Catégorie : Banques

  • Société Géné­rale et données person­nelles

    Ma banque m’a forcé la commu­ni­ca­tion de certaines infor­ma­tions person­nelles que j’ai trouvé forte­ment intru­sives et à priori inutiles à l’exé­cu­tion du contrat ou des méca­nismes anti-blan­chi­ment (entre autres détail de mes employeurs et de mes rému­né­ra­tions, alors que mes salaires et comptes actifs sont gérés par une autre banque). Cette demande était accom­pa­gnée par une réfé­rence à des articles de loi qui n’im­po­saient nulle­ment cette commu­ni­ca­tion.

    8 novembre 2019 : J’ai me suis donc fendu d’une demande d’in­for­ma­tion formelle au titre du RGPD (oui, je suis ainsi).

    Je l’ai fait de bonne foi, pour avoir l’in­for­ma­tion, la fouiller et la comprendre. Je pensais les banques carrées sur la gestion des données person­nelles et ne doutais pas qu’ils aient un fonde­ment à toute demande et tout stockage. Je cher­chais lequel. J’en ai été pour mes frais.


    J’ai un accusé de récep­tion de ma demande le 12 novembre. Ils me font suivre un extrait des condi­tions géné­rales qui parle des données person­nelles, me signalent la possi­bi­lité d’ac­cé­der à certaines données depuis l’es­pace person­nel en ligne, et me confirment qu’ils me répon­dront sous un mois (le délai légal) à ma demande expli­cite.

    En atten­dant cette réponse promise, je véri­fie les deux éléments reçus :

    L’ex­trait des condi­tions géné­rales semble volon­tai­re­ment noyer le pois­son. Un premier article liste toute une série de données person­nelles, de l’iden­tité civile jusqu’à l’en­re­gis­tre­ment des appels et mes habi­tudes de vie (!!). Un second article liste toutes les fina­li­tés possibles et leur durée de vie maxi­mum. Aucun moyen de savoir quelle fina­lité est asso­ciée à quelle donnée, ce qu’ils stockent vrai­ment combien de temps et pourquoi.

    L’ex­trait est tout de même éclai­rant puisque les données person­nelles auxquelles je fais réfé­rence n’y sont pas listées, ou alors sous un des multiples « etc. » très vagues. Gênant.

    Je vais aussi véri­fier la rubrique adéquate de l’es­pace person­nel en ligne. Ce qu’on m’y présente est incom­plet et ne répond pas à ma demande. On ne m’y liste par exemple pas les infor­ma­tions person­nelle qu’on m’a forcé de remplir début novembre et sur lesquels portent expli­ci­te­ment ma demande. Je vois au moins deux autres manques flagrants dans les données (maigres) auxquelles on me donne accès. Malai­sant.

    La réponse semble avoir été rédi­gée par un humain et non par un robot, ils me confirment que j’au­rai une réponse plus tard. J’at­tends donc avec confiance.


    Et… rien.

    Un mois après, aucune réponse malgré leur accusé de récep­tion.

    • Données incom­plètes dans leurs méca­nismes d’ac­cès ;
    • Mentions légales d’in­for­ma­tion incom­plètes et inutiles en ce qu’elles ne permettent pas d’at­ta­cher une fina­lité et une durée de conser­va­tion à une donnée, ni de connaitre exac­te­ment l’ex­haus­ti­vité des données récol­tées ;
    • Refus impli­cite de commu­ni­ca­tion à ma requête.

    Moi qui pensais les banques carrées…

    Je relance donc le 9 novembre 2019 expli­ci­tant leur refus de réponse et deman­dant à être contacté dans les quelques jours pour régler la situa­tion. Je n’au­rai aucune réponse, ni par télé­phone ni par email.


    Après le presque double­ment du délai légal, le 6 janvier 2020, je tente un autre canal de commu­ni­ca­tion et j’in­ter­pelle la société sur Twit­ter

    Bon @Socie­teGe­ne­rale @SG_etvous après deux mois j’ai attendu assez long­temps. Comment se fait-ce que vous refu­siez de répondre aux requêtes RGPD dont vous accu­sez pour­tant récep­tion ?

    https://twit­ter.com/edasfr/status/1213427075769655297

    J’ob­tiens là un humain en quelques heures. Ne pas respec­ter la loi est une chose, lais­ser un message public sans réponse en est une autre.

    Après confir­ma­tion de mon iden­tité et rappel des échanges : « Nous rappro­chons de nos inter­lo­cu­teurs en interne afin qu’un point soit fait au plus vite à ce sujet ».

    J’at­tends donc de nouveau


    Une semaine après, le 13 janvier 2020, rien de neuf. Ni par télé­phone, ni par email, ni par twit­ter. Je relance donc le compte Twit­ter vu que c’est le seul canal sur lequel j’ai des réponses.

    Bonjour Eric, nous sommes navrés de cette situa­tion et des complexi­tés tech­niques rencon­trées pour appor­ter une réponse à vos demandes. Les équipes en charge nous ont bien confirmé les avoir prises en charge. Nous faisons le point avec elles et vous tenons informé.

    Message privé twit­ter par @SG_etvous

    S’il y a une complexité tech­nique telle qu’il faille plus de deux mois pour répondre à une simple demande d’in­for­ma­tion pour laquelle ils ont léga­le­ment un mois pour répon­dre… C’est inquié­tant.

    Échaudé par les absences de réponse répé­tées, j’in­siste pour avoir un délai. Je l’ob­tiens le lende­main, mardi 14 janvier 2020 :

    Bonjour Eric, les équipes en charge nous ont assuré vous appor­ter une réponse d’ici la fin de cette semaine au plus tard.

    J’at­tends donc (de nouveau)


    Nous sommes désor­mais le jeudi 23 janvier (je mets à jour le billet ce jour), presque 10 jours plus tard, et je n’ai rien de neuf.

    Au moins je sais que ma demande a été reçue et prise en trai­te­ment, plusieurs fois. Je ne peux pas consi­dé­rer autre chose qu’un refus de réponse volon­taire, illé­gal. Pire, j’ai l’im­pres­sion qu’on me prend pour un imbé­cile.

    Je ne sais pas pourquoi j’ai temps attendu avant de rédi­ger une plainte offi­cielle pour non respect de mes droits. Je vais corri­ger ça cette semaine et cette fois ci je ne remet­trai pas la chose à plus tard sur la base d’un énième « on vous répon­dra plus tard ». Soit j’ai une réponse adéquate et écrite à ma requête initiale, soit je ne l’ai pas. Le reste ne m’in­té­resse plus.


    Tout ça n’a pas l’air clair et très propre du côté de la Société Géné­rale. Je vous incite donc à faire la même procé­dure auprès de votre banque.

  • Where even banks won’t take cash anymore: Sweden could become first cash­less society

    But for an increa­sing number of consu­mers, cash is no longer a habit.

    At the Univer­sity of Gothen­burg, students said they almost exclu­si­vely used cards and elec­tro­nic payments. “No one uses cash,” said Hannah Ek, 23. “I think our gene­ra­tion can live without it.”

    Natio­nal Post

    C’est un peu exci­tant.

    Depuis que le consor­tium bancaire a laissé tomber les frais fixes pour les commerçants, et donc les mini­mum de paie­ment qui vont avec, je sors la CB même pour moins de 1€.

    La monnaie, hors pour les distri­bu­teurs auto­ma­tiques et la baguette de pain, je cherche plutôt à m’en débar­ras­ser. J’ai rare­ment plus de 40€ sur moi, et souvent les mêmes depuis des mois.

    Stefan Wikberg, 65, was home­less for four years after losing his job as an IT tech­ni­cian. He has a place to live now and sells maga­zines for Situa­tion Stock­holm, a chari­table orga­ni­za­tion, and began using a mobile card reader to take payments, after noti­cing that almost no one carried cash.

    “Now people can’t get away,” said Wikberg, who carries a sign saying he accepts Visa, MasterCard and Ameri­can Express. “When they say, ‘I don’t have change,’ I tell them they can pay with card or even by SMS,” he said, refer­ring to text messages. His sales have grown by 30 per cent since he adop­ted the card reader two years ago.

    Et contre ce qu’on peut penser, ce ne sont pas forcé­ment les asso­cia­tions qui vont être les plus à plaindre.

    Le problème est ailleurs.

    But Big Brother can watch exactly what you’re doing if you purchase things only elec­tro­ni­cally

    Plus aucun anony­mat, trans­pa­rence mais surtout surveillance à tous les niveaux.

    Je suis déjà inca­pable de faire un cadeau de plus de 30€ à ma femme sans qu’elle ne le sache à l’avance via les rele­vés de compte (que nous parta­geons) et son smart­phone.

    Là c’est du pouvoir en place que plus personne ne pourra se cacher. On pourra savoir qui paye quoi, où et quand. Ça ouvre certes des capa­cité de lutte contre le travail au noir et la fraude fiscale, mais ça ouvre surtout la capa­cité de tout surveiller sans limite et profi­ler les gens à un niveau encore jamais atteint.

    Si parler de vie privée ne vous effraie pas, dites-vous que nous n’au­rons plus contrôle sur nos propres finances. Les banques auront la main mise totale sur le système. Ces mêmes banques qui ont montré qu’elles pouvaient tout mettre par terre et se refaire une santé à nos dépends. Désor­mais le too big to fail est juste inévi­table car rien n’exis­tera ailleurs pour gérer l’argent.

    Remettre votre patri­moine dans des mains privées ne vous effraie pas parce que c’est déjà là qu’est l’es­sen­tiel de vos écono­mies ? L’État pourra bloquer, filtrer, inter­dire, contrô­ler en détail tout échange. Aujourd’­hui ça semble ridi­cule mais ça aurait fait peur il y a 55 ans en Algé­rie, il y a 70 ans en France, il y a encore 100 ans en France, et on peut proba­ble­ment remon­ter plus loin par sauts de 30 à 70 ans maxi­mum.

    Nous nous remet­tons pieds et poings liés à un avenir que nous ne contrô­lons pas, et qu’il serait illu­soire de croire tota­le­ment diffé­rent de notre passé.

  • La monnaie dans tous ses états

    Pour révo­lu­tion­naire qu’elle paraisse, l’idée défen­due – réser­ver à la Banque natio­nale suisse le droit de créer de la monnaie, autre­ment dit mettre fin au crédit bancaire qui ne soit pas inté­gra­le­ment couvert par de la monnaie centrale (billets en circu­la­tion et avoirs en comptes de vire­ment) – est en réalité vieille sinon comme le monde, du moins de trois bons quarts de siècle. C’est en 1939 en effet qu’Ir­vin Fisher et cinq autres écono­mistes améri­cains signèrent une propo­si­tion de réforme moné­taire (« A Program for Mone­tary Reform ») visant à élimi­ner ce qu’ils consi­dé­raient comme l’une des causes majeures des grandes dépres­sions (à commen­cer bien sûr par celle dont le monde, alors, peinait à se rele­ver), à savoir la progres­sion incon­trô­lée du crédit bancaire. Leur projet, qui s’ap­puyait en les appro­fon­dis­sant sur les thèses défen­dues par quelques moné­ta­ristes de l’époque, est resté dans les annales sous le nom de « Chicago Plan »; il sera même repris tout récem­ment (2012) par des cher­cheurs du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal qui lui trou­ve­ront passa­ble­ment d’avan­tages (« The Chicago Plan Revi­si­ted »).

    via la Tribune de Genève

    On rejoint un autre billet récent. Plutôt que de permettre à des banques privées de créer une masse incon­trô­lée d’argent virtuel à leur propre profit, créer peu d’argent direc­te­ment à desti­na­tion des ménages et lais­ser les banques orga­ni­ser cet argent sans créa­tion.

    Problème : Le pays qui va instau­rer ça isolé­ment va voir ses banques partir ailleurs.

  • La Banque d’Es­pagne menace la Cata­logne d’une sortie de la zone euro

    [Le gouver­neur de la banque d’Es­pagne] a ainsi déclaré que si la Cata­logne se sépa­rait de l’Es­pagne, le nouvel Etat serait « auto­ma­tique­ment exclu de la zone euro, car ce proces­sus implique la sortie de l’Union euro­péenne. » Et Luis Maria Linde d’al­ler encore plus loin dans les menaces en dres­sant le tableau cata­clys­mique d’un « Catexit. » « Les banques cata­lanes pour­raient cesser d’avoir accès au refi­nan­ce­ment de la BCE », explique-t-il. Dans ce cas, la Cata­logne serait obli­gée d’émettre sa propre monnaie qui serait sans doute déva­luée. Et Luis Maria Linde rajoute encore l’hor­reur à la menace : « les dépôts pour­ront alors être gelés, comme cela a été le cas en Amérique latine ou en Grèce. »

    via La Tribune

    Rien de neuf. On l’a déjà fait en Irlande, en Grèce. Le problème n’est pas sur la sortie de l’Union Euro­péenne ou non, mais que cette menace soit employée pour contraindre les choix poli­tiques des peuples.

    Le gouver­ne­ment grec n’existe déjà quasi­ment plus que sur le papier, ses choix étant essen­tiel­le­ment déci­dés ou vali­dés par d’autres.

    Là au lieu d’en­vi­sa­ger et de prépa­rer un peuple à deve­nir indé­pen­dant (s’il s’avère que c’est vrai­ment leur choix), on met les blocages pour dissua­der. Ce n’est même plus une assis­tance ou un vrai problème écono­mique comme pour la Grèce, c’est pure­ment poli­tique. Pire : Cette inter­ven­tion est faite par toute une hiérar­chie de gens qui ne sont pas élus, ni au niveau natio­nal ni au niveau euro­péen.

    Il est urgent de réfor­mer l’Eu­rope, parce qu’elle devient un danger pour la démo­cra­tie. J’ai peur à ma démo­cra­tie. J’ai l’im­pres­sion de le dire en fin d’un billet sur dix, et ça me fait encore plus peur de le réali­ser.

  • Et si les banques centrales versaient de l’argent aux ménages ?

    « en pous­sant à la hausse le prix de certains actifs, les rachats d’ac­tifs par la banque centrale ont boosté la richesse finan­cière des ménages (hors pensions), mais seuls 5% des ménages possèdent 40% de ces actifs ».

    En résumé : le QE béné­fi­cie aux riches qui possèdent majo­ri­tai­re­ment des actifs finan­ciers, et très peu aux pauvres.

    — Cita­tion de la banque d’An­gle­terre, via reve­nu­de­base

    Il faut dire que les subven­tions en argent gratuit aux banques qui fina­le­ment ne font qu’a­li­men­ter les bulles finan­cières, ça commence à agacer un peu. On en est à faire des taux d’in­té­rêts néga­tifs, donc donner de l’argent pour que les banques veuillent bien s’en servir pour alimen­ter leurs spécu­la­tions. On touche les limites et l’ef­fet posi­tif tarde à montrer son ombre.

    Nous affir­mons que les banques centrales doivent cesser d’es­sayer d’in­fluen­cer la dépense au travers de programmes d’as­sou­plis­se­ment quan­ti­ta­tifs. Ces derniers s’ap­puient sur des distor­sions de la valeur des actifs afin de rehaus­ser le niveau des prix. De tels programmes, quand ils n’échouent pas – comme c’est le cas dans la zone euro avec les Programmes de refi­nan­ce­ment à long terme (PRLT) du président Draghi – opèrent comme des méca­nismes de camou­flage ou entraînent des risques d’ins­ta­bi­lité via les bulles finan­cières. Il est temps aussi d’en finir avec les querelles sur les mérites des réformes struc­tu­relles, dépenses en infra­struc­tures et autres réformes fiscales.

    Plus concrè­te­ment, nous propo­sons d’ac­cor­der aux banques centrales le pouvoir de trans­fé­rer des espèces direc­te­ment aux ménages. Cela repré­sen­te­rait pour elles un outil aussi nouveau que puis­sant.

    — écono­mistes, via Libé­ra­tion

    Le plus éton­nant dans l’his­toire c’est qu’il semble y avoir consen­sus pour dire que c’est jouable, et que l’ef­fet serait posi­tif. Il manque peut être un peu de courage pour passer de la théo­rie à la pratique, même si je ne sous-estime pas tous les problèmes qu’il y a à résoudre pour la réali­sa­tion pratique.

    For hundreds of years central banks have injec­ted money in the economy through either banks and/or markets. That is what we know, and so we will certainly consi­der these ideas that are being discus­sed; they are being discus­sed everyw­here and the ECB is part of these discus­sions in acade­mic fora and in other circum­stances.

    We should also not unde­res­ti­mate the legal aspects that would apply to the euro area and to the ECB, so one should ask the ques­tion whether this heli­cop­ter money is consistent with the Trea­ties and so on.

    I saying this not as a way to prejudge deci­sion-making one way or another, but the gravity of the chal­lenges right now basi­cally would demand that we use all avai­lable instru­ments within our common know­ledge, and that is what we know now.

    — Mario Draghi, via Posi­tive Money

    Peu de chances que ça arrive ainsi, mais plutôt qu’en­core envi­sa­ger une usine à gaz de dossiers de prêts à monter, peut-être autant direc­te­ment essayer le prin­cipe du revenu de base, et faire confiance aux gens pour s’em­pa­rer des côtés posi­tifs. Le seul vrai risque c’est d’y aller à recu­lons et par demie mesure.

  • Pourquoi la BPI fait fuir les capi­taux privés

    En consta­tant « la perti­nence de l’in­ter­ven­tion de la BPI dans de nombreux domaines, notam­ment celui du soutien à l’in­no­va­tion et le service rendu à des milliers d’en­tre­prises », les dépu­tés commettent une double erreur. Ils oublient, d’abord, ce que devrait être la philo­so­phie géné­rale de la BPI : pallier les défaillances du marché unique­ment.

    En clair : Le résul­tat est plutôt posi­tif, mais c’est public et non privé, donc c’est mal. Le reste de l’ar­ticle reprend ce prin­cipe à multiples occa­sions.

    Ce que l’on voit, en effet, ce sont les campagnes de commu­ni­ca­tion toni­truantes de la BPI et les start-ups digi­tales et inno­vantes qui émergent et que la banque affiche à son palma­rès. Ce que l’on ne voit pas, c’est l’as­phyxie progres­sive du secteur privé. Comme déve­loppé dans une nouvelle note pour le think-tank Gene­ra­tionLibre, il faut s’inquié­ter de la faible part des capi­taux privés dans le finan­ce­ment de l’in­no­va­tion.

    On ne dira donc pas pourquoi ce serait mieux que le finan­ce­ment soit privé, et que de riches inves­tis­seurs en récu­pèrent le fruit. C’est par prin­cipe.

    Que le public fasse émer­ger l’in­no­va­tion et aide les initia­tives de créa­tion, moi ça me parait plutôt posi­tif. Que quand c’est possible cela se fasse sur le public sans objec­tif premier de profit de la part de l’in­ves­tis­seur finan­cier tiers – et que l’in­ves­tis­se­ment privé à visée lucra­tive soit là pour les autres cas – ça me parait là aussi plutôt inté­res­sant. C’est même le rôle de l’État qu’on peut diffi­ci­le­ment discu­ter : celui d’ai­der à la créa­tion et à l’in­ves­tis­se­ment profi­table sur le long terme à l’éco­no­mie, surtout sur la prise de risques.

    Les ratios pruden­tiels impo­sés aux banques depuis la crise de 2008 expliquent, en partie, l’ab­sence des finan­ciers dans le finan­ce­ment des start-ups. Un inves­tis­se­ment dans un fonds de capi­tal inno­va­tion les oblige à mobi­li­ser bien davan­tage de fonds propres que pour d’autres types d’in­ves­tis­se­ments : le rende­ment des capi­taux ainsi enga­gés est défa­vo­rable. Desser­rer cet étau qui gêne l’in­ves­tis­se­ment et nuit à l’in­no­va­tion devrait être une prio­rité.

    La crise bancaire ? mais elle est passée. Déré­gle­men­tons encore plus l’in­ves­tis­se­ment sur capi­taux virtuels, on a bien vu que ça n’avait aucune influence écono­mique néga­tive. Si ? ah ? pas pour l’au­teur visi­ble­ment. C’est un étau qui empêche l’in­ves­tis­se­ment privé. Visi­ble­ment le public pallie bien, comme démon­tré, mais comme c’est public, il est urgent de chan­ger ça, quitte à prendre de sacrés risques.

    Si le texte attri­bue à l’Etat le rôle de couvrir un risque, l’Etat doit toute­fois délé­guer au secteur privé, a priori plus compé­tent, le choix des inves­tis­se­ments. Concer­nant la BPI, nous plai­dons donc pour un recen­trage de son acti­vité sur deux types d’in­ter­ven­tion seule­ment : le finan­ce­ment de long terme de l’in­no­va­tion, où le secteur privé ne s’aven­ture de toute façon pas, et un rôle indi­rect de multi­pli­ca­teur du crédit, sur le modèle de KfW, la banque publique alle­mande.

    Au public le risque, au privé l’in­ves­tis­se­ment (et le béné­fice asso­cié). C’est encore mieux si les fonds publics ne sont qu’un démul­ti­pli­ca­teur pour le privé.

    La fumis­te­rie du privé par prin­cipe plus compé­tent que le public (surtout sur l’in­ves­tis­se­ment bancaire, vues les dix dernières années et la crise asso­ciée), ça commence à me fati­guer sévè­re­ment.

    En voulant faire de la BPI un instru­ment d’ap­pli­ca­tion de la poli­tique indus­trielle, la mission parle­men­taire ne propose aucune réforme ambi­tieuse de l’ins­ti­tu­tion et semble se trom­per d’époque. A quand la prochaine mission ?

    Parce que oui, si le public se met à faire de la poli­tique, ça la fout mal pour les inté­rêts privés. L’époque est plus à la déré­gu­la­tion capi­ta­lis­tique totale, effec­ti­ve­ment.

    Bravo Chal­lenges pour ce superbe exemple de ce qui me fait peur dans l’éco­no­mie d’in­ves­tis­se­ment aujourd’­hui. Et pour­tant je bosse en star­tup, et suis heureux de le faire.

    Malheu­reu­se­ment c’est clai­re­ment la ligne qu’on tend à suivre depuis un moment. Que peut-on faire pour chan­ger ?

  • Vous avez aimé la crise finan­cière de 2008, vous allez adorer la prochaine

    […] L’idée même du risque semble avoir disparu de la tête des inves­tis­seurs. Comme s’ils avaient sous­crit une assu­rance tous risques auprès des banques centrales […]

    […] Au total, le bilan des banques centrales a doublé, passant d’un peu moins de 3,5 % à quasi­ment 6,5 % du PIB mondial. […]

    […] Où est passé alors cet argent ? Dans les marchés finan­ciers. Le cours des actions a doublé en cinq ans à Wall Street, en deux ans à Tokyo, et les bourses euro­péennes leur emboîtent le pas […]

    […] “On a confondu créa­tion moné­taire et créa­tion de richesses” tranche l’éco­no­miste Charles Gave. […]

    […] Selon le prix Nobel Robert Shil­ler, grand expert de la forma­tion des bulles spécu­la­tives, le PER (price earning ratio) ajusté du cycle écono­mique s’élève, à Wall Street, à 27, un niveau jamais atteint sauf en… 1929, 2000 et 2007. […]

    […] Selon le régu­la­teur britan­nique, plus d’un hedge fund sur dix utilise actuel­le­ment un effet de levier supé­rieur à 50, ce qui veut dire qu’ils gèrent des posi­tions de marché corres­pon­dant à 50 fois le montant des fonds qu’ils ont en gestion ! […]

    — Le Nouvel Écono­miste

    Fran­che­ment à lire.

    Notre seule solu­tion depuis quelques années, c’est prêter de l’argent gratui­te­ment en quan­tité illi­mi­tée (voire parfois à taux néga­tif, si si)… à des enti­tés qui l’uti­lisent pour alimen­ter la machine à spécu­ler sur les marchés, augmen­tant le risque sans amélio­rer le fond de l’éco­no­mie.

    Sura­bon­dance de liqui­di­tés, écra­se­ment des taux d’in­té­rêt, sophis­ti­ca­tion des outils finan­ciers, garde-fous illu­soires. Autant d’élé­ments qui poussent, à nouveau, “au crime”