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Démocratie et institutions

Sommes-nous une démo­cra­tie ? Le test

Il est diffi­cile de se déta­cher de nos croyances alors je vais propo­ser de discu­ter d’un critère rela­ti­ve­ment simple et diffi­ci­le­ment contes­table.

Démo­cra­tie : Régime poli­tique, système de gouver­ne­ment dans lequel le pouvoir est exercé par le peuple, par l’en­semble des citoyens.

Défi­ni­tion via le CNRTL

Je m’en tiens à la défi­ni­tion et n’ex­clus aucu­ne­ment ici la notion de démo­cra­tie repré­sen­ta­tive. Le peuple peut tout à fait exer­cer le pouvoir via des repré­sen­tants. L’im­por­tant est que ce soit lui qui l’exerce.

Atten­tion donc à diffé­ren­cier le peuple qui exerce son pouvoir via des repré­sen­tants, et les repré­sen­tants qui exercent leur pouvoir au nom du peuple. La seconde formule pour­rait vali­der une bonne partie des monar­chies et régimes dicta­to­riaux. Oui, la ligne entre les deux est parfois fine, c’est bien tout le sujet. Que les repré­sen­tants soient élus ne résout pas toute la ques­tion.


Bref. Il est diffi­cile de défi­nir « le peuple » ou ce qu’il veut alors pour éviter tout débat inter­mi­nable on va se poser dans la situa­tion théo­rique la plus favo­rable imagi­nable :

Imagi­nons une mesure souhai­tée par la quasi tota­lité de la popu­la­tion, dans les mêmes termes, et que nous puis­sions là aujourd’­hui le déter­mi­ner de façon incon­tes­tée.

Dans ce scéna­rio on ne peut plus favo­rable, la mesure souhai­tée par le peuple serait-elle forcé­ment prise, dans les termes souhai­tés et dans un temps raison­nable ?

Si nous ne pouvons pas répondre « oui » sans mettre de condi­tions, sans délai qui se compte en années, sans impo­ser l’ac­cord de telle personne ou de tel groupe de personnes, alors c’est que le peuple n’a pas le pouvoir et en consé­quence que nous ne sommes pas en démo­cra­tie.

3 réponses sur « Sommes-nous une démo­cra­tie ? Le test »

Sur le problème des minorités, on a le problème dans quasiment tous les systèmes.

Dans une démocratie le peuple peut écraser ses minorités. Dans une oligarchie la classe au pouvoir peut écraser les minorités, et même parfois les majorités auxquelles elle n’appartient pas.

On ne peut d’ailleurs pas dire que notre système actuel soit toujours topissime vis à vis des minorités. On fait *déjà* de gros dégats, parfois juste en ne tenant pas compte de situations spécifiques, parfois carrément en opprimant.

La seule chose qui restreint un peu les problèmes c’est qu’on s’est accordé sur un texte de haut niveau (la constitution) qui est assez protecteur. Le changer demande un quorum important et les gens font plus attention mais techniquement le parlement pourrait tout à fait décider de retirer la référence aux droits de l’H de la constitution et se désaffilier de la CEDH, puis opprimer qui il veut.

Bref, aujourd’hui une minorité opprimée risque tout à fait de ne pas être protégée. Pire, il suffirait que 2/3 de 900 personnes se mettent d’accord pour faire tout ce qu’elles veulent, y compris déclarer la peine de mort à toutes les minorités une à une.

Bref, oui la démocratie permet au peuple d’opprimer les minorités. Les systèmes non démocratiques aussi. Le notre actuel aussi.

En pratique la majorité est généralement assez pour des droits protecteurs, et c’est ce qui nous évite de faire n’importe quoi.

Le système de hiérarchie avec un texte général de haut niveau et un gros quorum pour le changer est un des éléments qui permet de modérer beaucoup (sans rien empêcher techniquement). Les traités internationaux aussi.

Aucun problème à faire la même chose dans une démocratie ou dans « mon système » comme tu l’appelles.

Sur la guerre à la Belgique, qu’est-ce qui te fait dire que le gouvernement serait forcément plus intelligent que la majorité des français ?

Je vais te renverser l’argument :

Aujourd’hui le président peut déclencher des actions de guerre seul. Le parlement peut faire une déclaration de guerre à sa simple majorité.

Le peuple ne devrait-il pas faire barrage ?

D’autant que des guerres créées sur de faux prétextes ou sur des intérêts économiques discutables pas forcément dans l’intérêt choisi du peuple, il n’y a pas besoin de chercher longtemps pour trouver des exemples récents.

Du coup le critère « déclencher des guerres » joue clairement en défaveur du système actuel.

Tu pars du principe que le peuple serait de nature à créer des guerres à cause d’un pénalty mais que les élus seraient plus sages. L’histoire ne le démontre pas vraiment. Il est probable que dans notre temps actuel, la population soit bien plus mesurée, dans le sens où c’est elle (et non les élus) qui risqueraient leur vie derrière.

Dans les dernières années j’ai plus souvent vu les gouvernements soutenir des guerres non soutenues par le peuple, que des peuples soutenir des guerres non soutenues par les gouvernements. Je suis preneur de contre-exemples mais je suis assez convaincu que le décompte sera en ma faveur.

À noter que répondre « non » n’est pas forcément un drame. On peut très bien soutenir qu’une démocratie parfaite présente trop de risques pour l’intérêt commun.

Même si on considère qu’une démocratie parfaite est souhaitable, on peut la viser tout en étant réaliste sur le fait qu’on n’y est pas encore (et qu’on n’y sera peut-être jamais).

Être réaliste permet surtout de prendre du recul pour réfléchir et savoir ce qu’on veut. Le reste n’est que terminologie.

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