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Do Not Track (enfin pas moi, les autres on peut)

DNT c’est le nom d’une petite entête qui peut être envoyée par votre navi­ga­teur pour deman­der aux éditeurs de sites et services web de ne pas vous tracer et stocker vos données person­nelles. L’idée est sédui­sante, surtout si les éditeurs en ques­tion acceptent de respec­ter cette demande, et c’est bien toute la problé­ma­tique.

L’im­po­ser à ceux qui n’en veulent pas

Les éditeurs n’ont bien entendu aucune envie de se passer d’au­tant de données et de possi­bi­li­tés. En même temps ils savent que s’ils ne font rien, un jour le raz le bol pour­rait deve­nir suffi­sant pour qu’on leur mette des bâtons dans les roues de manière durable et plus stricte. Du coup ils acceptent géné­ra­le­ment des chartes ou des méca­nismes d’opt-out, comme autant de soupapes pour satis­faire les plus radi­caux et comme preuves de bonne foi vis à vis des poli­tiques.

L’enjeu de DNT est là : Tant que le méca­nisme est confi­den­tiel, il sera accepté par certains éditeurs, comme une bonne soupape. Si le méca­nisme devient utilisé massi­ve­ment alors il sera vite mis au rebut car il tuerait toute l’ac­ti­vité. N’im­porte quel prétexte suffi­rait mais il n’y aura même pas besoin d’an­non­cer quoi que ce soit, il suffira de ne pas le respec­ter.

Mozilla : opt-out

Mozilla a choisi d’im­plé­men­ter DNT en le lais­sant désac­tivé par défaut pour ne pas déclen­cher cette bombe atomique et tout casser. Charge à chacun d’al­ler dans les préfé­rences pour l’ac­ti­ver manuel­le­ment. Seuls « ceux qui savent » (geeks et utili­sa­teurs avan­cés) iront modi­fier les confi­gu­ra­tions. Mozilla pourra dire que son navi­ga­teur implé­mente DNT alors que celui de Google ne le fait pas, les éditeurs de services auront leur soupape-prétexte pour éviter des risques plus impor­tants, et les geeks très au fait des ques­tions de vie privée auront leur option.

Ce qui me gêne dans l’équa­tion de Mozilla c’est qu’elle est très bien pour les commu­niqués de presse de tout le monde, mais qu’elle laisse pour compte 95% des utili­sa­teurs du navi­ga­teur dont proba­ble­ment l’es­sen­tiel auraient demandé à ne pas être tracés si on leur avait posé la ques­tion (vous en connais­sez beau­coup qui souhaitent être tracés ?).

Objec­tif à long terme

Il y a paraît-il un scéna­rio long terme avec une mise en œuvre progres­sive, et peut être un support de la loi. Fran­che­ment je n’y crois pas une seconde. Les socié­tés de data mining sont un lobby suffi­sam­ment puis­sant et bien orga­nisé pour ne pas se lais­ser prendre dans une telle souri­cière, surtout si elle est publique. Il y aura une fronde dès que ça devien­dra trop poli­tique, et un arrêt du support s’il y a risque d’uti­li­sa­tion plus massive.

Entre temps Mozilla aura simple­ment joué le jeu de ces socié­tés contre ses propres utili­sa­teurs, leur donnant simple­ment du temps avant le conflit ouvert qui ne pourra qu’ar­ri­ver si on conti­nue la pres­sion.

Micro­soft : opt-in

L’al­ter­na­tive n’est pas forcé­ment plus enga­geante. On peut poser la ques­tion à l’uti­li­sa­teur mais ce procédé atteint vite ses limites. C’est très désa­gréable pour l’uti­li­sa­teur et une fois qu’on commence on finit vite par lui deman­der de remplir un vrai formu­laire de police.

Il ne reste donc qu’à acti­ver DNT par défaut (et lais­ser ceux qui le veulent vrai­ment le désac­ti­ver, mais personne ne le fera), déclen­cher une utili­sa­tion massive, et mettre les éditeurs de service au pied du mur. Il y a toutes les chances que ça signe la mort de DNT mais au moins les choses auront été claires.

Mais alors ?

Je serai plutôt parti­san d’échouer vite et bien, pour lais­ser la place à d’autres initia­tives. Ça ne chan­gera peut être rien au final par rapport à la situa­tion de Mozilla, mais nous n’au­rons pas donné aux éditeurs de quoi faire semblant et obte­nir des délais pendant encore deux ans.

Je ne prétends pas que cette option est forcé­ment meilleure. Je trouve un peu hypo­crite le choix de Mozilla mais même si je n’y crois pas, je respecte leur choix d’es­sayer d’avan­cer par petits pas avec l’es­poir de mettre en place un plan sur le long terme, mais au moins elle a le mérite d’être honnête et d’avoir du sens. Par contre je me refuse à critiquer Micro­soft pour avoir eu le courage de choi­sir la voie directe.

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sslh : Couteau suisse contre les PALC

Les PALC (proxy à la con) sont ces horreurs qu’on trouve parfois dans les grandes socié­tés. Ils filtrent, sans trop qu’on sache pourquoi, des pans entiers d’In­ter­net, avec des règles haute­ment scien­ti­fiques qui filtrent à peu près tout ce qui serait utile à consul­ter avec un applomb excep­tion­nel.

PALC vrai­ment ALC

Je vous laisse lire les quelques premiers liens sur le web, c’est édifiant. C’est d’au­tant plus crétin que plus c’est filtré, plus ça encou­rage le person­nel à trou­ver des moyens alter­na­tifs. J’ai eu une mission dans un service de l’état où tout le service infor­ma­tique avait un réseau paral­lèle avec un wifi à demi pirate et des postes portables person­nels pour complé­ter le dispo­si­tif.

Là c’était assumé, mais chaque entre­prise a ses bidouilles, ou ses renon­ce­ments. Les PALC empêchent de travailler tout bon infor­ma­ti­cien, et soit on monte ses bidouilles soit on renonce et c’est l’en­tre­prise qui gagne des infor­ma­ti­ciens démo­ti­vés, inca­pables d’exé­cu­ter leur travail sans faire appel à des consul­tants externes, et tota­le­ment dépas­sés par les nouvelles tech­no­lo­gies.

Les PALC sont les terreurs de ces consul­tants et autres pres­ta­taires. On arrive, on se retrouve à devoir résoudre des problèmes sans docu­men­ta­tion, sans aide, et parfois sans même pouvoir accé­der à ses propres mails ou contac­ter le réseau d’ex­pert des collègues. Plus que contre­pro­duc­tif, ça met sérieu­se­ment à risque la capa­cité à exécu­ter le contrat qui nous lie.

La solu­tion

La solu­tion de percer le proxy et outre­pas­ser les règles de sécu­rité de l’en­tre­prise. C’est mal, je ne vous recom­mande pas de le faire. Je vous décon­seille même de le faire. Si vous déclen­chez des problèmes, ça vous retom­bera dessus et vous l’au­rez bien cher­ché.

Quelques règles toute­fois : 1– unique­ment quand c’est néces­saire et 2– unique­ment de l’en­tre­prise vers l’ex­té­rieur, jamais de lien qui permette d’injec­ter du trafic non demandé vers l’in­té­rieur de l’en­tre­prise (si vous faites ça, quelle qu’en soit la raison, vous méri­tez tout ce qui peut vous arri­vez ensuite).

Main­te­nant quasi­ment tous les consul­tants d’ex­per­tise tech­nique que j’ai vu avaient leur solu­tion. La mienne c’était le tunnel SSH sur port 443. On me dit que certains proxy savent le bloquer ou le repé­rer mais en pratique ça ne m’est jamais arrivé malgré un nombre de situa­tions diffé­rentes très élevé.

Not(l’état de l’art a peut être évolué depuis, je ne donne aucune garan­tie). Si ça ne fonc­tionne pas il y a d’autres méthodes plus complexes, moins détec­tables, mais pas aussi pratiques. Toujours est-il que ça a été indis­pen­sable plus d’une fois.

Simple à mettre en oeuvre si vous avez un serveur qui tourne quelque part sur Inter­net, ça vous permet de faire tran­si­ter à peu près n’im­porte quoi comme trafic : web, messa­ge­rie, contrôle à distance, etc. Pour moi ça allait de consul­ter les sites tech­niques inter­dits par mauvais filtrage au chat avec mes collègues pour poser des ques­tions tech­niques en passant par l’ac­cès à mon webmail pro (et perso) ou par la protec­tion de données que je ne souhai­tais pas lisible par l’en­tre­prise d’ac­cueil.

Le gadget supplé­men­taire

Il y a deux défauts au tunnel SSH sur le port 443 : 1– Le dit port est utilisé avec SSH et ne peut plus renvoyer du HTTPS comme on le souhai­te­rait. 2– Si l’ad­mi­nis­tra­teur repère un gros volume vers votre serveur sur ce port il testera et verra qu’au­cun site HTTPS ne répond (ça ne m’est jamais arrivé, mais prévoyons).

Le gadget magique c’est sslh. J’avais un mauvais code source en C qui faisait ça avant mais sslh fera ça bien mieux et plus complè­te­ment. Ce démon prend la place sur le port 443 et sait repé­rer si on tente d’uti­li­ser du HTTPS, du SSH, de l’OpenVPN, ou du XMPP. Il redi­ri­gera le trafic vers le bon service en fonc­tion des premiers octets de la connexion.

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Bon déve­lop­peur, ques­tion d’at­ti­tudes

Je viens de lire « Être un bon déve­lop­peur c’est aussi une ques­tion d’at­ti­tude person­nelle » chez Thomas. Ceux qui me connaissent le savent, le titre a forcé­ment un écho chez moi et je m’at­ten­dais à dire « encore un qui a tout compris, prenez-en de la graine ». Sauf qu’en fait, sans rire, le prochain qui écrit un truc pareil se retrou­vera avec une malé­dic­tion sur 15 géné­ra­tions.

Le texte de Thomas prend fonde­ment dans le fait que l’évo­lu­tion tech­no­lo­gique du sala­rié n’est pas le problème de l’em­ployeur, et pour moi ça rend caduque toute l’ar­gu­men­ta­tion.

(Atten­tion c’est long)

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Recrute déve­lop­peurs PHP et tech­ni­cien de support sur Lyon (h/f)

Je cherche à consti­tuer une équipe pour une jeune société pleine de défis inté­res­sants dans le domaine du livre numé­rique (ebook, liseuses numé­riques, tablettes ipad et android, etc.). Vous aurez l’oc­ca­sion de construire avec nous l’en­vi­ron­ne­ment tech­nique de la société, d’in­fluer sur les choix à venir, et de prendre part à l’en­semble des acti­vi­tés de déve­lop­pe­ment et de concep­tion.

Trois postes sont ouverts dans un premier temps. N’hé­si­tez toute­fois pas à me contac­ter si vous pensez avoir un profil plus expé­ri­menté, un peu parti­cu­lier, ou si vous tombez entre deux cases : Ces descrip­tions ne sont pas gravées dans le marbre.

Tous sont à pour­voir en CDI, sur Lyon, dans une équipe en consti­tu­tion, et demandent de parta­ger cette envie de construire ensemble un produit. Des évolu­tions de postes et de respon­sa­bi­li­tés sont aussi à prévoir au fur et à mesure de la crois­sance de l’ac­ti­vité.

La société croit beau­coup dans l’ou­ver­ture des données et dans l’open source, cela doit proba­ble­ment faire aussi partie de vos crédos. Une affi­nité avec le livre ou l’en­vi­ron­ne­ment mobile sera forcé­ment un plus, mais pas indis­pen­sable.

Vous pouvez prendre contact par email en envoyant un résumé de vos expé­riences passées, de vos connais­sances et une descrip­tion du poste que vous recher­chez. Nous discu­te­rons alors plus préci­sé­ment de la société et d’une possible colla­bo­ra­tion.

Déve­lop­peur / déve­lop­peuse PHP Magento

Inté­gré à l’équipe tech­nique vous aurez la charge de déve­lop­pe­ments évolu­tifs et correc­tifs sur des boutiques e-commerce Magento : nouveaux modules, refontes des templates par défaut, exten­sions du moteur, person­na­li­sa­tions, gestion du cata­logue, etc. Vous serez confron­tés à une forte volu­mé­trie et des contraintes de perfor­mance.

Une maîtrise du langage de program­ma­tion PHP dans le cadre d’ap­pli­ca­tions d’en­tre­prise orien­tées objet sera néces­saire (expé­rience équi­va­lente à plus de 2 ans). Une expé­rience préa­lable de Magento est forte­ment conseillée.

De plus, un savoir faire en inté­gra­tion web (javas­cript, montage de page en CSS et HTML) vous permet­tra de gérer les refontes graphiques et le rendu des nouveaux déve­lop­pe­ments.

Vous pour­rez être amené à parti­ci­per à l’ar­chi­tec­ture tech­nique et à ce titre des connais­sances parti­cu­lières en SGBD, en admi­nis­tra­tion Linux ou dans les appli­ca­tions mobiles ne sont pas indis­pen­sables mais seront vues comme des atouts.

Déve­lop­peur / déve­lop­peuse PHP back-end

Inté­gré à l’équipe tech­nique vous aurez la charge du déve­lop­pe­ment et de l’évo­lu­tion de la partie back-end de la plate­forme PHP : nouveaux modules, person­na­li­sa­tion, amélio­ra­tion, gestion de la perfor­mance, etc.

Une maîtrise du langage de program­ma­tion PHP dans le cadre d’ap­pli­ca­tions d’en­tre­prise orien­tées objet sera néces­saire (expé­rience équi­va­lente à plus de 3 ans). Une expé­rience préa­lable du frame­work Symfony (ou à défaut un frame­work PHP comme le frame­work Zend) est forte­ment conseillée.

De plus, une bonne connais­sance des ques­tions de perfor­mance, de fortes notions en admi­nis­tra­tion Linux et en gestion d’une base de donnée de très grande taille vous seront utiles pour faire évoluer l’archi­tec­ture de l’ap­pli­ca­tion.

Tech­ni­cien / tech­ni­cienne de support infor­ma­tique

Inté­gré à l’équipe tech­nique, vous rece­vrez les demandes de support tech­nique de nos clients qui n’ont pu être réso­lues par le support tech­nique de premier niveau : utili­sa­tion des livres numé­riques sur PC, liseuse numé­rique, tablette, utili­sa­tion du site de vente.

Un bon rela­tion­nel et un des faci­li­tés pour expliquer ou débloquer les problèmes tech­niques seront essen­tiels au jour le jour.

Vous serez alors aussi impliqué dans l’ex­ploi­ta­tion de la plate­forme tech­nique (remon­tée des anoma­lie, suivi des correc­tions et des livrai­sons) et dans les tâches d’ad­mi­nis­tra­tion courante.

Vos respon­sa­bi­li­tés pour­ront évoluer vers le déve­lop­pe­ment (PHP) ou l’ad­mi­nis­tra­tion tech­nique de la plate­forme (serveurs Linux). Une expé­rience préa­lable dans un de ces deux domaines serait un fort atout.

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Non il n’y a pas pénu­rie d’in­for­ma­ti­ciens

Pitié, arrê­tons avec ça. On nous a déjà fait le coup plusieurs fois. Remet­tons de l’ordre dans les légendes urbaines en utili­sant des indi­ca­teurs objec­tifs et pas du ressenti publiés par des gens qui y ont inté­rêt.

L’in­for­ma­tique n’est pas en pénu­rie

La tension du marché est carac­té­ri­sée par le ratio entre les offres et les demandes. Il y a 25 % moins d’offres que de demandes. C’est d’au­tant plus signi­fi­ca­tif que nous avons un domaine avec quelques spéci­fi­ci­tés comme un turn-over deux fois plus impor­tant que la moyenne et des annonces de recru­te­ment perma­nentes sur tous les sites de recru­te­ment pour alimen­ter des bases de profils.

Nous avons 1 créa­tion de poste pour 4 recru­te­ments et pour 8 offres. Malgré cela nous avons encore un tiers plus de demandes que d’offres. Pour être encore plus clair : En 2010 il y a plus de nouveaux diplô­més en infor­ma­tiques que d’offres d’em­bauche pour ces primo-deman­deurs. Si ça c’est une pénu­rie, il faudra m’ex­pliquer.

L’in­for­ma­tique a un taux de chômage consé­quent

Le chômage des infor­ma­ti­ciens a même monté de 45 % sur 2009 si on prend en compte les primo-deman­deurs, après 7 mois succes­sif de hausse sur les derniers mois 2008.

L’étude des années 2000 à 2010 montre un chômage moyen de 7,2 % avec des périodes de chômage struc­tu­rel de près de 80 % de la période. Il faut bien prendre en compte que sur les 20 % restants nous avons eu deux années d’eu­pho­rie qu’on a nommé après « la bulle Inter­net », qu’il est diffi­cile de consi­dé­rer comme repré­sen­ta­tives de la réalité ou de l’ave­nir.

C’est d’au­tant plus signi­fi­ca­tif que 75 % des sala­riés du secteur sont des cadres, habi­tuel­le­ment moins touchés par le chômage. Le secteur n’est pas en pénu­rie, mais il n’est pas telle­ment mieux loti que le reste non plus. Il est par exemple factuel­le­ment moins porteur que l’agri­cul­ture (surtout si on compare au domaine « études et recherche »).

L’em­bauche en infor­ma­tique n’est pas si diffi­cile

Nous n’avons pas de pénu­rie, nous avons même un chômage struc­tu­rel. Alors, avons-nous au moins des diffi­cul­tés de recru­te­ment excep­tion­nelles ?

L’APEC a deux statis­tiques inté­res­santes à ce niveau. Elle mesure un indi­ca­teur de diffi­culté d’em­bauche. Cet indi­ca­teur est dans notre secteur de 22 % pour les cadres et de 5 % pour les non-cadres. Il est à compa­rer à 20 % pour l’en­semble du secteur tertiaire. Nous n’avons donc pas de diffi­culté excep­tion­nelle pour les cadres, et une grande faci­lité pour les non-cadres. Pour réfé­rence le même indi­ca­teur est de 56 % dans l’in­dus­trie du bâti­ment et de 28 % pour l’in­dus­trie manu­fac­tu­rière.

Le second indi­ca­teur mesure l’adé­qua­tion des embau­chés par rapport aux attentes. L’APEC nous indique que 92 % des recru­teurs estiment que l’écart entre le profil recher­ché et celui de la personne recru­tée est nul ou faible.

Bref, recru­ter est diffi­cile, surtout pour un travail intel­lec­tuel. C’est vrai en infor­ma­tique comme ailleurs, mais pas plus qu’ailleurs, et pas à cause d’une soi-disante pénu­rie.

Il n’y a pas de tensions sur les salaires en infor­ma­tique

Cette absence de tension réelle se voit d’ailleurs sur les salaires. Étran­ge­ment si la statis­tique précé­dente nous dit que les profils recru­tés sont à 92 % conformes aux attentes, la même statis­tiques nous dit aussi que 85 % des salaires à l’em­bauche sont équi­va­lents ou infé­rieurs à ceux envi­sa­gés.

Les salaires vont plutôt à la baisse par rapport aux attentes initiales sans que ce ne soit justi­fié par des profils moins compé­tents que prévu. Ce n’est pas réel­le­ment le reflet d’une diffi­culté à recru­ter.

Pour­tant ces mêmes salaires sont déjà bas. L’ac­ti­vité « études, déve­lop­pe­ment et inté­gra­tion » a le 32ème salaire médian sur les 36 réfé­ren­cées, juste avant « études tech­niques et essais », « concep­tion », « recherche fonda­men­tale » et « autre ensei­gne­ment ». Ce n’est pas là non plus le reflet d’un marché en tension.

Entre septembre 2010 et mars 2011 les salaires à l’em­bauche des cadres a augmenté de 2,9 % tous secteurs confon­dus, sans qu’on ne parle de pénu­rie. En infor­ma­tique et tele­com, il n’a été que de 0,4 % : 7 fois moins.

Que cette ques­tion du salaire soit la source de la diffi­culté de recru­te­ment ou le signe de son absence relève de l’in­ter­pré­ta­tion, mais en tous cas ça ne colle pas avec un marché en tension et en pénu­rie.

Mais alors, quel est le problème en infor­ma­tique ?

Là nous entrons dans la partie d’opi­nion alors que le reste était basé sur des chiffres objec­tifs. Je réserve donc ça pour un billet séparé. Pour faire court ça tient tout de même en quelques points : SSII, acti­vité cyclique et évolu­tion de carrière.

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N’éco­no­mi­sez pas sur votre maté­riel infor­ma­tique profes­sion­nel

Choi­sis ce que tu veux

J’ai inté­gré une nouvelle société il y a peu. Première surprise, on m’a demandé avant que j’ar­rive ce que je voulais comme poste infor­ma­tique. Agréable. Mieux : On m’a simple­ment dit d’al­ler prendre ce qui me corres­pon­dait sur les sites de Dell ou d’Apple. Pas de choix prééta­bli ou de guide sur le budget.

Avec un cahier des charges aussi inexis­tant le moindre DAF risque­rait une attaque cardiaque. L’es­sen­tiel des effec­tifs peut faci­le­ment se faire coller l’étiquette « geek », c’est un coup à dépen­ser 3 000 euros par poste ça.

Qu’est-ce qui peut bien pous­ser une société à lâcher la bride ainsi à ses infor­ma­ti­ciens ?

Que ceux qui n’ont jamais pesté devant leur machine qui ne réagit pas assez vite lèvent la main !

À mon arri­vée à Yahoo! j’avais eu pendant un moment un vieux Dell qui avait 10 minutes de batte­rie (montre en main) et 8 minutes pour démar­rer. Je n’avais pas le temps de lancer un logi­ciel qu’il s’ar­rê­tait. Chan­ger la batte­rie ? ah non, pas avant les trois ans d’amor­tis­se­ment. Résul­tat : une horreur pendant les réunions.

Plus récem­ment à mon précé­dent poste j’ai béné­fi­cié d’un Dell Lati­tude E5510 tout neuf. Proces­seur Intel i3 dual core à 2,4 Ghz et 4 Go de mémoire, sur le papier c’est même surdi­men­sionné pour quelqu’un qui fait un peu de code et majo­ri­tai­re­ment de la bureau­tique. Pour­tant, que ce soit l’anti-virus ou le maté­riel, il me fallait presque 10 minutes pour démar­rer la machine, plus d’une minute pour avoir accès à MS Word ou Fire­fox après les avoir lancé, et le wifi mettait du temps à accro­cher.

Je ne prends même pas en compte toutes les fois où j’ai du noter sur papier et ressai­sir à cause d’une mauvaise batte­rie et d’un manque de prises en salle de réunion, vous ne croi­riez pas le temps perdu ainsi cumulé.

La renta­bi­lité comme seul objec­tif

Depuis une semaine c’est une joie. J’ouvre le portable et je peux commen­cer à frap­per au clavier. Pas de minute d’at­tente, pas même 30 secondes. Je clique sur l’icône de MS Word et je peux taper immé­dia­te­ment. Je dis bien immé­dia­te­ment. J’ai véri­fié si c’était une impres­sion ou si c’était objec­tif. J’ai cliqué et tapé immé­dia­te­ment.  La batte­rie je n’en parle même pas, je pour­rai tenir la jour­née dessus sans rechar­ger. Quant au wifi, c’est en rédi­geant ce billet que je me suis rendu compte que je n’ai jamais fait atten­tion à savoir si le wifi était en recherche ou connecté : j’étais en ligne dès l’ou­ver­ture du capot, ou du moins je n’ai jamais ressenti le délai.

En ce moment je fais des entre­tiens auprès de mes clients. Deux entre­tiens par jour, c’est un démar­rage à froid et trois reprises à chaud. Entre le wifi, la sortie de veille, le lance­ment des logi­ciels et la réac­ti­vité géné­rale, je gagne un grand mini­mum de 3 minutes à chaque fois, le double pour le démar­rage à froid, soit 15 minutes par jour.

Comp­tez vous-mêmes, j’ai renta­bi­lisé une jour­née de travail à peu près tous les deux mois. 15 minutes ça peut sembler exagéré, on ne se rend pas toujours compte de tous ces petits temps d’at­tente, on met instinc­ti­ve­ment en place des contour­ne­ments (le café après avoir allumé la machine, la présen­ta­tion avec le client le temps que MS Office se lance) … jusqu’au jour où on n’en n’a plus besoin et qu’on devient vrai­ment effi­cace.

N’éco­no­mi­sez pas sur l’ou­til de travail

Le « choi­sis ce que tu veux » est très diffi­cile pour moi. Ça veut dire que c’est à moi de défi­nir les limites de ce qui est accep­table ou rentable. Mes expé­riences passées m’in­ci­taient d’un côté à ne surtout pas rogner trop, mais de l’autre à croire que je risquais de me faire remarquer par une facture refu­sée avant même de faire mon premier jour.

Heureu­se­ment un futur collègue m’a incité à ne pas faire l’éco­no­mie d’un poste de travail et m’a rappelé que le coût était quand même ridi­cule au final pour du profes­sion­nel.

Résul­tat : Je me suis lâché. Raison­na­ble­ment, mais mon poste a proba­ble­ment coûté quatre fois plus que celui que m’avait alloué mon précé­dent employeur.

Le montant repré­sente tout de même moins de trois jours de factu­ra­tion client. La diffé­rence avec un poste milieu de gamme sera amor­tie en moins de six mois sur la base des calculs plus haut. Avec un renou­vel­le­ment tous les trois ans, mon employeur précé­dent aurait fait une écono­mie de 15 jours de factu­ra­tion en faisait le même choix.

Tout n’est pas chif­frable

Mais le gain réel n’est même pas là. Le gain c’est par exemple que j’ai envie de travailler, que j’ai une impres­sion de confiance et d’ef­fi­ca­cité indé­niable pour commen­cer dans mes nouvelles affec­ta­tions. Je commence motivé et non frus­tré.

Pour savoir combien cette frus­tra­tion peut tuer toute moti­va­tion sur le long terme au fur et à mesure des embê­te­ments et des mauvaises expé­riences, le retour sur inves­tis­se­ment chif­fré plus haut est tota­le­ment négli­geable. La vraie valeur ajou­tée elle ne se chiffre pas, mais c’est elle la plus impor­tante : je suis effi­cace est motivé.

Faites tour­ner ce retour à votre service infor­ma­tique le jour où on vous annonce que fran­che­ment votre poste coûte déjà assez cher comme ça et que ce que vous deman­dez n’est pas vrai­ment indis­pen­sable, qu’on peut très bien faire sans.

Photo d’en­tête sous licence CC BY-NC-ND par Kmeron