Étiquette : Rapport au corps

  • [Photo] Sur le chemin du retour, en massa­crant à tue-tête Hotel Cali­for­nia

    J’ai toujours beau­coup de mal à défi­nir les échanges qui naissent lors des colla­bo­ra­tions photo. Elle m’a envoyé plein de mots qui m’ont fait chaud au cœur et a bien voulu m’en­voyer un petit texte sur sa propre histoire.

    C’est son histoire, chacun vit ça diffé­rem­ment mais je ne résiste pas à l’en­vie de parta­ger.

    * * *

    Je ne sais pas quand j’ai commencé à détes­ter mon corps mais je sais quand j’ai décidé d’ar­rê­ter. C’était quelque part sur le chemin du retour, en massa­crant à tue-tête Hotel Cali­for­nia. J’ai tout à coup pris conscience du temps et de l’éner­gie gâchés pendant toutes ces années, pour rien !

    J’avais eu plusieurs fois envie par le passé de poser pour un photo­graphe pour tenter de me récon­ci­lier avec mon propre corps mais un peu comme on rêve de tout ce qu’on ne pourra jamais faire. Mais la même pensée m’ar­rê­tait à chaque fois : et si les photos ne montraient fina­le­ment rien de plus que ce que je voyais déjà ? et si elles ne faisaient que confir­mer ce que je pensais déjà de moi ?

    Jusqu’au jour où j’ai sauté le pas… Il cher­chait des modèles, j’ai répondu « allez, moi je veux bien ! » avant de réflé­chir, avant de renon­cer. Quand il m’a demandé si je connais­sais déjà le genre de photos qu’il faisait, j’avoue que j’ai menti, j’ai répondu que non. En réalité, je connais­sais ses photos depuis quelques temps, mais j’ai eu peur de sa réac­tion, le fameux « pour quel genre de fille je vais passer ??? » et je n’ai pas assumé. Le soir, je suis rentrée chez moi la trouille au ventre, en me maudis­sant de lui avoir répondu. Mais pourquoi ? Pourquoi j’avais fait ça ?! On a commencé à discu­ter, de ce que je cher­chais, de ce que j’étais prête à faire (« pas du nu ! »). J’ai­mais sa démarche, j’ap­pré­ciais la manière dont il parlait des femmes et de leurs corps, tout ce qui ressor­tait de remarques anodines qui fina­le­ment en disent long sur qui on est. Plus le temps passait et plus j’al­ter­nais entre « j’ai bien fait de le contac­ter, je vais le faire et ça me faire beau­coup de bien » et « mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu, je suis complè­te­ment cinglée, jamais je pour­rai faire ça !!! ». Et puis toujours les mêmes ques­tions qui me rendaient folles : « et si j’ar­rive là bas et qu’au bout de trois photos, il me dit que non en fait, ça va clai­re­ment pas le faire ? » « et si fina­le­ment, je me désha­bille et que je vois le même dégoût dans son regard que dans le mien ? »…

    La veille, j’ai mis des heures à m’en­dor­mir, j’étais parta­gée entre l’ex­ci­ta­tion et la peur. La trouille a pris le dessus pendant l’ins­tal­la­tion du maté­riel, et au premier clic, j’ai cru que j’al­lais me trou­ver mal. Je me sentais empo­tée, je ne savais pas quoi faire de mes bras, de mon corps, j’avais beau être habillée, j’ai bien cru que j’al­lais renon­cer au bout de cinq minutes. Il me posait des ques­tions, et je voyais bien qu’en essayant de me faire parler, il cher­chait à me distraire de ma peur, mais ça ne marchait pas. J’ai l’ha­bi­tude de penser à plusieurs trucs en même temps, et j’étais large­ment capable d’être morte de trouille tout en répon­dant de façon cohé­rente à ses ques­tions. Au moment où j’al­lais lui dire que j’avais changé d’avis, qu’en fait, je serai pas capable de conti­nuer, il m’a expliqué une pose et je me suis dit « bon allez, je fais celle là, et après j’ar­rête ». Et au bout de 5 minutes – et 5 minutes, immo­bile, en silence dans une pose incon­for­table, croyez-moi, c’est très, très, très long ! – j’étais fina­le­ment prête à en faire une de plus, puis une autre. Et ce que je crai­gnais le plus – me désha­biller – s’est fina­le­ment passé natu­rel­le­ment, en douceur et sans que j’en prenne vrai­ment conscience. Assez rapi­de­ment, je me suis sentie à l’aise, j’étais bien, je passais un bon moment.

    A la fin, je lui ai demandé à voir un peu les rushes, et… j’ai reçu une grande claque. Pour­tant c’était moi, c’était mon corps, mais comment c’était possible qu’il ait l’air telle­ment diffé­rent sur cet écran d’or­di­na­teur que dans mon miroir ??? Main­te­nant j’at­tends avec beau­coup de patience – non, j’dé­conne ! – de voir les photos trai­tées.

    Et si je ne devais rete­nir qu’une seule chose de cette jour­née, c’est le profond respect qu’il a eu pour moi tout au long de la séance, et pas seule­ment dans ses paroles. Même si je posais nue, j’étais couverte entre chaque pose (et pas juste parce que j’avais froid !), j’ai pu me chan­ger et me désha­biller dans une pièce à part, il était mine de rien toujours de dos ou très très concen­tré sur son flash à chaque fois que je prenais une pose – qui m’ont toujours été propo­sées d’ailleurs et jamais impo­sées. Ca peut avoir l’air anodin, mais ça ne l’est pas.

    Et depuis ? J’ai constaté quelques chan­ge­ments. J’ai pris conscience que je me tenais tout le temps voûtée, que je marchais systé­ma­tique­ment en regar­dant mes pieds, et j’es­saie de corri­ger tout ça. Parce que, sans en être au point de vouloir m’af­fi­cher, je n’ai plus envie de me cacher, je n’ai plus le senti­ment de devoir m’ex­cu­ser d’être là. J’ai désor­mais battu mon record du nombre de jours passés sans une seule remarque néga­tive à moi-même devant ma glace (pas même un petit « ugh, mais c’est quoi cette tête ? »). Je me surprend même quelques fois à me dire que je suis belle aujourd’­hui ! Et j’at­tends avec impa­tience l’été, pour m’au­to­ri­ser enfin à porter certaines tenues que je n’avais jamais osé mettre !

    Et puis, le hasard de la vie m’a fait un petit clin d’oeil quand j’ai reçu une petite carte qui disait « You were born to be real, not to be perfect… because if you’re not your­self, who will ? »

  • Intros­pec­tion photo­gra­phique – 2

    J’ai eu envie de remettre à jour l’intros­pec­tion photo­gra­phique qui parle plus de mes débuts que de ce qu’il s’est passé ensuite, expliquer ce que je fais et en quoi c’est impor­tant pour moi.

    Je n’en ferai fina­le­ment rien : Je ne renie rien du précé­dent texte et de son chemi­ne­ment. J’ai avancé, je travaille diffé­rem­ment, je ne vois plus les choses sous le même angle, mais je parle toujours du rapport au corps, à l’autre et à moi-même. Ce texte origi­nel a encore tout son sens (et je vous en propose donc la lecture avant de passer à la suite).

    Aujourd’­hui j’écris sous les photos, et ça s’est révélé aussi impor­tant pour le proces­sus que la photo elle-même. C’est confus, pas toujours profond, mais certains textes complètent mieux que je ne pour­rai le faire ici la descrip­tion initiale de ma démarche, où j’avance, comment ou pourquoi.

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    Il est possible d’ou­vrir les albums Flickr, pico­rer les photos qui vous plaisent ou qui vous inter­rogent, et suivre les liens qui accom­pagnent certaines de ces photos (quand il y en a deux, le premier lien est géné­ra­le­ment accom­pa­gné d’un texte sur mon parcours).

    Pour ceux qui ont l’en­vie de s’im­mer­ger, je propose plutôt une collec­tion des textes qui m’im­portent le plus, à parcou­rir un par un. Il y en a une tren­taine à ce jour mais la plupart ne font que quelques lignes.

    Si vous avez le temps, vous pouvez aussi dérou­ler l’in­té­grale des billets photo dans l’ordre, un par un (130 à ce jour, dont une partie ne sont que des inspi­ra­tions).

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    Ce que je n’avais pas anti­cipé ce sont les rencontres extra­or­di­naires que ces photos m’ont permis de faire, des rencontres avec des personnes extra-ordi­naires, belles, humaines. Souvent nous discu­tons beau­coup, avant, après, parfois pendant ; des conver­sa­tions sans la cara­pace usuelle. C’est un cadeau à part entière, indé­pen­dam­ment des photos.

    L’autre cadeau ce sont les remer­cie­ments appuyés des modèles ou leur envie de reve­nir après la première séance. Certaines parcourent un chemin paral­lèle au mien ; savoir que notre colla­bo­ra­tion a permis un autre regard sur elles-mêmes fait sauter toutes mes hési­ta­tions.

    Bref, tout ça m’en­ri­chit bien plus que prévu et la photo ne se révèle qu’un support. Je ne compte pas arrê­ter. Aujourd’­hui j’ai envie d’autres séances, de rencon­trer d’autres gens. Pour conti­nuer le chemin déjà engagé mais aussi sur d’autres sujets. J’ai envie de gens qui s’em­brassent, d’une danseuse, d’une femme enceinte. J’ai envie de gens qui ont souhaitent s’ou­vrir et parta­ger.

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  • [Récap photo] Un pas envers tout

    Diffi­cile de quali­fier cette séance. Elle fait partie de celles où j’ai eu beau­coup de mal à accep­ter mon travail, à me mettre à la post-produc­tion, et à être content de moi. Les dernières retouches lors de la publi­ca­tion ont toute­fois beau­coup changé les choses… et ma percep­tion.

    Les textes et les images complètent sont sur les liens suivants : Rien d’autre, Séré­nité, Épuré, Regards, Fort, Dérive, Ombres et Découpe.

    Vous retrou­ve­rez les séances passées sur Flickr, avec géné­ra­le­ment un lien vers le texte en bas de chaque photo. Outre Flickr, les futures publi­ca­tions sont annon­cées sur le RSS et le fil Twit­ter.

    J’ai appris que quelques un·e·s d’entre vous sont parfois tenté·e·s mais hésitent. Je vous encou­rage à venir discu­ter avec moi. Ça n’en­gage rien et je suis preneur même si ce n’est que pour discu­ter photo et pour entendre ce que mes photos vous évoquent. Des petits riens aussi simples que des marques d’ap­pré­cia­tion sont aussi une grande source de moti­va­tion.

  • [Photo] Découpe

    Découpe (9651) - Flickr
    Découpe (9651) – Flickr

    Elle ne me plait pas en clôture de publi­ca­tion mais elle ne s’in­sé­rait pas avant. J’y trouve un aspect très graphique, presque art moderne. Seule me gêne la possi­bi­lité que d’autres y voient du sulfu­reux.

    Le réca­pi­tu­la­tif de séance vien­dra demain mais le Flickr est déjà complet si les textes ne vous inté­ressent pas.

  • [Photo] Ombres

    Ombres (9540) – Flickr

    J’hé­site toujours sur ce que je montre, sur comment je dessine avec la lumière. Quand j’hé­site je retombe faci­le­ment dans mes premières photos, où parfois le noir est un refuge et où seuls les contours ressortent.

    J’ai hésité à savoir si elle valait publi­ca­tion, peut-être juste­ment parce qu’elle me rappelle mes premières déclen­che­ments très gauches d’il y a un peu plus de deux ans. J’ai envie de mon égo me dise que je progresse mais celle-ci est telle­ment proche… Tant pis, elle corres­pond à quelque chose aujourd’­hui et elle mérite d’être publiée rien que pour ça.

    C’est norma­le­ment l’avant-dernière photo à publier de la séance, avant de passer à tout autre chose.

  • [Photo] Dérive

    Dérive (9457) - Flickr
    Dérive (9457) – Flickr

    Je repro­duis sans le vouloir une ancienne photo passée, avec je pense une progres­sion. Cette pose renforce un peu l’image stéréo­ty­pée du corps fémi­nin mais c’est aussi un peu l’objec­tif. Il s’agit d’oser accep­ter que ces images ne sont pas réser­vées aux modèles parfaits et retou­chés des maga­zines, de jouer avec.

    J’ai longue­ment hésité sur le sens à lui donner et fini par garder l’orien­ta­tion à gauche pour forcer à reve­nir en arrière lors de la lecture, et suivre le corps avec ses courbes. L’idée c’est un peu retrou­ver le regard qui dérive sur le corps. Tentez de l’in­ver­ser, je suis curieux de voir laquelle vous préfé­rez et pourquoi.

  • [Photo] Fort

    Fort (9431) - Flickr
    Fort (9431) – Flickr

    J’ai une fois sur deux un gros malaise lors du premier passage sur les photos d’une séance. L’im­pres­sion d’avoir tout loupé, de finir avec une qualité digne de quelqu’un qui n’a aucune recherche, peur de la réac­tion du modèle, de son juge­ment sur mon travail voire d’être pris pour un impos­teur, et surtout de déce­voir.

    Et vient la dernière touche avant publi­ca­tion – avec l’aide de quelques ami·e·s, merci à vous – qui me permet d’avoir quelque chose que j’aime et dont je suis parfois fier.

    La publi­ca­tion de cette séance a commencé par trois images en couleur et j’ai l’im­pres­sion d’avoir fait un pas de plus. Trai­ter la couleur et trou­ver le côté inti­miste me parait infi­ni­ment plus diffi­cile que tout ce que j’ai fait jusqu’a­lors, et pour­tant j’aime parti­cu­liè­re­ment la dernière.

    Le noir et blanc reste toute­fois un vrai choix, au delà de la simpli­cité, et le reste de la séance s’y tien­dra. Pour les images brutes j’y trouve une force que je ne perçois pas autre­ment. C’est encore plus vrai sur les compo­si­tions simples et directes comme celle ci.

  • [Photo] Séré­nité

    Séré­nité (9377) – Flickr

    Je suis heureux de cette photo. J’avais déjà cher­ché le regard inti­miste avec cette lumi­no­sité qui trans­perce mais sans le trou­ver tout à fait. Ici j’y lis du calme et de la séré­nité.

    On me demande parfois si le nu est néces­saire. Proba­ble­ment pas, mais je ne me vois pas atteindre le même effet sans le dépouille­ment de la nudité. Les ambiances qui sont créées via le nu sont vrai­ment parti­cu­lières à mes yeux, autant sur la photo que pendant la séance.

  • [Photo] Épuré

    Épuré (9446) – Flickr

    J’adore ces photos douces, qui permettent d’ou­blier le côté terre-à-terre du corps. Tout le monde se voit avec plein de défauts. J’ai souvent la remarque « je ne suis pas comme les modèles que tu as déjà eu » et en fait si, toujours. Le regard des autres est telle­ment diffé­rent de celui qu’on a sur soi…

    L’his­toire n’est pas la même, mais je vous propose un second cadrage plus dans l’op­tique de la photo d’hier. Je suis inté­ressé par vos retours.

  • [Photo] Regards

    Regards (9647) - sur Flickr
    Regards (9647) – sur Flickr

    C’est évident après coup mais ce sont les photos de dos qui semblent provoquer le plus le regard des modèles après la séance. Ce ne sont pas celles qu’on a l’ha­bi­tude de voir, et encore moins mises en valeur.

    Je fais mes photos pour chan­ger le regard. Chan­ger le regard que j’ai sur moi-même et sur les autres, humble­ment parfois aider les autres dans le regard qu’ils ont d’eux-même.

    Et ça fonc­tionne mais plus j’avance plus je me rends compte qu’il s’agit aussi d’ac­cep­ter le regard des autres, ou au contraire de savoir passer outre et vivre sans lui donner trop d’im­por­tance. Que nous refu­sons-nous sous la contrainte du regard d’au­trui ? Est-ce raison­nable ?