Sur Paris ou en province ?


Aujourd’­hui j’ai la bonne surprise d’avoir entendu « peu importe que vous soyez sur Paris ou sur Lyon, le salaire est en fonc­tion de ce que vous appor­te­rez à la société ». J’ap­pré­cie.

J’ai trop vu de socié­tés condi­tion­ner un muta­tion hors Île de France à une baisse de 20% de salaire, ou refu­ser des embauches en région parce que les préten­tions de rému­né­ra­tion étaient celles d’un employé pari­sien.

Si la loca­li­sa­tion a peu d’im­por­tance (*), pour le même travail, c’est tota­le­ment irra­tion­nel. Outre que ça n’a aucun sens au niveau ressources humaines, ce n’est même pas forcé­ment dans l’in­té­rêt pure­ment finan­cier de la société : Même si c’est au niveau de salaire pari­sien, mieux vaut recru­ter quelqu’un en région : Le coût des locaux est plus faible

Vous ne trai­tez pas vos four­nis­seurs et vos pres­ta­taires ainsi. Vous regar­dez simple­ment ce qu’ils vous four­nissent et à quel prix. Pourquoi diable trai­ter plus mal vos propres colla­bo­ra­teurs ?

En plus de déva­lo­ri­ser les gens hors de Paris, c’est un manque de respect humain tota­le­ment incom­pré­hen­sible. Je crois que pas mal de dépar­te­ments RH sous-estiment la valeur ajou­tée d’une grille sala­riale honnête et trans­pa­rente.

* * *

Qu’on ne me dise pas que c’est en fonc­tion de ce que les sala­riés ont besoin pour vivre.

Il y en a qui prennent sérieu­se­ment en compte les besoins des colla­bo­ra­teurs, mais ils sont rares. Ceux qui le font vont accep­ter, à travail égal, de donner 20% de plus au sala­rié dont la femme est atteinte d’un cancer parce qu’il a plus de besoins. Ceux qui le font paie­ront moins un expert céli­ba­taire sans problème qu’un débu­tant avec une grande famille dans une situa­tion person­nelle diffi­cile. Êtes-vous vrai­ment de ceux là ?

Non, vous ne payez pas proba­ble­ment pas réel­le­ment les sala­riés au fonc­tion de leurs besoins pour vivre. C’est logique après tout. Si quelqu’un fait le choix de vivre hors de Paris, tant mieux pour lui. L’im­por­tant pour vous c’est ce qu’il apporte à la société.

* * *

 

Qu’on ne me dise pas non plus que « c’est le marché, pourquoi paie­rai-je plus cher si je peux quelqu’un au prix local ? ».

Avec cet argu­ment on légi­time de payer 20% de moins les femmes – c’est effec­ti­ve­ment le marché. Avec cet argu­ment on légi­time de payer dras­tique­ment moins les gens avec un handi­cap – ils sont effec­ti­ve­ment prêts à accep­ter vu qu’ils n’ont pas toujours le choix.

Le marché ne légi­time pas tout. Si c’était unique­ment une ques­tion de payer au moins cher en fonc­tion du marché, alors vous ne recru­te­riez qu’en dehors de Paris sauf à y être contraint.

Et puis il y a le côté humain. Est-ce vrai­ment votre poli­tique RH que de tenter de rabais­ser chaque colla­bo­ra­teur jusqu’à son point de rupture finan­cier person­nel ?

* * *

La seule expli­ca­tion sensée c’est le « on a toujours fait comme ça » qui peut être suivi par « chan­ger main­te­nant c’est compliqué, le budget ne permet pas de faire un rattra­page sala­rial massif ».

Admettre que c’est irra­tion­nel est un premier pas. Ensuite, même si tout ne se change pas d’un coup, rien n’em­pêche d’y aller progres­si­ve­ment.

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2 réponses à “Sur Paris ou en province ?”

  1. Ou alors (à prendre avec légèreté, je ne suis pas économiste) c’est juste une conséquence macroscopique du déconfort qu’implique la vie parisienne. On va rester dans l’exemple des cadres, je ne suis pas sûr que cette différence s’applique à tous les corps de métier, et en particulier pour les corps de métier où il n’y a aucun problème de recrutement. Deux illustrations : http://www.usinenouvelle.com/article/80-des-cadres-parisiens-reveraient-de-quitter-paris.N431552
    http://www.lefigaro.fr/emploi/2007/06/02/01010-20070602ARTFIG91708-quitter_paris_pour_la_province.php

    La situation est qu’un nombre suffisant de cadres est prêt à sacrifier une part de salaire pour avoir le confort de « La Province » (en généralisant), ou inversement un nombre suffisant de cadres n’envisagent de travailler à paris qu’avec un salaire supérieur à celui qu’il trouverait en province.

    Or, la demande en cadres à Paris est forte, le « marché » comme dit précédemment va ainsi naturellement faire tendre le salaire d’appel moyen vers un salaire d’équilibre juste assez attractif pour combler la demande avec des cadres « réticents, mais c’est négociable ».

    Ainsi macroscopiquement, la différence de salaire est portée par un choix tout à fait rationnel des cadres et une demande trop forte de la région parisienne.

    A l’échelle d’une société, c’est un choix qui se fait de la même façon, selon les besoins en personnels dans les diverses antennes. Si l’antenne de Paris a plus de mal à recruter que les autres, les salaires d’appels seront montés, à supposer que la gestion RH soit rationnelle. Cela est également valable pour le recrutement d’experts pour une plate-forme pétrolière en Sibérie.
    Si les antennes de Lyon et Paris ont le même niveau de difficulté à recruter, il n’y a ainsi également aucune raison que les salaires d’appels soient différents.

    Ce qui pose la question : pourquoi la demande est-elle si forte à Paris, là où tout semble moins cher (locaux, salaires) en province?
    Mais la réponse dépend de chaque société. De manière globale, c’est potentiellement dû à un historique de centralisation que personne n’ose défaire.

    • Ah mais si tu as un besoin local et que tu recrutes en local, tu te plies au marché local. Si la tension est plus forte sur Paris, tu payes ton besoin spécifique qui est « avoir quelqu’un sur Paris » et ce besoin coûte potentiellement plus cher que « avoir quelqu’un à Rodez ». Là dessus on est d’accord.

      Ce dont je parle c’est des postes qui peuvent indifféremment être à Paris ou ailleurs, pour lesquels la localisation n’est pas importante. Là soit tu veux payer le moins cher possible et de fait tu ne vas pas recruter à Paris, soit tu es prêt à mettre un salaire parisien et je ne vois pas de raison légitime de le refuser à un bon candidat qui te le demande, même s’il n’habite effectivement pas sur Paris.

      Après sur le « pourquoi », j’ai peu de réponse à part le « c’est comme ça ». On peut dire que c’est le coût de la vie, mais le coût de la vie est aussi une conséquence des hauts salaires. C’est interdépendant. Parfois comme à SF c’est vraiment une histoire de pénurie de compétences et/ou de logements par rapport à la demande. Parfois, ailleurs, c’est bien moins évident.

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