Catégorie : Religion

  • Laïcité à géomé­trie variable

    > Une crèche de Noël « présente un carac­tère reli­gieux » mais peut être dénuée de « signi­fi­ca­tion reli­gieuse parti­cu­lière ».
    > Conseil d’État, ass., 9/11/16, n’395223

    Le niveau de WTF où nous sommes prêts à aller pour justi­fier que la chré­tienté est compa­tible avec l’exi­gence de laïcité mais pas l’Is­lam…

    https://twit­ter.com/boris­scha­pira/status/1203288140099866626 et https://twit­ter.com/CJuri­diques/status/1203279869376958465

  • Apathéiste

    apathéiste \a.pa.te.ist\ (Reli­gion) Indi­vidu qui se désin­té­resse de la ques­tion de l’exis­tence de dieu ou des divi­ni­tés.

    À la ques­tion « Croyez-vous en Dieu? », un apathéiste vous répon­dra: la ques­tion n’a aucun inté­rêt.

    Parce que j’ai parfois du mal à expliquer que non, je ne suis ni athée ni agnos­tique. Je ne conçois même pas la ques­tion.

    Ce n’est pas que je crois au divin ou que je n’y crois pas, c’est que je ne vois pas bien ce que ça change au final.

    Et en coro­laire, les gens peuvent bien croire ce qu’ils veulent à ce sujet. J’y suis tota­le­ment indif­fé­rent. Je ne vois pas la diffé­rence entre une opinion reli­gieuse et une opinion vesti­men­taire. Ce n’est ni mieux ni moins bien et chacun accorde de l’im­por­tance à ce qu’il veut : Je ne me vois pas dire que ce sujet est plus ou moins impor­tant qu’un autre.

    Tant qu’on ne parle que de la foi elle-même, savoir si mon inter­lo­cu­teur est catho­lique ou musul­man m’in­té­resse presque autant que de savoir s’il préfère les t-shirt ou les chemises. Le voir exer­cer son culte me concerne autant que de savoir s’il porte la chemise dont on vient de parler.

  • De ces entailles publiques à nos textes fonda­teurs

    Avec le ministre de l’In­té­rieur, nous avons voulu relan­cer la construc­tion d’un Islam de France, apaisé, indé­pen­dant des influences étran­gères. Bernard Caze­neuve fera des propo­si­tions ce lundi.
    L’Etat est là pour réaf­fir­mer ce qui fait, depuis plus d’un siècle, la condi­tion de notre vie en société : la laïcité
    — Manuel Valls

    Depuis le début, le concept de laïcité à la française est une vaste blague. Deux visions pas fran­che­ment conci­liables s’op­posent et chacun parle de choses diffé­rentes.

    D’une part la vision modé­rée, qui s’im­pose à l’État. L’État est neutre, ne peut promou­voir ni finan­cer aucun culte. À l’in­verse, le citoyen est libre de conscience mais aussi de exer­cer et mani­fes­ter sa reli­gion, y compris dans l’es­pace public. Mieux : C’est le rôle de l’État que d’as­su­rer ces liber­tés.

    D’autre part la vision radi­cale. Elle ne s’im­pose plus à l’État mais au citoyen. Là il s’agit de reti­rer la reli­gion de l’es­pace public pour la renvoyer à l’in­time et au privé. Les mani­fes­ta­tions publiques des reli­gions ne sont que des aména­ge­ments histo­riques propres à dispa­raitre ou être limi­tés à l’in­si­gni­fiant tel une croix sous une chemise.

    Malgré ce qu’on pour­rait penser en écou­tant nos élus aujourd’­hui, c’est la vision modé­rée d’Aris­tide Brian qui est portée par notre droit, via la loi de 1905.

    Il faut dire que la vision radi­cale serait contraire aux conven­tions inter­na­tio­nales des droits de l’Homme. Oui, rien que ça.

    * * *

    Seul ce qui porte atteinte à la sécu­rité, à la santé, à l’ordre public ou aux droits des autres peut être inter­dit. Même là, l’im­por­tance pour l’État d’as­su­rer la liberté de culte a amené à faire des compro­mis, par exemple sur l’abat­tage rituel des animaux à des fins reli­gieuses. Ces prin­cipes ont été rappe­lés récem­ment par le Conseil d’État. Oui, rien que ça.

    Qu’un premier ministre ose dire quel habille­ment est ou n’est pas légi­time dans une reli­gion, qu’il prétendre construire et orien­ter les choix d’une reli­gion, est en viola­tion directe avec la vision de notre droit.

    Il n’est pas le seul, c’est quasi­ment toute notre classe poli­tique qui est plus ou moins direc­te­ment en dehors des clous, au point qu’il serait plus simple de lister ceux qui défendent nos lois et notre consti­tu­tion.

    Avec un peu de recul, entre une vision qui restreint l’État à une situa­tion neutre en donnant la liberté au citoyen et une vision qui restreint le citoyen en permet­tant à l’État d’en assu­rer le contrô­le… est-ce vrai­ment éton­nant que nos élus cherche à avan­cer sur la seconde ?

    Ce qui est éton­nant c’est qu’on les laisse faire. Ça me dépasse encore. Dans d’autres pays il y aurait eu démis­sion et opprobre publique pour bien moins que ça.

    * * *

    La laïcité n’est qu’un exemple. N’al­lez pas argu­men­ter sur le Burkini dans les commen­taires. Il en va de même quand on parle de respec­ter la consti­tu­tion dans le proces­sus légis­la­tif.

    Là aussi, ce qui m’inquiète c’est qu’on laisse faire. Chaque renon­ce­ment, chaque accep­ta­tion de ces entailles publiques à nos textes fonda­teurs nous rapproche chaque jour de la fin de ces derniers.

    La plus grande menace est inté­rieure. Elle ne vient pas de l’Is­lam. Elle vient de notre laissé faire, de la caste des gouver­nants qui s’af­fran­chit du cadre donné par la consti­tu­tion et par les citoyens. C’est pour­tant ce qui distingue un État de droit d’une dicta­ture.

    La France a déci­dé­ment bien du mal à aban­don­ner sa monar­chie. L’élire tous les quatre à cinq ans ne la fait pas dispa­raitre.

  • L’is­la­mo­pho­bie est soute­nue par l’État (Raphaël Liogier)

    Manuel Valls a rappelé, lundi, à l’Ob­ser­va­toire de la laïcité qu’il ne pouvait pas « déna­tu­rer la réalité de cette laïcité ».  La critique visait Jean-Louis Bianco son président, mais aussi son bras-droit Nico­las Cadène, rappor­teur géné­ral de l’ob­ser­va­toire, qui avait regretté dans un tweet la décla­ra­tion d’Eli­sa­beth Badin­ter le 6 janvier sur France Inter, « Il ne faut pas avoir peur de se faire trai­ter d’is­la­mo­phobe« .

    […]

    le message que Manuel Valls est en train d’en­voyer c’est « on n’a pas le droit de dire qu’on est anti­sé­mite par contre, on peut légi­ti­me­ment dire qu’on est isla­mo­phobe. »

    — via France Info

    Et je ne peux que rejoindre la conclu­sion. Il n’en faudrait pas expri­mer le dixième sur une autre reli­gion pour être d’un coup inquiété par la justice et rejeté par l’opi­nion. Nous avons avalisé et légi­timé l’is­la­mo­pho­bie. Bien triste réalité de ce qu’est notre vie poli­tique.


    Raphaël Liogier : « Il ne faut pas que Manuel… par Fran­ceInfo

  • These Pranks­ters Read Bible Passages to People, Telling Them It Was the Qur’an

    A lot of conser­va­tive Chris­tians like to argue, as do atheists, that the Qur’an is full of barba­rism and miso­gyny. Unlike the atheists, though, they forget that their own Bible is also full of horri­fic verses.

    So the Dutch pranks­ters at Dit Is Normaal ran an expe­riment. They bought a Bible, but chan­ged the cover to say it’s the Qur’an. Then they asked people to read passages and give their thoughts.

    — via Patheos

    Parce que moi aussi j’en ai marre de voir qu’on parle du voile, de l’Is­lam qui hiérar­chise la femme et l’homme, de la barba­rie de la loi du Coran. Ce n’est pas mieux côté juif ou chré­tien. Il y a des ortho­doxes de chaque côté.

    Bref, un peu de recul. Notre prêtrise est réser­vée aux hommes, les nones sont voilées, et notre histoire est loin d’être relui­sante. Je dis « nous » mais plus par racines qu’autre chose.

  • Discri­mi­na­tions reli­gieuses à l’em­bauche : une réalité

    Ce testing dresse pour la première fois un état des lieux chif­fré de la discri­mi­na­tion reli­gieuse sur le marché du travail. Les résul­tats révèlent une forte discri­mi­na­tion à l’égard des juifs et des musul­mans.
    Ces derniers ont deux fois moins de chances d’être contac­tés par les recru­teurs que les catho­liques. Les hommes musul­mans sont parti­cu­liè­re­ment discri­mi­nés : leur taux de réponse est 4 fois plus faible que celui des hommes catho­liques.

    Malheu­reu­se­ment rien de neuf : Les musul­mans, et dans une moindre mesure les juifs, sont discri­mi­nés à l’em­bauche. Là où l’étude est inté­res­sante c’est qu’elle sépare la discri­mi­na­tion ethnique de la discri­mi­na­tion reli­gieuse.

    Leur FAQ explique bien comment ils ont tenté d’iso­ler la reli­gion du carac­tère ethnique, et ça semble assez convain­cant.

    Quelle que soit leur reli­gion, les femmes affichent des taux de réponse signi­fi­ca­ti­ve­ment plus élevés que leurs homo­logues mascu­lins. Ce résul­tat est cohé­rent avec les stéréo­types sur le genre égale­ment asso­ciées à l’homme et à la femme, et qui tendent à résu­mer le duo « Mana­ger-Assis­tante ». En d’autres termes, les femmes sont perçues comme excel­lant aux fonc­tions d’as­sis­ta­nat (dont les postes de comp­tables, assis­tant(e)s et secré­taires comp­tables font partie), alors que les hommes, perçus comme natu­rel­le­ment leaders, sont moins faciles à diri­ger à ces fonc­tions. Et en effet, le métier « Employés de la comp­ta­bi­lité » est à 85% fémi­nin d’après une enquête 2013 de la DARES.

    Je suis moyen­ne­ment convaincu par l’ex­pli­ca­tion. J’ai peur que joue aussi un autre facteur : Les femmes sont déjà discri­mi­nées par leur sexe, et les discri­mi­na­tions ne s’ajoutent pas indé­fi­ni­ment. Une fois en bas de la pile, il y a peut être moins de clas­se­ment entre ceux qui y sont. Les recru­teurs qui sont ouverts sur le genre, le sont peut être aussi plus faci­le­ment sur la reli­gion. Je suis dans les suppo­si­tions, je l’avoue.

    La litté­ra­ture scien­ti­fique permet de dire que la candi­date catho­lique pratiquante a les mêmes taux de réponse que la candi­date de réfé­rence areli­gieuse

    Peu éton­nant là aussi mais bon à rappe­ler : Le problème n’est pas la reli­gion mais d’avoir une reli­gion qui ne corres­pond pas à la norme.

    On le voit d’ailleurs à la suite :

    Le testing a comparé les taux de réponses des candi­dats pratiquants, servant de point de réfé­rence, avec ceux de candi­dats signa­lant un atta­che­ment à la laïcité dans leur CV. Seuls les musul­mans gagnent à signa­ler leur atta­che­ment à la laïcité (la diffé­rence de taux de réponse chez les juifs n’est pas statis­tique­ment signi­fi­ca­tive). A l’in­verse, les catho­liques perdent à s’af­fi­cher laïcs plutôt que pratiquants.

    La norme c’est être catho­lique. Mettre sous silence la reli­gion d’un musul­man est « normal », mais réduire la reli­gion d’un catho­lique c’est passer pour un fauteur de trouble. Éclai­rant pour montrer que c’est clai­re­ment une conno­ta­tion néga­tive placée sur certaines reli­gions.

    Tout ça est sur le site de l’Ins­ti­tut Montaigne. Malheu­reu­se­ment ça ne fait que confir­mer ce qu’on présume tous, sans appor­ter de solu­tion. Le nombre d’email envoyés pour tester me semble aussi assez faible (moins de 7000, pour tester toutes les combi­nai­sons, sachant que c’est réparti dans des entre­prises et dans des régions diverses).

     

  • Pour se défendre du démon, utili­ser : médailles bénites

    Je partage parce que je ne veux pas rire – ou pleu­rer – seul devant mon écran.

    Quelles sont les pratiques actuelles qui peuvent être des « portes d’en­trée » à une emprise malé­fique ?

    Il y en a de multiples ! Signa­lons les suivantes : « actives », il s’agit de la personne elle-même ; « passives », il s’agit d’une personne de son entou­rage.

    Actives (ces pratiques, si elles ont été répé­tées, peuvent créer des « liens malé­fiques » domma­geables) :
    Occul­tisme, ésoté­risme, spiri­tisme, astro­lo­gie, voyance, divi­na­tion, consul­ta­tion de voyants, mages, sorciers, médiums, guéris­seurs. Pratique du pendule, tarots, écri­ture auto­ma­tique, musique hard, arts martiaux violents, chama­nisme, pratique active du yoga, de la médi­ta­tion trans­cen­dan­tale.
    Théra­pies « alter­na­tives » : kiné­sio­lo­gie, sophro­lo­gie, reiki, taï chi chuan, réflexo­lo­gie, biofeed­back, anthro­po­so­phie (produits Weleda), bioéner­gie. Mani­pu­la­tions par un kiné­si­thé­ra­peute ou un ostéo­pathe, qui pratique le « rééqui­li­brage de l’éner­gie corpo­relle », le reiki ou autre.
    Pratiques de magie, sorcel­le­rie (seul, avec d’autres). Pacte avec Satan, pratique du sata­nisme, parti­ci­pa­tion à la franc-maçon­ne­rie ou à une secte.

    C’est une page du site Inter­net du diocèse de Fréjus-Toulon, pas un écrit du début du siècle dernier.

    Heureu­se­ment il y a des remèdes :

    Pour se défendre du démon, utili­ser : médailles bénites, eau bénite ; prier son ange gardien de nous défendre de ses attaques.

    Ache­tez donc leur médaille bénite, garan­tie contre l’em­prise malé­fique de Satan. Prier votre ange gardien peut visi­ble­ment aussi vous proté­ger du Yoga (je cari­ca­ture un peu, vous m’ex­cu­se­rez).

    Je défends souvent le droit à la reli­gion contre ceux qui se moquent. Chacun a le droit à ses croyances, quand bien même je ne les parta­ge­rais pas.

    Là j’avoue que je reste quand même sans voix de voir ça supporté offi­ciel­le­ment par l’église catho­lique sur le site d’un diocèse de taille correcte.

  • Laïcité, nom de la liberté reli­gieuse

    1– La Répu­blique assure la liberté de conscience. Elle garan­tit le libre exer­cice des cultes […]

    2– La Répu­blique ne recon­naît, ne sala­rie ni ne subven­tionne aucun culte. […]

    Le texte fonda­teur de la laïcité c’est ça. Rien de plus (si on omet tous les détails de comment on va gérer la sépa­ra­tion entre la reli­gion et l’État, autre­fois liés).

    Ce sont des contraintes appor­tées à l’État, et unique­ment à celui ci. On peut éven­tuel­le­ment étendre ces contraintes aux repré­sen­tants de l’État mais le simple citoyen n’a lui aucune contrainte.

    L’idée c’est de sépa­rer la reli­gion de l’État, pour reti­rer l’in­fluence du premier sur le second et garan­tir la neutra­lité de l’État, au béné­fice du citoyen. Il ne s’agit pas de reti­rer la reli­gion au citoyen, ni de le gêner ou de le contraindre à ce niveau en quoi que ce soit. Si vous commen­cez à vouloir faire porter des règles au citoyen au nom de la laïcité, vous êtes déjà hors piste.

    La laïcité n’a jamais eu pour rôle de faire entrer tout le monde dans le même moule et de frei­ner les mani­fes­ta­tions reli­gieuses des citoyens. Quand vous voulez inter­dire à des adultes de porter un voile, à des citoyens de prier dans la rue, à des enfants d’avoir accès au menu alter­na­tif qu’ils ont toujours eu, ne cachez pas vos desseins derrière votre mauvaise inter­pré­ta­tion du prin­cipe de laïcité : Ce n’en est pas.

    Mieux : l’État garan­tit au citoyen le libre exer­cice de son culte. Garan­tir, le mot est fort, et c’est dans l’ar­ticle 1. Ça veut aussi dire la libre mani­fes­ta­tion de cette reli­gion en public (dans les limites du respect de l’ordre et des droits d’au­trui), y compris à des fins de prosé­ly­tisme (parce que si quelqu’un a droit de tenter de vous convaincre d’une opinion poli­tique, il en va juste­ment de même d’une opinion reli­gieuse). Pour ceux qui en doutent, la Décla­ra­tion Univer­selle des Droits de l’Homme est encore plus claire :

    18– Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de reli­gion ; ce droit implique a la liberté de chan­ger de reli­gion ou de convic­tion ainsi que la liberté de mani­fes­ter sa reli­gion ou sa convic­tion seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’en­sei­gne­ment, les pratiques, le culte et l’ac­com­plis­se­ment des rites.

    Rien que ça.

    Non, ça ne donne pas droit à un menu alter­na­tif au porc à la cantine. L’ab­sence de telles alter­na­tives serait juste dommage, voire incom­pré­hen­sible quand elles concernent une part signi­fi­ca­tive des enfants, mais tout à fait légale. Par contre, quand on retire des menus alter­na­tifs exis­tants, ce n’est pas de la laïcité, c’est un simple acte de rejet qui se pare de jolis atours. Que ces alter­na­tives soient moti­vées par des croyances reli­gieuses, des gouts person­nels ou par des impé­ra­tifs de santé importe peu. La ques­tion est de savoir si on souhaite faire des cas parti­cu­liers ou pas.

    Par contre oui, ça donne droit à porter le voile à l’uni­ver­sité, dans la rue, et même à la mairie ou à la biblio­thèque muni­ci­pale. L’in­ter­dic­tion à l’école avec est justi­fiée par la pres­sion sur des mineurs qui ne sont pas encore en pleine capa­cité d’exer­cer leur libre juge­ment. L’in­ter­dic­tion du voile inté­gral en public est  – maladroi­te­ment – justi­fiée pour des ques­tions d’ordre public. Il est juste extrê­me­ment impro­bable qu’on arrive à faire de telles pirouettes pour étendre ces contraintes au voile simple dans l’es­pace public. Nos insti­tu­tions judi­ciaires veille­raient au respect des droits de l’Homme, renver­sant toute tenta­tive d’in­ter­dic­tion, et c’est tant mieux.

  • Couvrez ce voile que je ne saurais voir

    Et puis c’est un raccourci un peu rapide et dange­reux de consi­dé­rer que le voile est *for­cé­ment* un signe d’as­ser­vis­se­ment alors que la mini-jupe voire la nudité serait *for­cé­ment* une preuve de liberté.

    Il y a 11 planches de BD, et ça dit exac­te­ment ce que je n’ai person­nel­le­ment jamais su expri­mer correc­te­ment. Merci Julie

  • Fonda­men­ta­lisme et laïcité

    On a joué avec le feu à monter les uns contre les autres. Aujourd’­hui, quand on parle de reli­gion et de laïcité, j’ai peur des fonda­men­ta­listes.

    J’ai peur de ces fonda­men­ta­listes qui cherchent à impo­ser leur croyance reli­gieuse et à faire dispa­raitre les autres de l’es­pace public.

    J’ai peur de ces fonda­men­ta­listes qui croient que toute croyance diffé­rente est forcé­ment un danger critique pour le pays, la popu­la­tion, pour l’ordre public.

    J’ai peur de ces fonda­men­ta­listes qui vont jusqu’à vouloir inter­dire les croyances qui ne sont pas les leurs, inter­dire d’en parler en public, inter­dire d’en porter tout symbole.

    J’ai très peur d’eux, et de leur vision extré­miste de la laïcité. Ils prônent un « don’t show, don’t tell » qui rappelle un peu trop un ancien « don’t ask, don’t tell ». Ils ne sont fina­le­ment pas diffé­rents des autres fonda­men­ta­listes qu’ils disent combattre.


    Parce qu’il semble qu’il faille le rappe­ler : Inter­dire l’ex­pres­sion de sa reli­gion en public n’est pas plus légi­time ou accep­table qu’in­ter­dire l’ex­pres­sion de ses croyances poli­tiques, de ses croyances écolo­giques, de ses croyances musi­cales, ou d’une quel­conque autre croyance. Si vous pensez que la reli­gion est dange­reuse et diffé­rente en elle-même, c’est en soi une croyance, votre croyance.

    Pensez aussi que prétendre assu­rer la libre croyance tout en impo­sant un code vesti­men­taire en public – car inter­dire certains symboles ou vête­ments, ce n’est pas autre chose – c’est juste­ment ce qui se faisait en Iran et dans quelques autres pays.

    À ceux qui veulent s’en­ga­ger tout de même sur ce terrain, pensez que cela viole­rait très clai­re­ment la Conven­tion euro­péenne des droits de l’Homme. Je vous invite donc à soupe­ser très longue­ment l’op­por­tu­nité d’al­ler remettre en cause ce texte si fonda­men­tal, où chaque modi­fi­ca­tion devra être pensée avec mille précau­tions et discu­tée avec 1500 groupes aux avis diver­gents, pas tous avec les mêmes croyances que vous. Le moins amusant c’est qu’on risque même d’en sortir avec une version plus reli­gieuse qu’a­vant, si on en croit la volonté de rappe­ler des racines reli­gieuses dans les textes fonda­men­taux euro­péens.

    Entre temps, à titre de rappel, la laïcité, telle qu’elle est défi­nie dans nos textes en France, est un concept qui s’im­pose à l’État – et par exten­sion éven­tuel­le­ment aux repré­sen­tants de celui-ci, pas le citoyen. En fait, ce qui concerne le citoyen c’est juste­ment l’obli­ga­tion pour l’État de lui garan­tir la libre expres­sion et le libre exer­cice de sa reli­gion – et pas unique­ment en privé. Bref, exac­te­ment l’op­posé de ce que ce nouveau fonda­men­ta­lisme qui se réclame de la laïcité essaye d’im­po­ser.