des lieux qui font très attention aux pratiques religieuses. De très nombreux alcools sont faits par des religieux dans des monastères ou abbayes (non, je ne parle pas des bières qui n’ont plus de religieux que l’image marketing). À la limite les 5 à 10% de viande halal en France ont bien moins de chances de te toucher que tout le reste de religieux autour.

    • Re,

      En fait, c’est plus de 50% de la viande qui est abattue selon ces rites. Je suis donc certain d’avoir déjà mangé de la viande halal. je te rassure, je suis pas mort, mais par contre, je suis contre.

      Quand à la bière religieuse, j’avoue que je n’y avait pas réfléchi, mais effectivement, je ferai attention là dessus.

      Ce qui m’a déplu dans ton post c’est le fait de penser que si on est contre, c’est qu’on est raciste (en gros). Or, je suis contre la religion car je trouve ça avilissant et surtout c’est la cause de nombreux massacres (etc…).

      Mais en fait, on retrouve cela partout, les athées ne sont jamais représentés ni pris en compte. Par exemple, pourquoi le dimanche matin y’a toutes les religions et pas un moment pour les athées pour que l’on puisse au moins savoir qu’il y a des réponses aux questions métaphysiques qu’on se pose, ailleurs que dans la religion ?

      D’ailleurs, pourquoi je suis obligé de subir le fait que le dimanche rien n’est ouvert ? Qu’on finance la rénovation des Eglises et que si je veux me marier dans un monument historique de qualité financé par l’Etat (comme les églises), je suis obligé de passer par la case « courbette » ?

      J’en ai marre qu’on fasse passer le rejet de la religion mulsulmane comme du racisme alors qu’il s’agit juste du rejet de la religion qui pour moi est le sens logique de l’évolution des peuples.

      On en revient à des débats de l’époque des lumières ! Mais finalement, c’est de la faute des non-croyants croyants qui gardent les coutumes des religions alors qu’ils en renient tous les fondements dans leurs actes.

      Si ils prenaient la peine de mettre en phase leurs croyances avec leurs actes du quotidien, ils rejetteraient la religion et ça ne serait plus qu’un effet de bord marginal.

      Au lieu de ça, mon quotidien est truffé de choses relatives à la religion que je subi accompagné d’au moins 50% de la population qui n’a jamais lu un seul livre « saint ».

    • Pour les 50%, sauf si j’ai mal compris, c’est 50% des abattoirs d’Île de France, qui eux même représentent une part très faible de la production française (et il n’y a pas que de la production française). Cela représenterait à ce que j’ai compris dans les 8% de la viande vendue en France, donc une très grande part est bien entendue étiquetée comme telle (c’est bien l’objectif, sinon ils ne s’en donneraient pas la peine). La situation particulière est sur l’IDF où justement la faible production locale ajoutée à la forte demande fait que la production est parfois plus simple en tout halal.

      Désolé si j’ai pu donner l’impression du « tous racistes ». Ce n’était pas le discours. J’ai d’ailleurs utilisé « xénophobe » plutôt que « raciste » à dessein, parce qu’ici c’est plus une peur de l’autre qu’un racisme. Le groupe montant aurait été juif, italien ou roux, ça aurait pu donner la même chose. Ceci dit, je n’entendais pas non plus « tous xenophobes ». Ce que je combats c’est la réaction que j’ai personnellement beaucoup vue (et encore plus après ce reportage) qui est spécifiquement liée au fait que ce soit un truc islamiste et qui parle de colonisation.

      J’entends très bien qu’on puisse être contre la religion, ou qu’on puisse trouver un problème sanitaire dans ce mode d’abattage. Par contre ces discours raisonnés sont assez rares dans ceux avec qui j’en ai parlé, et quand ils sont présents et qu’on fouille, ils sont très souvent des excuses du type de l’interdiction de dissimulation du visage. Pas tout le temps, juste souvent dans les gens avec qui j’ai pu discuter.

      Je crois d’autant moins au « tous xenophobes » que cette réaction de rejet est justement souvent irraisonnés et que j’ai effectivement vu des gens changer partiellement de position après y avoir réfléchit hors de média (je parle là de temps avant le reportage, c’est trop frais pour cette histoire là précise).

      Sur la question du dimanche, c’est aussi une question de vivre ensemble finalement. Oui c’est à l’origine une question de religion. Maintenant par la suite le fait d’avoir une journée unique de non-travail qui soit la même pour tous est un choix de société (que je ne trouve pas idiot, mais ça se discute). C’est resté dimanche parce que c’était ainsi. On pourrait changer mais à part la satisfaction du « comme ça ce n’est plus lié au religieux » et donc l’insatisfaction des concernés, qu’y gagnerait-on à passer au mardi ? D’ailleurs à y regarder, le lundi n’est pas autant suivi mais il y a bien un vrai mouvement de « lundi non ouvert » pour beaucoup d’entreprises ou lieux qui ouvrent le samedi (justement parce qu’il y a une utilité sociale à cette période de congés hebdomadaires).

      Pour la rénovation des églises je suis plus que d’accord avec toi et je trouve ça insupportable qu’on finance des activités non publiques mais c’est un compromis qui a été nécessaire par le passé et qu’on continue à avoir. Parfois il faut mettre un peu de vin dans son eau. Peut être quand dans le futur on sera capables de dépasser ce compromis mais à l’heure actuelle le remettre en cause fera probablement plus de mal que de bien.

      Si c’est pour abaisser le niveau de religion dans notre société, je préfère personnellement largement contester la messe du dimanche matin sur TV publique, le fait que notre président se montre régulièrement à des faits religieux (celui là mais les précédents aussi).

      si vraiment on doit changer quelque chose côté repas, le système du poisson le vendredi dans les établissements scolaires me semble bien plus détestable que celui de la viande halal. Dans le premier cas on force bel et bien les gens à un régime alimentaire tandis que dans le second cas c’est uniquement une question de croyances et de principes.

    • Si je résume on est d’accord ;).

      Pour le financement des Eglises, je le tolérerai plus facilement si ça devenait des lieux communs pour tous les cultes et aussi pour les mariages civils, ce qui serait le minimum car depuis le temps que l’Etat les entretien avec nos impôts, c’est devenu un patrimoine commun à tous les français.

      Ca aurait aussi l’avantage de les obliger à se parler et à atténuer les tensions.

    • Nicolas Froidure, vous êtes hors sujet.
      Et en tant qu’athée, je suis atterré par votre conception guerrière de la laïcité, qui est un principe de vivre-ensemble et non d’évolution vers le non-religieux. Bravo, c’est le meilleur moyen de se mettre à dos les croyants, et de les conforter dans leur foi en des un zombie cosmique ou un nomade qui entend des voix…
      Quant à exiger une place dans le créneau télévisuel du dimanche matin, mais quelle idée ! Exactement le genre d’idées qui ferait passer l’athéisme (et l’agnosticisme) pour une foi, une croyance au même niveau que les religions.
      Il vaut mieux lire ça que d’être aveugle, au moins.

  2. Le problème n’est pas de manger la viande de l’autre mais plutôt de payer un coût supplémentaire caché et reversé à des associations religieuses ce qui est un comble dans un pays laïc.

    « Envoyé Spécial n’a jamais cédé à la moindre pression »

    En revanche, il est vrai que les consommateurs qui se fournissent dans les supermarchés ou les boucheries qui ne signalent pas la provenance précise de leurs bêtes achètent des viandes halal sans le savoir. « Quand Patrick Cohen assure sur France-Inter, ce 21 février, que cela ne change pas grand-chose, il se trompe. Car la bête abattue n’a pas été étourdie et il ne sait pas que quelques centimes perçus pour chaque kilo vendu sont reversés aux établissements religieux. » Il y a, selon Véronique Blanc, 400 sacrificateurs répartis sur tout le territoire français, qui collectent ainsi des sommes dont une partie sert à les rémunérer et l’autre à financer les établissements religieux, mosquées comme synagogues. Tous les religieux pratiquants qui se rendent dans une boucherie kasher ou halal s’acquittent, bien volontiers, de cette dîme prélevée sur tout achat. La France qui reconnait et défend la liberté de culte se doit d’autoriser cette pratique. « En l’occurrence, ce qui pose problème, reconnait Véronique Blanc, c’est que le client n’est, bien souvent, au courant de rien quand il achète sa viande et que la loi n’est pas respectée. »

    http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/article/information/67946/abattage-halal-les-verites-de-france-2.html

    • Si tu te retrouves avec du halal, c’est bien qu’au contraire c’est ainsi que ça coute le moins cher, pour des économies d’échelles. Tu penses bien que si l’abattage pouvait couter quelques centimes en moins et que l’abatteur pouvait se les mettre dans la poche à la place, il le ferait. Alors non, factuellement il n’y a pas de coût supplémentaire caché, il y a même un coût plus faible que si on ne faisait du cas spécifique.

      Après ce qui te gêne c’est peut être que certains montants arrivent dans la poche d’organisations religieuses, mais c’est justement aussi ça la république laique : Ton fournisseur fait bien ce qu’il veut et reverse des sous à qui il veut. Ou alors tu es dans l’optique « aucun de mes sous ne doit arriver dans une organisation islamique » et on n’est plus du tout dans la laicité mais bien dans la ségrégation religieuse.

  3. Oui, l’argument qui revient souvent est la mort douloureuse de l’animal.
    Parfois de la bouche de personnes qui n’ont pas de scrupules à manger du foie gras, qui fait souffrir l’animal pendant des semaines.

    Quand il s’agit de faire de l’islamophobie ordinaire, tout le monde est l’ami des animaux et des femmes !
    Quand c’est Noël par contre, tout le monde mange du foie gras et trouve normal que les femmes se chargent du repas.

  4. J’ai lu sur le point que le souci était aussi d’ordre sanitaire. Le fait de couper a vif la gorge faisait remonter des bacteries de l’estomac vers la chair fraichement coupé. Or, ceci pouvait potentiellement contaminer le morceau de la bacterie e-colis. C’est pourquoi il faudrait normalement couper tout simplement la chair qui entre en contact avec le rejet… Ce que personne ne ferait, se contentant d’un simple jet d’eau ! (ce qui serait encore pire !)

    Bref bcp de condition mais c’etait pour donner du grain a moudre :)

    La viande par etourdissement n’aurait bien entendu pas ce pb!

    • Je suis très très suspicieux sur le fait que ce soit la motivation réelle des « contre ». Si c’était le problème, ce serait un problème sanitaire général. Savoir que ta viande est halal ou non n’a plus rien à voir et la question et serait de savoir pourquoi l’État donne une dérogation qui pose problème sanitaire. Maintenant si c’était ça le problème, on trouverait assez facilement des documents faisant état de problèmes sanitaires relevant de cette question. Je n’en avais jamais entendu parler avant ces dernières semaines donc j’ai un gros doute que ce soit du réel et pas de l’hypothétique.

      Maintenant si la question est de bien règlementer les pratiques et opérer des contrôles sanitaire, là oui. Ça ne changera cependant rien au fait que tu mange de la viande halal ou non ceci dit.

  5. Il faut arrêter de se voiler la face. Il est tellement simple de comprendre pourquoi cela fait polémique. Accepter l’autre ce n’est pas être un bénit oui oui.

    La pratique religieuse de mes voisins est de manger des animaux préparés d’une certaine façon ? Grand bien leur en fasse, je m’en moque éperdument (je n’utiliserais même pas l’argument de barbarie).

    Par contre, lorsque je mange ma viande à moi, j’aime bien savoir que mon boucher, il s’en fou de la Mecque, comme je m’en fou. J’aime savoir que les générations de boucher à venir n’aurons pas à être formés à la position de la Mecque parce qu’on peut vendre plus quand on connait la position de la Mecque.

    J’aime choisir mes fournisseurs en fonction de mes convictions. Je préfère acheter français que made in china et je préfère aussi manger de la viande sans me soumettre à la quête d’un organisme religieux qui ne me corresponds pas (car il ne me correspond pas, je le dit sans rejet, chacun fait ce qui lui plait).

    Je suis moi même de conviction religieuse et je ne veux pas me soumettre à la pratique religieuse des autres. C’est tout aussi irrationnel que de vouloir s’y soumettre. Mais s’il vous plait, qu’on me respecte autant que les autres. Qu’on ne me mette pas sous silence sous prétexte que je suis la majorité.

    Arrêtons de demander aux moins exigeants de se plier aux exigences de l’autre.

    Si demain une religion demande de consommer de la viande en faisant le poirier (parce que ça n’affecte pas la viande de faire le poirier), et bien je n’ai pas envie de moi même devoir faire de même sous prétexte que le goût est le même.

    La meilleure façon de faire taire la polémique est d’étiqueter cette viande, fin. En voyant le paquet, je ne me dirais pas idiotement « arg, vilaine viande hallal, vade retro », mais simplement « ah, non, moi je préfère l’autre, c’est ma conviction intime et personnelle »

    La laïcité, la fraternité. Ce n’est pas tout accepter bêtement, c’est accepter l’autre et s’accepter soit même. Ce n’est pas avoir peur de dire non en pensant que ce non sera mal interprété sous couvert d’une accusation de racisme primaire.

    La polémique n’a en effet pas lieu, il n’y a eu de tord causé à personne, mais coupons court, étiquetons, laissons le choix, fin.

    • J’allais répondre en disans que ce que tu décris n’est pas choisir en fonction de tes convictions mais rejeter en fonction des convictions des autres, ce qui est nettement différent. En rien je ne vois de non respect de ta personne quand on te donne de la viande halal.

      Mais en fait je vais être plus constructif et objectif :

      L’étiquette existe souvent. Pas toujours. Alors quelle étiquette souhaiterais tu ? Quelle règlementation pour l’appliquer ?

      Attention c’est une question piège. Impossible en effet de faire un décret « les viandes préparées en accord avec une pratique religieuse devront être étiquetées comme telles » :

      Ca imposerait à ton boucher de faire attention vers où il se tourne pour te garantir qu’il a fait attention à ne pas se tourner vers la Mecque (bon, il n’y a pas que ça mais ça illustre bien). Est-ce vraiment ça que tu veux ? imposer à ceux qui ne se préoccupent pas de religion de devoir faire attention à faire explicitement le contraire de ce que préconise X ou Y ?

      Même alors, on parle de halal mais il n’y a pas que l’Islam en France. Ton boucher est-il capable de certifier, même en faisant très attention que rien de ce qu’il a fait ne serait conforme à ce que préconise une religion ? Il peut exister des centaines ou des milliers de croyances et l’État n’a pas le droit de faire de tri ou de reconnaissance spécifique, justement parce qu’il est laïc.

      Pire, il faudrait préciser au niveau règlementaire quelles sont les pratiques en question. C’est en effet le flou et on accepte probablement en France d’être un peu plus souple qu’ailleurs pour des raisons sanitaires. Je sais qu’on accepte par exemple qu’un seul abatteur soit « certifier » pour le rituel alors que côté juif c’est nettement plus exigeant. Qui va décider ce qui sera halal ou pas et où se situeront les limites ? Un boeuf étourdit mais sacrifié avec un rituel dans la bonne direction sera-t-il étiquetté ? et s à l’inverse il n’est pas étourdit mais qu’il y a juste un papier disant que l’abattoir est autorisé halal mais que c’est fait par machine automatisées ?

      Vous imaginez l’État règlementer ce qu’est le halal ou le casher pour savoir quelles sont les limites de l’étiquette, quand elle est obligatoire, facultative ou interdite ? Là pour le coup on aurait une violation inique du principe de laicité. C’est exactement ce dont le concept de laicité cherche à protéger notre république;

      Même alors, pour moi obliger à étiqueter ce qui respecte telle ou telle religion c’est quand même exagérément discriminatoire. Si je devais être exagérément caricatural je recommanderai de mettre un croissant rouge obligatoire pour le halal et une étoile jaune obligatoire pour le casher. J’ai comme l’idée que ça va faire prendre conscience à certains du problème.

      Pourquoi aussi ne pas imposer ça pour d’autres croyances que les religieuses ? Pourquoi ne pas imposer que les abattoirs en coopérative soient étiquetés comme tel sur la viande à l’étalage parce que ma conviction est que c’est du communisme et que nous avons une communauté européenne fondée sur le capitalisme ? Parce que là en plus l’État a bien un droit de regard (contrairement aux questions religieuses où la contrainte de laicité lui interdit justement de s’en mêler).

      Bref .. OK pour l’étiquette. Tu vois ça comment ? quelle règlementation qui respecte la laicité de l’État ?

    • « En rien je ne vois de non respect de ta personne quand on te donne de la viande halal. »

      Me cacher qu’une partie de mon argent va aller dans la poche d’un religieux, c’est un non respect de ma personne. Je ne comprends vraiment pas ta position qui consiste à dire que l’étiquetage serait une discrimination religieuse, mais que l’absence d’information pour un athée n’est pas un problème. Je veux savoir et m’assurer que je ne participe en rien à un quelconque rite religieux, ce qui est tout de même un droit de base dans une république laïque.

    • On ne te « cache » rien. On ne te dit pas plus si ton argent va chez un religieux, un athée, un roux, un grand, un riche, un politique ou un homosexuel. C’est peut être justement ça qui est sain non ? Au nom de quoi obligerait-on ton boucher à dire s’il choisit de donner une partie de son bénéfice à une association cultuelle ou une association LGBT ? Pourquoi serait-ce pertinent concernant la religion et pas concernant les choix politiques ou sexuels ? Maintenant ça n’empêche pas certains de te dire explicitement qu’ils le font ou qu’ils ne le font pas, mais ça relèvera de leur choix (ou de leur intérêt pour cibler des gens que ça préoccupe et avoir un marché de niche)

      Demain si quelqu’un te dit « je veux savoir et m’assurer que je ne participe en rien à une quelconque activité qui aide les homosexuels », est-ce que tu accepteras qu’on oblige tous les produits réalisés par des homosexuels, pour des homosexuels ou qui contribuent à financier des associations homosexuelles à étiqueter explicitement « ce produit participe à l’homosexualité » ? J’en doute très fortement. Je ne vois aucune raison pourquoi l’imposer dans le cas du religieux et pas dans le cas de l’homosexualité. Mis à part que dans un cas c’est une croyance en un dieu, c’est dans les deux cas des choix de vie personnels ou d’entreprise. Ce que tu achètes c’est un résultat, rien de plus.

      « ce qui est tout de même un droit de base dans une république laïque »

      Absolument pas, justement. Quel est ta définition de l’État laïc ? Je n’ai rien vu dans la mienne ni dans nos textes français qui s’apparente à un tel droit. On peut trouver un premier essai de collecte de définitions sur http://blogs.mediapart.fr/blog/nihile/140311/la-laicite-racontee-aux-nuls-1ere-partie

      Pour faire simple j’ai collecté : obligation de neutralité, de non reconnaissance ou préférence, de non exercice d’un pouvoir religieux, de non intrusion au religieux dans l’exercice du pouvoir politique, de liberté religieuse, de respect du pluralisme. Dans tous les cas, c’est strictement une caractéristique de l’État (et par extension de ses services publics et représentants), jamais une caractéristique des citoyens ou de la société elle-même.

      Rien là dedans ne « donne un droit » à savoir si ton boucher a récité ou non une prière, ou s’il a donné ou non un pourcentage de ses ventes à une association cultuelle. Je dirai même plus : Les obligations de l’État empêchent explicitement une telle loi, justement au nom de la laïcité.

      J’encourage d’ailleurs tout le monde à tenter de répondre au défi du commentaire auquel tu réponds : Imaginer un décret ou une loi imposant l’étiquetage que vous préconisez, et qui respecte les différentes obligations de l’État français au niveau laïcité et Droits de l’Homme. Ça sera peut être plus constructif parce que moi je ne conçois aucune solution. S’il y en avait une, je pourrai au moins l’envisager et y réfléchir (et du coup pourquoi pas tomber d’accord avec vous).

      Sinon, mais je mets ça à la fin car je n’arrive pas à l’expliquer, pour ma position sur le fait que l’étiquetage serait une discrimination religieuse, c’est que pour moi ça se rapproche bien trop de l’idée de l’étoile jaune sur le veston. Pour reprendre la comparaison, je n’imagine pas une seconde accepter qu’un objet dessiné pour les LGBT ait l’obligation d’être accompagné d’une mention « attention cet objet est prévu pour des gays ».

    • 1) l’orientation sexuelle n’est pas un choix, la religion si. Comparaison n’est pas raison. Et quand on sait que les homophobes patentés du paysage français s’estiment légitimes pour des motifs religieux, ça donne à cette nauséabonde comparaison un caractère éminemment ironique.
      2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Laïcité#Au_niveau_l.C3.A9gislatif : « Les États laïques […] défendent les droits de chaque citoyen contre d’éventuelles règles religieuses qui seraient en contradiction avec l’ordre public, particulièrement avec les droits et les libertés de chacun. »
      C’est précisément ma position. Je ne veux pas interdire la liberté de commercialiser de la nourriture faite selon des rituels religieux, il n’y a aucune discrimination ici. Mais je ne veux pas qu’on m’en vende sans que je le sache. Parce que donner de l’argent pour financer un rite religieux va à l’encontre de mon athéisme. S’il n’y a pas étiquetage, je considère que c’est potentiellement trompeur.

      Comme de toute façon les fanatiques religieux voudront savoir si la nourriture est « orthodoxe » avant de l’acheter, cet affichage est le bon compromis pour tout le monde.

    • OK sur le 1). Même si je ne suis pas d’accord avec ça, ce n’est pas le sujet donc je n’ai pas envie de dévier, d’autant moins que c’est un sujet auquel je n’ai pas beaucoup réfléchi et donc surlequel je n’ai pas d’avis tranché.

      Sur le 2 :

      – Concernant ta définition de laicité, quelle serait la liberté fondamentale ou la loi qui serait violée ? Je ne la vois pas.

      – Donner à un rite religieux va à l’encontre de ton athéisme. Soit. « je ne veux pas … » c’est ton choix. Tu en as le droit. Les musulmans n’ont pas demandé à ce que toutes les viandes non halal soient étiquetées comme « viande non halal ». Ils ont cherché des producteurs qui leur garantissent certaines choses. Libre à toi de faire de même de que certains producteurs aient un label « viande non halal ». Je ne suis pas certain que tu sois vraiment prêt à payer pour ça mais pourquoi pas. Je n’ai pas de problèmes avec ça.

      – Par contre je note juste que la laicité de notre état impose que ton athéisme ne soit pas plus important que la religion d’un autre. Ce n’est pas une position « générale » dont les religions sont des cas particuliers, c’est limite « une religion comme une autre ». Sauf à ce que quelqu’un t’aie fait une fausse promesse, il n’y a pas tromperie. Pas plus qu’un musulman pourrait se plaindre qu’au supermarché du manque de panneau explicite « attention cette viande n’est pas halal ».

      – Et vu que justement l’État n’a pas le droit de prendre parti ou de traiter spécialement la religion, que fera-t-on quand un tiers dira « Donner de l’argent pour financer les restaurants du coeur va à l’encontre de ma croyance politique. S’il n’y a pas d’étiquetage, je considère que c’est potentiellement trompeur », accepteras tu de demander une étiquette « ne donne pas aux restaurants du coeur » ?

      Sinon, n’es-tu pas en train de faire une échelle de valeur en considérant que ta croyance « les religions sont nocives » a plus de valeur que d’autres croyances ? C’est justement ce que l’État n’a pas le droit de faire.

      – Sous réserve que le produit fini soit strictement le même (risques sanitaires compris), l’étiquetage imposerait au boucher de déclarer si ses croyances l’ont incité à réciter des prières et se tourner du bon côté lors de l’abattage et participer au financement de son culte. On entre là dans l’obligation de déclaration de l’exercice religieux, et ça violerait très clairement les droits de l’homme.

      – Du coup je réitère mon invitation. Si tu trouves que l’étiquetage est un bon compromis, il faut que tu tentes mon défi : quelle étiquette, avec quelle règlementation ?

      Note: Je mets de côté le sanitaire qui est venu après coup dans notre échange twitter. Nous sommes d’accord sur ce point : S’il y a un risque sanitaire alors on doit règlementer et probablement interdire tout court plutôt qu’étiqueter. Par contre ça ne change rien à ce que tu exprimes ici sur le côté religieux (vu que dans d’autres pays ils respectent les règlementations d’abattage tout en continuant de faire du « halal »). Bref, éventuellement OK pour une étiquette « abattu sans étourdissement » mais on pourra avoir du non-halal avec cette étiquette et du halal sans étiquette.

  6. Je ne suis absolument pas d’accord sur ce post. L’abatage « halal » ou plus précisément par égorgement pose des problèmes sanitaires, de bien être animal et éthique. (Je dis par égorgement pour enlever toute connotation religieuse)

    Il faut savoir que lorsque on égorge un animal, il ‘vomit’ une fois sur quatre, et au niveau sanitaire, c’est assez mauvais. La souffrance de la vache est réelle, même si c’est dans le top 10 des animaux débiles.
    Et en bonus, la viande du cou est celle qui est utilisé pour votre steak haché ! E-coli aime bien cet endroit :)
    (Perso, je m’en tape réellement de la souffrance de l’animal. Si l’abatage halal était plus ‘performant’ et ‘éthique’, perso, je le défendrai).

    Pour finir, utiliser l’exception du halal pour faire de la thune, et évidemment sans le dire au client, c’est super honnête. J’aime bien les loukoums mais manger halal, ça me fait un peu chier parce que ça correspond pas a ma vision de l’abatage de la viande.

    De la même façon, je ne mange pas certains aliments si ils ne sont pas produit comme je le souhaite. Votre façon de consommer, autrement dit, votre carte bancaire vaut bien plus que votre carte d’électeur. Ne l’oubliez pas.

    • Ok. Je comprends tout à fait la question sanitaire et éthique sur l’égorgement. Dans ce cas clairement par contre ce n’est pas un problème de halal mais d’étourdissement. Comprendre : une viande étourdie mais découpée en récitant des prières en direction de la Mecque ne te gênera pas, même si désormais l’Islam la considère halal (parce que bon, ils évoluent et ont déjà fait des compromis sanitaires et économiques, pas de raison qu’ils ne puissent pas encore avancer sur d’autres points à l’avenir).

      Je tiens à préciser ça explicitement parce que pour moi ça change totalement le fond de la discussion. Mon billet concerne bien la question du halal et la question religieuse, pas un choix de société sur le traitement des animaux.

      Maintenant je rebondis sur ta dernière phrase : Si tu montres que tu es prêt à n’acheter que de la viande qu’on te garantit comme égorgée après étourdissement, que tu es prêt à payer pour ça (ben oui, certifier quelque chose et faire une chaîne spécifique ça coute de l’argent) ou à au moins ne pas acheter le reste, rien ne t’en empêche. Si vous êtes assez, il y aura bien quelqu’un pour le proposer (et ça ne me gêne absolument pas, libre à vous, de la même façon que je dis libre aux autres qui veulent du halal).

      Maintenant pas besoin d’obliger tous les autres à étiqueter pour ça. Pas plus qu’on oblige les gens qui produisent bio à l’étiqueter comme tel. Même si certains trouvent ça éthiquement et sanitairement plus sain, c’est une valeur ajoutée (ou non) qu’ils peuvent exiger de leurs fournisseurs ou faire mettre en avant, mais certainement pas une caractéristique dont la mention est obligatoire (il ne manquerait plus que ça).

      Serais-tu en accord avec cette vision ?

    • J’ai compris l’esprit de ta question, et non, dans le fond, je suis pas d’accord, mais j’arrive pas vraiment à l’expliquer. Surement l’envie de ne pas faire partie d’une communauté qui ne me ressemble pas.

      Imaginons la situation suivante :
      La différence entre le hallal et le reste : Juste une prière lors de l’abatage. Achèterais-je du halal? Je ne sais pas. Je pense pas.

  7. Il faut regarder le reportage d’Envoyé Spécial sur le sujet, « la viande dans tous ses états ». La question de l’abattage Hallal est abordée à partir de 20’10 ».
    http://envoye-special.france2.fr/les-reportages-en-video/la-viande-dans-tous-ses-etats-16-fevrier-2012-4220.html
    Ce sont des raisons économiques qui dictent tout cela aujourd’hui, assez peu des raisons religieuses, sanitaires ou de condition animale.
    7% de consommation Hallal en France, et 32% de l’abattage fait selon ce rite religieux.

  8. Re: Nicolas Froidure

    « Mais en fait, on retrouve cela partout, les athées ne sont jamais représentés ni pris en compte. »
    => Peut-être parce que les athées ne sont pas un groupe communautaire soudé avec une croyance commune ?

    « Par exemple, pourquoi le dimanche matin y’a toutes les religions et pas un moment pour les athées pour que l’on puisse au moins savoir qu’il y a des réponses aux questions métaphysiques qu’on se pose, ailleurs que dans la religion ? »
    => Où ça il y a toutes les religions ?
    (en lisant la suite des commentaires, je vois qu’on parle en fait de TV)
    Mais en tant qu’athée, tu es libre de ne pas suivre la messe cathodique et de faire autre chose le jour de repos de la semaine.

    « Qu’on finance la rénovation des Eglises »
    => je comprends ta réticence. L’histoire de France est très liée à la religion catholique ; le pouvoir Eglise-Etat est séparé depuis juste un peu plus de 100 ans, ce n’est pas énorme, comparé, à mon avis, à la sauvegarde d’un savoir faire artisanal et artistique (comme les églises du 12e s, par ex.)
    Par ex, à Lyon, le 8 décembre, toute la ville est dans la Fête des Lumières, qui a une origine tout à fait religieuse. C’est devenu un événement festif et touristique local renommé en dehors de la ville. (comme Noël, si tu veux, mais à l’échelle d’une ville).
    En tant qu’athée, que fais-tu ce jour là ?

    « si je veux me marier dans un monument historique de qualité financé par l’Etat (comme les églises), je suis obligé de passer par la case « courbette » ? »
    => et les mairies ne sont pas des monuments historiques de qualité ? Les forts ? Les châteaux ?

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