« tu » ou « vous »

Jeune, on m’a appris qu’on vouvoie les gens avec qui on n’a pas de relation proche, une façon de montrer le respect.

C’est en réalité moins reluisant. On tutoie les enfants voire les plus jeunes. À l’inverse on doit le vouvoiement à quelqu’un de bien plus âgé, à un supérieur hiérarchique, à un élu ou représentant quelconque, à un médecin, à un préposé administratif à qui on demande quelque chose, et globalement à quiconque a une autorité ou un pouvoir sur nous.

Ce n’est pas tant du respect que de la déférence et de la subordination, voire un rapport de domination. Si c’était simplement du respect, on vouvoierait les amis les plus proches.

Dans un échange c’est d’ailleurs toujours celui qui a l’autorité qui a le droit de proposer le passage au tutoiement, l’opposé serait malvenu. Il s’agit un peu de dire « je t’autorise à me tutoyer [pauvre manant] ».


Le truc c’est que la hiérarchie ce n’est pas ma tasse de thé.


Dans certains milieux le vouvoiement semble la règle. J’ai par exemple cru comprendre que les équipes de restauration et d’hôtellerie se vouvoient au travail même quand ils se connaissent personnellement.

Dans le milieu informatique ça semble l’opposé. Le tutoiement est plutôt la norme. Le milieu startup en fait une règle quasi absolue, même si c’est souvent pour de mauvaises raisons (l’image moderne, jeune, cool et tous copains que certains veulent se donner pour des raisons marketing).

Le résultat c’est qu’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais vouvoyé personne dans les entreprises où j’ai été, DG et actionnaires inclus. Ça n’était juste pas un sujet. On bosse ensemble ou on est amené à le faire alors on se tutoie.

J’ai parfois vouvoyé des clients ou des prospects, mais probablement très rarement des gens dans les divisions techniques, directeurs compris. En fait même les directions générales se tutoient assez facilement, y compris pour des grandes entreprises très classiques. Ceux que j’ai tendance à vouvoyer sont plutôt les commerciaux et DRH, et pour les premiers c’est probablement une marque de défiance ou de distance de ma part.


Bref, j’ai du rédiger des annonces de recrutement aujourd’hui. Le « vous » me gênait pour la distance qu’il mettait, qui me semblait fausse vis à vis de mon expérience. C’était un peu prendre une position d’autorité et de domination alors que je n’ai jamais conçu la collaboration professionnelle ainsi. Indépendamment de moi, ça ne me semblait pas refléter la réalité des relations dans l’entreprise.

Il reste que le « tu » des startups m’a tué, ce « tu » qui parle de babyfoot et fait semblant qu’on soit de vieux copains de skateboard et de concerts de métal alors que c’est une personne du marketing qui écrit les lignes après avoir lu des livres genre « la génération Y » en croyant que ça attire les jeunes.

Bref, j’ai tout sauf envie de ressembler à ce « tu » startup, et visiblement c’est aussi lui qui semble repoussoir pour une partie des développeurs qui m’ont aidé à choisir la bonne tournure. Je suis repassé au « vous », quitte à utiliser un style très détendu autour de ce « vous ».

Peut-être que je deviens vieux.


Où est-ce que vous vous situez là-dedans de votre côté ? Quelle est la tournure que vous utilisez au jour le jour quand vous n’avez ni relation de proximité ni relation hiérarchique ou de pouvoir ?

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2 commentaires

  1. Chez Capgemini le tutoiement était une règle tacite dans les services. J’étais le seul à vouvoyer mon n+1 (qui du coup me vouvoyait alors qu’il tutoyait tout le monde). Je l’ai fait sciemment pour une raison : en français tu ne peux pas engueuler quelqu’un aussi facilement ni de la même manière en disant « vous » que « tu ». Je n’ai jamais regretté ce choix, on a eu des discussions moins nombreuses mais bien plus riches que si on s’était tutoyés lui et moi.

    Comme tu le dis, la distance impose le respect, ne serait-ce que parce que l’expression orale est obligatoirement différente.

  2. Je suis tout à fait de ton avis et j’opte également pour le vouvoiement détendu par écrit, et le tutoiement respectueux et anti babyfoot à l’oral. Pour moi il faut aborder la question différemment selon que c’est oral ou écrit. Généralement la première question que je pose aux démarcheurs c’est « pourquoi vous me tutoyez », quitte à passer pour un vieux con. En fait, astuce: statistiquement un recruteur est plus enclin à accepter une fourchette de salaire élevée à quelqu’un qu’il vouvoie. À l’oral c’est possible de tutoyer honnêtement et respectueusement sans l’effet cool startup ping-pong.

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