Parfois les images sortent difficilement. Celles qui suivront ces prochains jours ont mis plus de six mois. Mon parcours a évolué depuis mais si je n’aurais pas choisi ces situations aujourd’hui, elles ont toujours un sens. Certaines sont en couleur, ce qui est une exception dans ma production. Ça aurait été un sacrilège de ne pas en profiter ici.
Je parlais de croix il y a quelques temps, et sans le savoir j’ai failli donner le même titre à cette photo. Quand on enlève tout le reste pour se mettre à nu, pour révéler qui nous sommes, on s’aperçoit qu’il reste toujours quelque chose qui nous représente. À nu on ne triche pas mais on exprime toujours quelque chose de fort.
Je me moque copieusement de Facebook et de son filtre de respectabilité pour les photos. J’ironise sur les censures. On peut voir les corps mais pas de téton féminin ou de sexe. On en arrive a des situations délirantes où les artistes mettent des caches-téton sur les photos et où on bannit des photos de promotion contre le cancer du sein.
Je me moque mais finalement, en discutant photo avec des amis, je me rend compte qu’on fait bien les même idioties. Notre limite est juste placée un peu plus loin, en autorisant les seins et un peu de pilosité. Même pour des photos artistiques et intéressantes par ailleurs, j’écarte systématiquement celles où le photographe laisse le sexe apparant. Il faut qu’il soit caché ou hors cadre, à la limite dans l’ombre si on ne distingue pas grand chose.
J’ai l’impression de me faire dominer par des tabous stupides. Quel sens cela a-t-il de rendre honteux ou interdit quelques dizaines de centimètres carrés sur un corps sachant qu’on sait bien tous comment c’est fait de toutes façons ? Qu’il y a-t-il de si sulfureux à avoir un corps ou à l’assumer ?
Il y a quelques temps j’avais publié une photo quasiment uniquement pour sortir de ce genre de tabous. C’était finalement plutôt pudique et consensuel. Aujourd’hui j’ai presque envie de reproduire le tableau de Courbet, juste pour montrer qu’il n’y a là rien qui devrait faire faire honte, pour me montrer que je n’en ai pas honte.
L’origine du monde – Gustave Courbet
Ce tableau a déjà 150 ans, et rien n’a changé. Nous l’acceptons, mais à condition de ne le voir qu’à titre historique, en peinture et entouré d’un cadre.
Je fais les récapitulatifs des séances qui n’en ont pas bénéficié, quitte à remonter un peu dans le passé. Celle-ci était particulière pour moi.
La première séance avec quelqu’un que je ne connaissais pas déjà avant. C’est aussi la première qui a commencé par une discussion, et qui a du coup apporté quelque chose de particulier en plus de la simple photo brute.
Je n’avais pas publié le récapitulatif mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. Séance difficile, avec une pièce petite et encombrée, beaucoup d’erreurs de ma part, mais c’est aussi une de celle où j’ai fini par plus chercher un sens lors des développement plutôt que du simple graphique. Il en reste quelques photos qui vont rester dans la sélection.
Comme la précédente, si les textes sont publiés ici par fil RSS ou sur Twitter, vous avez l’intégralité des albums sur Flickr. Vos réactions m’intéressent, même quand elles ne sont qu’un j’aime ou je n’aime pas, un retweet ou un repartage. Surtout ne les retenez pas en pensant que vous n’êtes pas légitimes.
La croixMême cachéeContinuité (8126)Se voir autrementModèlePause et kimonoLa sécurité des portraitsLa sécurité des portraitsRespirerRechercheÊtre soiAccepterProjection
Peut-être trop de pudeur de mon côté, cette première séance homme a été bien plus courte que les habituelles. J’en garde quelques photos que j’aime bien, et des vues du dos qui me sont chères, mais je suis aussi frustré : J’ai l’impression d’avoir comme bégayé dans mon chemin. Je suis reparti avec plus de pudeur et d’hésitations que dans ma première séance féminine, mais en plus sans oser avancer frontalement. Il y a encore du chemin.
Je tente les mêmes positions mais les allongés me donnent immédiatement un ressenti différent pour les hommes. Là où il y a de la sérénité, de la beauté ou même de la séduction chez la femme, le corps masculin prend immédiatement une connotation de force. Allongé il devient soit agonisant soit survivant.
Comme pour les précédentes, je remarque après coup que j’ai privilégié une vue de dos, encore une fois. Il y a tout un chemin à faire, et une représentation à déconstruire. Finalement le sujet est bien plus intéressant que je ne l’ai perçu au départ.
Sans commentaire particulier. Les ombres sur les muscles, les omoplates et la cambrure du dos sont toujours exceptionnelles, quel·le que soit le modèle.
J’ai commencé mon parcours photo au téléobjectif, à faire des portraits tellement serrés qu’il manquait le front et le menton. J’en fais encore mais je commence à m’autoriser les plans plus larges, en intégrant l’espace autour pour créer quelque chose de différent. Je n’en n’avais pas réellement conscience et voir ce cadrage – conçu ainsi lors de la prise de vue – m’a fait un bien fou à l’égo.
Quelle position avec un homme ? Quels sont les reliefs intéressants, les courbes pertinentes ?
Rien que l’absence des courbes de la poitrine a totalement changé mes repères. Je me suis reparti sur le dos, peut-être pour éviter la question sans m’en rendre compte. Je suis reparti comme de zéro.
Je crois que c’est le sujet qui revient le plus cette année. Pourquoi uniquement des femmes ? – Par facilité, parce que c’est plus proche de ma bulle de confort, probablement.
Je voyais moins d’hommes prêts à accepter, et moi-même avais bien plus de barrières à faire tomber pour oser me confronter à la nudité masculine. Ma gêne est encore là vis à vis des hommes alors qu’elle a sensiblement réduit vis à vis du corps féminin.
La représentation du nu masculin est aussi plus rare, voire plus tabou. Je me pose la question de ce que je peux montrer d’un homme, alors que je ne me la suis pas posée pour les modèles femmes.
L’idée même de cette différence de traitement me gêne, mais elle ne peut disparaitre sans l’affronter directement. Le changement ne pouvait venir que de moi.
Maintenant que la séance précédente est publiée, voici quelques photos d’un premier essai différent.