Les développeurs sont des créatifs

À ne pas (faire) oublier : Les développeurs sont des créatifs, pas des ouvriers.

C’est vrai pour tous, sans exceptions, même pour ceux qu’on fait travailler à la chaîne dans les mauvaises sociétés de service en ingénierie informatique. Même ceux là, s’ils ne sont pas remplaçables par des robots, ce n’est pas en raison de la complexité des choix qu’ils prennent, de la multiplicité des paramètres pris en comptes, mais bien parce qu’ils inventent les solutions.

Inventer c’est le propre du créatif. Le développeur en fait l’essentiel de son activité. Il ne s’agit pas que d’une lubie : C’est l’essentiel du travail du développeur qui est couvert par le droit d’auteur, des spécifications au code logiciel. Peu de métiers hors des beaux arts peuvent en dire autant, même dans la recherche.

Bref, n’oublions pas que nous avons à faire avec des créatifs. Un planning de réalisation n’a aucun sens, et un planning de création a un sens tout à fait différent. L’environnement, le recrutement, les attentes doivent être adaptés à la création.

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31 commentaires

  1. je suis à 1000% d’accord avec toi. C’est ce que dénonce le manifeste agile : dans un cycle En « V » les développeurs sont considérés comme des ouvriers alors que dans un contexte techno ce sont eux qui apportent les innovations et ses innovations influencent et parfois font le modèle économique de l’entreprise et sa rentabilité.
    D’ailleurs, les plus belles réussites économiques sur Internet ont été initialement des innovations techniques inventé par les développeurs.
    je me permets juste une petite précision : sauf erreur de ma part le code, ou la création de logiciels n’est pas régie par le code de la propriété intellectuelle, mais par le code de la propriété industrielle. En clair,
    – les logiciels et leurs créateurs ne bénéficient pas de la protection du droit d’auteur, mais de la protection des brevets industriels ( dans le cas où un brevet a bien été déposé par l’éditeur du logiciel).
    – les développeurs ne sont pas considérés comme des auteurs ( au sens où le CPI l’entend).
    – l’usufruit d’un logiciel se fait par le biais d’une licence et pas d’une cession de droits.
    – le dépôt d’un brevet (protection industrielle) est un acte payant et volontaire. Le droit d’auteur existe pour protéger un auteur et son œuvre dès lors que l’œuvre existe et que l’auteur peut prouver sa paternité.

    1. Je vais utiliser ton « sauf erreur » pour te dire que si, tu fais erreur. Le code logiciel fait bien partie de la propriété intellectuelle et du droit d’auteur. Le droit d’auteur est même ce qui fonde toutes les licences logicielles (libres ou non libres). Sans lui tu aurais le droit de copier, diffuser, modifier n’importe quel logiciel que tu trouves et on ne parlerait pas de contrefaçon (piratage) dans le milieu logiciel. Mieux : Le logiciel a même des alinéas spécifiques dans le code de la propriété intellectuelle français.

      * Les codes logiciels bénéficient du droit d’auteur (à condition d’être originaux)
      * Les développeurs sont considérés comme de auteurs (et c’est d’ailleurs explicite dans la plupart des codes sources avec une entête dédiée)
      * L’usufruit se fait bien par une cession de droits (la licence est justement ça : une cession de droit)
      * Le droit d’auteur n’est en rien exclusif du brevet, les deux peuvent tout à fait agir de concert le cas échéant (mais sur des caractéristiques distinctes). Ceci dit en Europe le logiciel en lui-même est explicitement exclu du système des brevets et n’y a pas droit.

      1. Pour répondre plus globalement parce que c’est une erreur courante : La propriété intellectuelle et le droit d’auteur ne s’attachent pas à la forme de l’oeuvre. Peu importe que ce soit une photo, un code logiciel ou une série de signes faits avec les pieds. Il faut que ce soit une oeuvre intellectuelle originale (comprendre : différente de ce qui existe ailleurs, ce qui se qualifie souvent en vérifiant qu’elle est empreinte de la personnalité de l’auteur).

        Le résultat c’est qu’une photographie ou un texte écrit peuvent tout à fait ne pas être couverts par le droit d’auteur pour peu qu’ils ne relèvent pas d’originalité, et qu’inversement le code logiciel peut l’être (et c’est même quasiment toujours le cas, sauf à restreindre à des correctifs techniques de peu de lignes ou à l’application pure et dure de principes courants sans aucune originalité dans des portions de code limitées).

  2. Hum… pas tout à fait d’accord

    Je suis OK, et le premier à dire que les développeurs informatique sont souvent à gérer d’une manière particulière, sans chercher à s’inspirer du taylorisme ou d’une industrialisation à outrance. On ne compte plus les SSII qui font l’erreur de prendre leurs développeurs comme de simples « jours homme ».

    En revanche, de là à dire qu’ils sont créatifs… Parfois, oui. Mais je vois mal comment accoler la démarche de « création » à, pour reprendre un exemple des plus basiques, la phase où l’on transforme un diagramme de classes en implémentation dans le langage de son choix. Pour avoir géré des « créatifs » au sens où on l’entend habituellement, et des développeurs, je peux assurer que c’est très très différent.

    Le mot que je préfère employer moi est « artisan ». On a beau théoriser autant qu’on peut, il est difficile voire impossible d’industrialiser la phase de développement informatique, où chaque développeur apporte sa « valeur ajoutée » (ou sa moins-value, dans certains cas ;) ). Peut-être est ce finalement ce que tu cherches à expliquer dans ton article

    1. Tu as des développeurs qui ne font que transformer le diagramme de classe toi ? Moi les plus « ouvrier » que je connaisse prennent ce diagramme de classe et codent l’intérieur des différentes méthodes pour y ajouter la logique métier ou les contraintes techniques que le logiciel prévoit. Dans le meilleur des cas la transformation du diagramme des classes en code est « une partie » du travail du développeur, mais ni la plus importante en volume horaire, ni la plus importante en compétences, ni la plus importante en valeur ajoutée. Dans la plupart des cas la transformation est faite par un outil, voire pas du tout (comprendre : le code n’est pas abordé par le diagramme des classes).

      Pour aller plus loin : s’il est impossible d’industrialiser c’est qu’il y a une étape qui est purement non technique. Il s’agit bien de créer et donc de créatif. Le problème c’est que dans l’imaginaire collectif la création est attribuée aux beaux arts et que justement ça relègue le développement à une connotation technique « dure ». Certes, le développeur ne créé pas un tableau, mais oui il fait de la création.

      Un bon développeur n’est d’ailleurs pas si différent d’un bon graphiste : Il prend en entrée toute une série de contraintes et d’intention et imagine le résultat le plus élégant pour atteindre l’objectif qui lui est fixé (et contrairement à l’imaginaire collectif, l’objectif du bon graphiste n’est pas le « joli, beau, artistique » mais le « efficace, qui remplit les objectifs fixés »). Après si tu entends qu’on gère différemment une équipe de graphiste et une équipe de développeurs, je veux bien te croire. Maintenant tu gèreras aussi différemment une équipe d’auteurs de romans et une équipe de graphistes web.

      La définition de l’artisan implique un savoir-faire, une compétence technique, une minutie et une dextérité, souvent manuelle. Certes le développeur entre tout à fait dans cette catégorie, mais je ne la considère pas comme exclusive de la catégorie des créatif. En ce contentant de la définition de l’artisan, le travail du développeur peut être remplacé par une machine sous réserve de réaliser une machine suffisamment complexe et précise. C’est d’ailleurs ce qu’il se passe ou s’est passé au fur à mesure avec tous les artisans de l’industrie. Ce n’est pas possible ici, justement parce qu’il y a un élément en plus, différent, celui de la création.

    2. Je vais joindre ma voix à celle de jdo pour modérer un peu ce postulat, trop catégorique à mon goût, que tous les développeurs sont des créatifs. J’en connais qui sont d’excellents artisans mais de piètres créatifs, voire pas créatifs du tout. Je suis d’accord avec toi Éric que l’un n’empêche pas l’autre, mais la réalité pour moi est qu’être créatif est l’apanage des meilleurs mais pas une caractéristique de l’ensemble.

      1. Piètre créatif je veux bien l’entendre, mais ça entre dans le jugement des compétences, pas dans la mauvaise catégorisation.

        Pas créatif du tout je demande à voir, c’est quoi son job à ton développeur ? il fait quoi de ses journées ?

      2. Il prend un cahier des charges et l’exécute à la virgule près, si tu as de la chance. Si tu n’as pas de chance, ou que tu as mal rédigé ton cahier des charges, il commence à être « créatif » et là tu es mort. Tu n’as jamais bossé avec une SSII en Inde (nan, c’est pas un troll) ?

      3. La question est plus : La façon de répondre à ton cahier des charges est-elle créative ?

        Dit autrement, le même cahier des charges aurait-il donné un code similaire auprès de développeurs différents ? Même dans les très grosses boites, je n’ai jamais croisé un cahier des charges qui permette d’entrer dans ce cas. Même les diagrammes de classe très détaillés n’en sont même pas proches. J’ai tendance à penser que justement parce qu’il s’agit d’une activité créatrice, produire un tel cahier des charges qui ne laisserait qu’une charge d’exécution demanderait au final plus de temps que la création du code lui-même.

        C’est différent d’un peintre en bâtiment ou d’un opérateur de saisie où, sans que le résultat soit identique en tout point, on peut considérer que le travail des uns et des autres ne diffère que par la qualité résultante.

        L’activité de création n’empêche pas un guide, parfois extrêmement précis. Cependant si ton développeur imagine comment répondre à ton cahier des charges et a une activité intellectuelle pour imaginer une solution, et si cette solution sera différente de celle qu’aurait apporté un autre développeur dans la même situation, il a indiscutablement une activité créatrice. Même dans les outsourcing en Inde, même avec les cahier des charges super détaillées, je crois foncièrement que ton développeur exemple a pour principale activité de la création et que l’exécution reste une part minoritaire dans ton travail. Ça n’empêche pas qu’il puisse être mauvais à ça hein… (et des très mauvais j’ai des noms en France aussi)

      4. Toujours pas convaincu, désolé. J’adhère à l’esprit mais pour moi les développeurs qui sont à la fois maîtres de l’art et créatifs représentent plus l’idéal de la profession que sa réalité actuelle.

        (peut pô répondre en dessous de ta réponse, s’pas créatif ce boudin. Ah bah oui, WP, et ça se dit créatif, pfff :p)

  3. Je suis d’accord avec cet article. Et je dirais même pour aller plus loin que les meilleurs développeurs sont précisément les plus créatifs. Pour avoir eu la chance de travailler avec 2 ou 3 d’entre eux particulièrement dotés dans ce domaine, je peux vous dire ça change tout, au niveau des conditions de travail, du déroulement du projet, et bien-sûr de son résultat final. En fait, je pense que la créativité c’est le point de rencontre idéal entre les graphistes et les développeurs. Quand ça colle à ce niveau, tout le reste suit. Et c’est pour ça qu’il faut effectivement l’encourager et ne jamais la perdre de vue.

    Par ailleurs je confirme également que les développeurs sont bel et bien considérés comme des auteurs et leur travail original comme une œuvre intellectuelle entrant dans le champ du CPI (L 112-2 13ème).
    D’ailleurs on trouve pas mal de développeurs exerçants à l’Agessa, au titer d’auteurs multimédia et/ou auteurs de logiciels.

  4. J’ai un enjeu dans cette discussion.

    @Eric:

    « Les développeurs sont des créatifs, pas des ouvriers. »

    « s’ils ne sont pas remplaçables par des robots »

    « Inventer c’est le propre du créatif. »

    En raccourci, tu sembles dire :

    1. les ouvriers sont une commodité remplaçable par des robots.
    2. la création est équivalente à inventer.

    Pourrais-tu reprendre le billet en donnant au départ ce que tu appelles création et/ou ouvrier.

    1. Je n’irai pas jusqu’à parler de comodité, mais oui, j’entends que le travail ouvrier est le travail propre à être remplaçable par un robot (sous réserve de savoir faire un robot suffisamment complexe). Et effectivement, merci d’avoir réagit : ce que j’entendais par ouvrier portait une connotation qui ne semble pas exister dans la définition commune.

      J’y ajoutais la connotation de « travail d’exécution qui peut demander des choix complexes ou un savoir faire technique précis mais qui reste relativement déterministe face aux actions à faire. Il me reste à trouver un terme plus adapté. Je n’en ai pas en tête.

      Par contre pour le créatif je me retrouve assez bien dans les définitions « officielles » :

      * (Académie 9ème) Créer : ☆2. Fonder, bâtir, établir, inventer. Alexandre le Grand a créé un empire. Pierre le Grand a créé Saint-Pétersbourg. Créer une ligne de chemin de fer, une liaison aérienne. Créer un nouveau produit commercial. Il a créé son affaire de toutes pièces. En parlant des ouvrages de l’esprit ou des œuvres d’art. Créer une doctrine. Créer un style, un décor.

      * (TLFi) Créatif : A. [En parlant d’une pers. ou d’une faculté, d’un pouvoir spécifiquement humains] ,,Qui présente une tendance notable à la création imaginative«  (Piéron 1973). L’affaiblissement des vérités constitutives de l’ordre moral, la dégradation du bon sens primordial, et l’oubli du catéchisme des principes naturels, entraînent à leur suite l’affaiblissement, je dirai plus, la viciation du sens créatif, de l’imagination (Goncourt, Ch. Demailly,1860, p. 26).

      On y retrouve effectivement une connotation très proche de « inventer », au point que l’Académie française propose même ce terme comme définition.

      D’ailleurs à « inventer » (Académie 9ème) : « ☆1. Trouver, concevoir, imaginer quelque chose de nouveau, et notamment une machine, un procédé, une technique, un système. » On s’y retrouve.

      1. Merci Eric.

        Toujours pour essayer de comprendre comment tu places les développeurs dans une catégorisation du travail et pour savoir si l’axe créatif est le bon choix.

        * Assistance administrative
        * Caissière
        * Laveur de carreaux
        * Jardinier
        * Menuisier
        * Plombier

        Toutes ces professions sont à un moment ou un autre confrontées à des tâches répétitives et à des tâches non prévisibles nécéssitant de l’humain, et de la « créativité » quant à la situation.

        Il y a aujourd’hui dans l’industrie du Web avec sa complexification une hyperspécialisation des tâches. De moins en moins polyvalent et de plus en plus proche d’une compétence unique. Le prochain stade souvent est quand cette compétence est tellement unique et reproductible mécaniquement (ou électroniquement) on commence le processus dit de prolétarisation qui est en quelque sorte justement la capacité à changer, à modifier les conditions et l’éxécution de son travail et qui s’accompagne à terme d’une dévalorisation.

        Cependant, le billet initial a créé cette discussion qui n’est pas la vraie discussion. J’ai l’impression que la vraie discussion est là

        Un planning de réalisation n’a aucun sens, et un planning de création a un sens tout à fait différent. L’environnement, le recrutement, les attentes doivent être adaptés à la création.

        Peux tu développer cette partie ? « What problem are you trying to solve? »

      2. J’aurai tendance à dire que la plupart des métiers d’artisanat peuvent prétendre être pour partie plus ou moins importante des travaux créatifs suivant comment l’aborde l’artisan et le niveau de réalisation qu’il recherche. Par contre beaucoup peuvent aussi ne pas l’être du tout.

        Bref tout n’est pas binaire.

        * Assistance administrative : Je suis incapable de répondre, d’autant plus face à la diversité de métiers qu’on peut mettre derrière ce titre
        * Caissière : Pour l’essentiel, non créatif. Je note qu’on les remplace effectivement de plus en plus par des robots, ce qui implique bien qu’on peut réduire la partie créative à au mieux quelques personnes sur tout une équipe
        * Laveur de carreaux : Idem (et là les robots me semblent plus limités par la difficulté d’adaptation ou coût que par le défaut de créativité)
        * Jardinier : Quelles tâches donnes tu à ton jardinier ? Il y a tellement de métiers différents là dedans. Je dirai oui pour certains, non pour d’autres.
        * Menuisier : J’avoue ma méconnaissance sur qui se réclame de ce titre ou pas. Le menuisier de mon imaginaire est bien en partie un créatif, oui. Probablement pas autant qu’un développeur mais oui.
        * Plombier : Pour majorité je répondrai non

        Ceci dit je classe là sur des métiers que je connais peu, donc je me prête à l’exercice mais plus pour tenter de discuter que pour répondre des affirmations ou des jugements. Je prétends parler des développeurs en ayant une bonne base de connaissances. Je n’exclus là personne et ne veux pas me poser en juge de métiers que je ne connais pas.

        «  » »Cependant, le billet initial a créé cette discussion qui n’est pas la vraie discussion. J’ai l’impression que la vraie discussion est là «  » »

        Il y a toute une discussion là, oui. Mais ça mérite que j’y réfléchisse, que je solidifie mes pensées, et que j’en fasse un billet dédié. À chaud ça ne donnera rien.

  5. Ce billet me fait vraiment très mal. Je pense qu’il est révélateur d’une certaine suffisance de la profession.

    D’abord, tu confonds ouvrier et ouvrier spécialisé, celui qui sur une chaîne n’effectue qu’un seul geste et peut être remplacé par un robot. C’est oublier tous les ouvriers dits qualifiés, à qui l’on confie une tâche et ont toute latitude pour l’exécuter. C’est être assez ignorant de la réalité de la condition ouvrière.

    Ensuite, tu oublies la prolétarisation de notre profession (cf Christian Faure, et Stiegler je pense). J’ai occupé des postes où mon emploi était celui d’un ouvrier qualifié. Qui consistait à 90% à suivre à la lettre des procédures, sans rien savoir ni comprendre du contexte. Effectivement, parfois je devais prendre des décisions, faire preuve de créativité, d’inventivité, ou appliquer des recettes un peu trop complexes pour être confiées à des automates. Mais c’était plus l’exception que la règle. Et dans ces postes, je me sentais bien plus ouvrier qualifié que créatif. Je pense aussi à toutes les fonctions de TMA, de maintenance des logiciels. Parfois il faut être sioux pour débusquer un bug retors. Mais souvent, encore une fois, il suffit de suivre des procédures.

    Je parlais de suffisance. C’est peut-être simplement de la peur. Nombre d’informaticiens ont fait de longues études, et ont peur du déclassement. Sentent un glissement, une prolétarisation. Alors on essaie de se rassurer, on met en avant quelques divas et les phases les plus créatives de notre travail. On refuse d’admettre que nombre d’entre nous, malgré de beaux diplômes d’ingénieur, des titres ronflants et un statut de cadre, faisons juste un boulot d’exécutant. Peut-être à mettre en parallèle avec le déclassement actuel des instituteurs, hier professions intellectuelles supérieures, aujourd’hui devenus classe très moyenne.

    Deux choses donc m’embêtent avec ton billet. Un relatif mépris involontaire des ouvriers. Et l’affirmation que nous sommes à part. Car c’est au nom de ce sentiment d’être à part que l’individualisme gagne parmi les informaticiens. Se syndiquer pour défendre nos droits ? Mais non, les syndicats, ce sont pour les ouvriers, nous nous sommes des intellectuels. etc.

    Voilà, c’était la contribution maoiste de la soirée ;)

    1. Karl a aussi pointé la question du terme ouvrier. Merci à vous deux de le pointer. Il est mauvais, je le regrette. Pour ma défense, j’y attache des connotations injustifiées mais pas de notion négative pour autant, et certainement pas d’échelle de valeur.

      À défaut d’avoir utilisé le bon terme, au moins puis-je avec facilité te faire écarter la notion de mépris ou de déclassement. Ce n’est pas du tout ma façon d’aborder la chose, et ça ne reflette pas même l’ombre de mes pensées.

      L’idée est qu’on aborde une équipe de création et une équipe d’exécution de façon différente. Ce n’est ni mieux ni moins bien, mais c’est différent. Et là encore, le terme d’exécution est malvenu parce que j’accepte très bien que le créatif puisse être un exécutant dans le sens « fait ce qu’on lui dit » et par opposition à la vision idéale du cadre autonome.

      J’ai l’impression que pour partie c’est toi qui est en train de me coller tes propres interprétations et jugements de valeurs. Je ne m’y reconnais pas et même après relecture je n’ai pas l’impression de les avoir laissés entendre par erreur (si on oublie cette faute de terme sur « ouvrier »)

      Et non, l’essentiel des gens que je connais côté informaticiens ne sont pas des ingénieurs à beaux diplômes (même si de fait quasi tous ont un statut cadre pour jouer sur le « forfait jour – horaires illimités »). J’apprécie d’ailleurs beaucoup que dans ce métier il y ait pas mal d’exta-terrestres qui souvent ont même des formations initiales qui ne sont pas techniques à la base. Ca devient assez rare dans notre hyper-spécialisation des diplômes.

      Je cherche quelque chose de plus adapté qu’ouvrier. Exécutant ne me va pas non plus. En attendant je laisse le texte tel quel, sachant que vos commentaires sauront être lus pour corriger.

      —-

      Sur la prolétarisation du métier c’est un sujet vaste. Je me suis souvent battu contre cette vision du métier, pas au nom d’un éventuel déclassement ni même au nom de la défense des intérêts communs, mais simplement parce que je crois que c’est une illusion, justement parce qu’au final ça reste une activité créatrice. En voulant border et automatiser, on tue la capacité de création et on assassine nos possibilités à arriver au résultat attendu. On en revient peu à peu d’ailleurs.

      Je dirai que même dans la forme la plus « exécution » que j’ai vue ou que j’ai entrevue, le développeur continue de créer comme tâche principale. Certes il créé là où on lui dit, sur des micro-tâches très bordées, donc la libertée ressentie est quasiment inexistante, mais il reste que le code produit est bien créé de zéro à partir de l’imagination du développeur, pour chaque ligne. Les informaticiens ayant la commune qualité d’être fainéants et leurs managers ayant la commune qualité de préférer des pousses-boutons aux humain, ce qui peut être automatisé l’est assez rapidement. Les getter et setter qui ne relèvent pas de l’activité créatrice ont été rapidement pris en charge par les IDE.

      Il faudrait discuter face à face pour aller plus loin, et nous serons vite bridés par l’écrit des commentaires, mais si tu veux expliciter un peu plus en quoi tes tâches différaient de ma vision, peut être comprendrai-je mieux ce que tu veux pointer.

  6. Je reconnais avoir extrapolé au delà de ce que tu dis factuellement dans ton billet. Ce sont des propos que j’entend régulièrement, qu’il m’est d’ailleurs arrivé de tenir, et qui aujourd’hui m’exaspèrent.

    Mais en fait le vrai biais est dans la généralisation. On ne peut pas affirmer que les développeurs sont avant tout des exécutants ou avant tout des créatifs, parce qu’il y a des profils de poste trop variés. J’ai été petite main qui fabriquait à la chaîne à partir de maquettes des traitements de données. J’ai été développeur prescripteur dans des startups où effectivement je participais à la conception et la réalisation du produit. Ces boulots n’ont pas grand chose à voir, ni du point de vue du développeur, ni au niveau de sa gestion comme ressource. Les attentes sont différentes, les conditions de travail sont différentes, le statut aussi.

    Ton propos est globalement juste pour certaines professions du Web et dans des startups. Et encore, pas quand il sagit par exemple de pondre à la chaîne des sites en modifiant à la marge des modèles. Je ne suis pas sûr qu’il le soit dans d’autres secteurs, comme par exemple les armées de « consultants » de SSII qui font de la maintenance sur des applis de gestion pour des banques ou des assurances. J’ai vraiment l’impression dans ces cas là de travail à la chaîne où justement chaque ressource doit être interchangeable donc avoir le moins d’autonomie possible.

  7. Je suis toujours curieux de ce que Éric appelle un développeur. Parce que j’ai vu des gens qui savaient faire du HTML/CSS payer à coup de lance pierre pour rentrer des lignes d’un tableau papier chaque semaine dans un formulaire de base de données.

      1. « Opérateur d’intégration logicielle », ça sonne bien, et j’en connais PLEIN :p

        Ton billet me rappelle l’un des miens qui faisait un constat partiellement similaire :

        Il existe bel et bien deux métiers distincts, que beaucoup de prospects (et hélas, soyons francs, de prestataires) confondent allègrement :

        – le métier d’intégrateur de solutions ;
        – le métier de concepteur de solutions spécifiques.

        Concevoir, c’est créer par essence. La conception peut intervenir dans énormément de métiers, à tous les échelons d’ailleurs… ça n’est pas le débat à mon sens. Maintenant, une tendance fâcheuse dans nos métiers est effectivement de chercher de l’opérationnel strict plutôt que du conceptuel, jugeant ce dernier comme potentiellement moins vecteur de richesses immédiates, alors que c’est bien souvent le défaut de conceptualisation initiale qui pénalise les produits et leurs utilisateurs à terme.

  8. Même si ça flatte mon ego de pouvoir me catégoriser comme créatif, ça ne correspond pas à l’intégralité de mon quotidien.
    La possibilité de création n’émerge qu’en présence d’une latitude suffisante et de tâches suffisamment originales.
    Si j’intègre une maquette sans challenge technique, si je code un backend trivial, je n’ai pas le sentiment de créer grand chose, même si ça exige un savoir-faire, des compétences techniques et de l’expérience.
    Je réutilise des techniques, des patterns bien connus et documentés mais là encore point de création.
    De même si les contraintes clients rendent le champ de manœuvres trop étroit et ne laissent place qu’à l’exécution et la fabrication.
    C’est pareil avec les enfants, en leur laissant décider du sujet et des outils, ils s’investissent, s’expriment et s’épanouissent bien mieux que dans un milieu contraint.

    Ce n’est heureusement pas l’essentiel de mes missions, mais généraliser ‘développer = créer’ me semblait abusif.

    C’est aussi aux développeurs de se montrer force de proposition et d’argumenter. En se comportant comme simple exécutant, il sera difficile d’être considéré autrement.

    Je rejoins Nico sur les confusions soigneusement entretenues entre intégrateur et concepteur, mais ça relève plus d’un problème d’honnêteté intellectuelle.

  9. Article intéressant.
    Mais qu’on soit pour ou contre, dans tous les cas, le client va nous casser les couilles et toute notre créativité sera ruinée par la nouvelle deadline créée par des modifs stupides et inutiles.

  10. J’ajouterai un ou deux points :

    – l’AGESSA (la sécurité social des auteurs, qui couvre entres autres les photographes, les écrivains, etc.) reconnait les auteurs de logiciels.
    Je cite : « Aux termes de l’article L 112-2 13e du code de la propriété intellectuelle, les logiciels, en tant
    qu’œuvres de l’esprit, sont protégés par le droit d’auteur »
    Le document est disponible sur le site de l’AGESSA / ici
    Un point à souligner par contre, un intégrateur web ne peut souscrire à l’AGESSA car il est considéré comme un exécutant…
    Bref il y a encore du chemin à faire de ce côté.

    – une autre piste intéressante, est dans la notion d’écriture. Le développeur est quelqu’un qui écrit, rédige du code. Avec son langage, sa grammaire, sa syntaxe. Et c’est assez révélateur. Le développeur est donc « auteur de son code ».
    Un autre point qui m’intrigue, les commentaires d’un code source. Il y a, la aussi, un vrai travail d’écriture.

    Ce sont des piste de réflexion à débattre.

    Pour ma part, ça ne fait aucun doute qu’un développeur est un auteur et que l’écriture de code relève d’une oeuvre de l’esprit.

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