Rapport au corps

Rapport au corps

Notre rapport au corps est quand même bien tordu. Le moindre bout de peau est consi­déré comme à masquer.

Oh, on s’en défend en montrant du doigts certains pays qui vont voiler jusqu’au visage, mais nous ne sommes pas si diffé­rents. Lais­sez une photo de décol­leté, un bout de fessier, et c’est à cacher pour ne pas faire peur aux enfants ou aux patrons (je laisse à d’autre l’ex­pli­ca­tion du pourquoi les deux tombent dans la même caté­go­rie).

Nous sommes en fait bien plus hypo­crites, en créant des contextes très norma­li­sés, chacun avec son bout de peau qui a le droit ou pas le droit d’être montré. Mettez un bikini hors de la plage, ou des simples sous-vête­ments à la place d’un maillot de bain pour­tant pas plus couvrant, et voilà l’at­teinte à la pudeur.

Nous menons la cari­ca­ture assez loin pour pouvoir montrer à peu près tout ce qu’on peut imagi­ner tant que c’est pour vendre sur une publi­cité, mais en paral­lèle on invoquera le bien être des enfants à la moindre nudité partielle, voire pour un soutien gorge un peu visible.

Comment en est-on arri­vés à trou­ver le corps de l’autre scan­da­leux et le notre honteux ? Ce revi­re­ment est rela­ti­ve­ment récent au moins dans notre pays, deman­dez à la géné­ra­tion de mai 68. Mais surtout, pourquoi cédons-nous en conti­nuant à cacher les corps, leur repré­sen­ta­tion, et à les étique­ter pour encou­ra­ger ce tabou ?

Photo d’en­tête sous licence CC BY-NC-ND par Martin Bause­wein


9 réponses à “Rapport au corps”

    • Effectivement, c’est un passage dans un parcours photographique :-)
      Eric, ta réflexion me fait davantage penser au sujet de l’érotisme et de l’intime que celui du nu finalement. Me viennent en tête les photographies de Hans Bellmer, de formes très graphiques chez Bill Brandt, d’images vues de corps écrasés contre des photocopieurs (étrange appareil photographique !) et bien d’autres visions du corps et/ou du nu encore.
      Me fait aussi penser au Photo-poche no 21 couvrant bien le sujet http://www.delpire.fr/poches.htm

    • Je le vois plus comme un rapport au corps, mais oui, ça touche l’intime et c’est une part de la difficulté.

      Je ne mets pas l’érotisme dans ce même chemin toutefois. Je ne l’en écarte pas mais il ne fait simplement pas partie de ma réflexion. Au contraire: l’érotisme à tendance à jouer les perturbateurs dans l’approche du corps et la capacité à la montrer.

    • Pas encore. Prendre conscience de notre folie ne veut pas dire arriver à s’en extraire soi-même du jour au lendemain, c’est un chemin à parcourir.

      Après, de l’autoportrait… Pourquoi pas. Pas tout de suite cependant. J’ai un autre projet en tête que j’aimerais mener avant.

      Puis non seulement le corps masculin m’inspire rarement, mais en plus l’autoportrait me semble une difficulté de plus non négligeable. Chaque chose en son temps.

  1. Lorsqu’on ramène la photographie à soi, le nu devient un support des plus intéressants car en substance il est neutre.

    Et rien de tel que le nu pour se mettre à nu :)

  2. Moi ça me fait penser au contraste entre les pubs hyper érotisées avec des filles photoshoppées en bikini et les femmes qui ne peuvent pas sortir un téton en public pour allaiter un bébé sans déclencher un scandale… Alors que l’allaitement n’a rien d’érotique et encore moins de nocif. :(
    D’accord avec toi pour dire que c’est étrange. J’ajoute que c’est un peu triste.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.