Vive la trans­la­tion du jargon


J’ai cher­ché comment traduire « commit » dans le contexte d’un contrôle de versions type git ou subver­sion. J’ai eu quelques propo­si­tions qui peuvent permettre de construire des phrases au cas par cas, mais aucun terme vrai­ment éclai­rant et géné­rique.

Mais surtout je me suis heurté à pas mal de réac­tions concer­nant l’idée même de traduire le terme.

Fran­che­ment je ne cherche pas à « défendre la langue française ». Elle va très bien, merci pour elle, et surtout elle ira d’au­tant mieux qu’elle restera vivante et s’au­to­ri­sera à impor­ter des termes étran­gers. Il est d’ailleurs amusant de voir de temps en temps de la résis­tance à impor­ter un terme anglais… qui est en fait un terme français qui a été importé outre-manche ou outre-atlan­tique il y a bien long­temps. Bref, là n’est pas la ques­tion.

Ma petite histoire

C’est Eyrolles qui m’a pas mal ouvert les yeux sur l’uti­lité d’une traduc­tion. À l’époque de la rédac­tion de mon livre sur PHP, ils nous ont imposé de cher­cher au maxi­mum des traduc­tions.

  • Premier constat : Quand on cherche, le plus souvent, on trouve un terme français qui corres­pond très bien.
  • Second constat : Le plus souvent même ceux qui n’uti­lisent que les termes anglais ne remarquent même pas qu’il y a eu effort parti­cu­lier de traduc­tion.

Tout le monde utilise thread, parser, template, tag… mais fina­le­ment un fil de discus­sion ou d’exé­cu­tion, un moteur ou un analy­seur syntaxique, un gaba­rit, une balise ou une étiquette, ça fonc­tionne très bien aussi. En fait ça fonc­tionne même mieux, avec une lecture bien plus fluide quand bien même les termes sont rare­ment fran­ci­sés dans le contexte infor­ma­tique.

Il m’a ainsi fallu pas mal de volonté pour faire un chapitre sur les gaba­rits de pages HTML en PHP. Damned, j’ai résisté et voulu écrire « template » jusqu’au bout. Je me demande même si nous n’avions pas fini sur un compro­mis en lais­sant « template » dans le titre de chapitre en crai­gnant que « gaba­rit » ne soit pas immé­dia­te­ment compris. Sauf qu’au final je suis bien content de l’avoir fait ce chan­ge­ment.

Abra­ca­da­bra

J’ai vu trop d’in­for­ma­ti­ciens utili­ser les termes anglais comme des formules magiques. J’ai même eu plusieurs discus­sions à l’époque du choix de « gaba­rit » où on m’a expliqué qu’un « template » c’était diffé­rent parce que [insé­rez ici une conno­ta­tion imagi­naire]. Moins mon inter­lo­cu­teur avait de recul sur ce qu’il mani­pu­lait et de compré­hen­sion du fonc­tion­ne­ment, plus il était atta­ché au terme anglais. Cette consta­ta­tion n’a jamais été démen­tie (atten­tion à ne pas vous vexer : je ne prétends pas que la réci­proque est vraie).

Si je tiens au français, c’est juste­ment pour parler français et pour ne pas utili­ser de termes formules magiques où chacun y met son propre imagi­naire. Ça permet de norma­li­ser le discours, de lais­ser prendre du recul à ceux qui sont trop habi­tués à copier sans comprendre, et de parler du fonc­tion­ne­ment plus que d’une série d’ou­tils et de commandes.

Comme la plupart des infor­ma­ti­ciens, j’ai beau­coup tendance à utili­ser l’an­glais dans mon jargon. J’ai toute­fois pu noter de réelles diffé­rence d’im­pact et de compré­hen­sion dès que je fais l’ef­fort d’uti­li­ser des termes français. Et cette faci­lité d’échange ne concerne pas que les débu­tants : Je la constate aussi face à des habi­tués du terme comme de la tech­nique qu’il recoupe. À vrai dire plus la personne en face a du recul et de la compré­hen­sion, plus on peut parler de ce qu’il y a derrière et autour et plus la langue utili­sée est un détail.

À l’usage

Seule l’ha­bi­tude fait un peu résis­tance, mais pas tant que ça. En fait tout l’enjeu c’est de trou­ver un terme qui sera immé­dia­te­ment compris sans réflé­chir par un natif fran­co­phone, même par celui qui n’uti­lise que le terme anglais dans sa vie profes­sion­nelle. Très souvent on trouve, et si extrê­me­ment peu de mes corres­pon­dants parle­ront eux-même de fil d’exé­cu­tion, aucun ne tique quand je le fais.

Il reste quelques termes diffi­ciles à traduire. Le plus souvent ce sont des termes qui ont déjà été détour­nés de leur sens usuel en anglais. Forcé­ment, trou­ver un terme français revient aussi souvent à le détour­ner de son sens usuel… et là ça coince. À l’écrit, quand ça arrive, je tente de forcer un peu le terme français s’il me semble viable, quitte à mettre le terme anglais en paren­thèses à la première occur­rence.

Et quand rien ne va ? et bien j’uti­lise l’an­glais, ça me va aussi très bien. Fuck à l’Aca­dé­mie Française qui créé un nouveau mot complè­te­ment déli­rant par volonté abso­lue de ne pas utili­ser l’an­glais. Ce n’est pas ma moti­va­tion. Par contre j’en arrive là après une recherche sérieuse, avec l’aide de ceux qui le veulent.

Et pour « commit » alors ? Après un nombre impor­tant de contri­bu­tions sans aucune suffi­sam­ment claire et géné­rique – de mon avis person­nel – Karl a proposé le simplis­sime « enre­gis­trer ». Ça ne plaira peut être pas aux puriste, mais j’ai l’im­pres­sion que ça colle parfai­te­ment à pas mal de sens qu’on donne à « commit », et que je trou­ve­rai bien les termes pour les quelques sens manquants avec les notions de version et tran­sac­tion. Ceci dit ça reste un sujet ouvert pour moi.

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10 réponses à “Vive la trans­la­tion du jargon”

    • J’adopte ! C’est *exactement* le bon terme pour moi.
      Le verbe anglais « to consign » mentionne « to commit » comme synonyme (sur wiktionary)
      Le même wiktionnaire donne le sens suivan t à « consigner » :
      (Figuré) Rapporter, citer dans un écrit.
      Ce fait est consigné dans nos annales. – Cette circonstance a été consignée au procès-verbal.

  1. Par habitude, je n’utilise le jargon anglais qu’avec les développeurs. Certains termes ne sont pas connus de tous, et c’est là où c’est utile : la communauté anglophone est bien plus conséquente. Quand on connaît les bons termes en anglais (+ variantes), ça facilite les recherches.

    La question que je me pose est : vous codez en anglais ? (code, commentaires, documentation)

    • Documentation : rarement.

      Commentaires : souvent, pas toujours (quand je suis fatigué ça passe au français, idem si le code a déjà des commentaires français ou si je fais du quick ‘n dirty)

      Code : euh… il y a le choix ? en fait oui, mais je n’utilise aucun langage où le « if » soit un « si », et comme j’adore pouvoir lire mon code, les fonctions et variables sont en (charabia)anglais

    • Je suis très très étonnée que tu commentes en anglais et code en anglais, alors même que tu viens de prôner le français pour la compréhension.
      Tes collègues ne sont pas francophones ?

    • Si, effectivement.

      Deux raisons :

      Le langage lui même est en anglais (mots clefs, fonctions), donc pour éviter un mélange horrible je fais des méthodes, classes et variables en anglais aussi

      Pour les commentaires c’est moins tranché, et je me prends trop souvent à les faire en français (par fainéantise) mais entre le code qui vient de l’extérieur (commenté anglais) et celui destiné à être partagé (commenté anglais pour large diffusion), ça ferait beaucoup de bascules anglais/français suivant les fichiers. Pas forcément idéal à mon sens. Ceci dit un code entièrement commenté français ne me choquerait pas s’il est destiné à rester uniquement lu par des français.

  2. Pour « commit » j’utilise « contribution », tout simplement.

    Le mot est souvent connoté à cause de l’influence de l’Open Source : pour beaucoup « contribuer », c’est participer à un projet. Et quand tu leur demande « Ok, et quel type de participation ? », ils répondent naturellement « des commits ! ». Bref, le sens est bien là, il faut juste le saisir :)

    Je n’ai jamais eu de problème avec cette traduction. Les développeurs peuvent l’utiliser, la localiser « contribution locale » / « contribution distante » et dans certains cas, « contribution » peut même recouvrir un autre terme anglais difficile à traduire : « merge ».
    « J’ai contribué la branche Dev sur Release » se comprend en effet très bien, et traduit correctement notion d’apport de modifications.

    Autre avantage : les clients comprennent aussi. Et traduisant le terme, il devient accessible.

  3. La première fois nez à nez avec Eclipse il y a 8 ans, j’entendais autour de moi les collègues parler de « commiter ». Insupportable mot à mes oreilles. D’autant que ces mêmes collègues n’arrivaient que vaguement à me traduire la chose en français, ce qui n’aidait pas à vraiment me la représenter (je ne suis pas développeur à la base). J’ai été le seul à installer le package langue fr qui traduisait les termes. « Commit » est devenu « Livrer » et « update » « Mettre à jour ». J’ai compris à ce moment là (« Hep, j’ai livré mes modifs sur le référentiel les gars ! Faites une mise à jour ! »).
    En revanche, les collègues qui intervenaient (régulièrement) sur mon poste perdaient leurs repères (voire un peu de compréhension je crois).
    Ne pas savoir (ou vaguement) la signification française de termes anglais qu’on utilise quotidiennement et les franciser en ajoutant la terminaison du premier groupe (Commit – commiter), j’assimile cela ni plus ni moins à de la pauvreté lexicale.

  4. Je voudrais prendre le contrepied de cet article : pourquoi garder commiter / commit ?

    Une bonne raison _pratique_, c’est que les traducteurs français vont proposer plusieurs variantes (cf. ci-dessus : enregistrer, consigner, contribuer), donc cela engendre de la confusion, là où il y a une seule et unique notion, pour les utilisateurs qui compareraient plusieurs documentations.

    Je ne suis pourtant pas un défenseur du franglais. C’est à éviter autant que possible. Mais ici, il faut considérer qu’on n’a pas un mot anglais, mais un terme technique, correspondant exactement à une commande. On ne traduit pas les commandes, n’est-ce pas ?
    Donc on forge un néologisme, qui correspond exactement à la commande, et ainsi ce n’est pas une « trahison » du français.

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