Léga­li­sa­tion des échanges non marchands.

La léga­li­sa­tion des échanges non marchands sans autres limi­ta­tion conti­nue à me sembler un jeu dange­reux. Les fans ont montré plusieurs fois combien il était à leur portée de créer des sites web qui indexent, présentent, enri­chissent et distri­buent des conte­nus. Dès léga­li­sa­tion, ces sites vont fleu­rir et s’étof­fer.

En soi c’est très posi­tif, et ça montre même le désert que repré­sentent les sites web commer­ciaux sur ces sujets, mais j’ai du mal à voir comment une filière commer­ciale va pouvoir survivre en paral­lèle. Si j’ai un site béné­vole qui fonc­tionne très bien, qui n’est pas contraint par les négo­cia­tions de cata­logue, sur lequel tout est gratuit et légal, je ne vois aucune raison d’al­ler cher­cher mon contenu ailleurs. À très court terme auto­ri­ser le partage non marchand c’est tuer tota­le­ment la filière commer­ciale à desti­na­tion des parti­cu­liers.

Parmi les mili­tants de la léga­li­sa­tion des échanges non marchands j’en­tends les voix qui militent pour un nouveau modèle, où les créa­teurs et produc­teurs se rému­nèrent autre­ment. Ce peut être des dons, des services annexes, une licence globale ou une contri­bu­tion quel­conque. J’ac­quiesce, mais nous sommes tota­le­ment dans la spécu­la­tion quand nous imagi­nons ce que ça peut donner ou non. Un big bang sans avoir expé­ri­menté à une échelle moins radi­cale me semble juste inima­gi­nable : Il n’y aurait pas de retour en arrière possible.

En paral­lèle si je vois une raison sociale à auto­ri­ser les échanges avec quelqu’un que je connais, je perçois beau­coup moins de perti­nence à auto­ri­ser les échanges aveugles en masse. Vous imagi­nez dire que je n’ai pas le droit de parta­ger ma musique, mon livre ou ma vidéo avec mon conjoint, mes enfants, mon meilleur ami, mon voisin ? pour­tant c’est l’état du droit actuel ou pas loin.

Alors auto­ri­ser les échanges non marchands, mais à quelques condi­tions :

  • Échange non collec­tif : Je m’adresse à une ou plusieurs personnes spéci­fiques, pas au public ou à un collec­tif. On exclut ici les réseaux pair à pair publics, les sites de partage, les groupes ou asso­cia­tions qui ont pour objec­tif de mutua­li­ser les acqui­si­tions.
  • Échange inten­tion­nel : C’est à moi d’avoir l’in­ten­tion de procé­der à chaque échange indi­vi­duel. On exclut ici toute notion de mise à dispo­si­tion où un tiers va faire son marché.
  • Échange indi­vi­duel : Je partage un contenu ou un groupe de conte­nus spéci­fiques, choisi. On exclut ici les échanges systé­ma­tiques ainsi que les échanges aveugles d’une collec­tion de contenu complète. Les critères du droit sur les collec­tions et bases de données me semblent assez repré­sen­ta­tifs de ce qui peut être appli­cable.

Avec des critères simi­laires, léga­li­ser les échanges non marchands me semble plus qu’une bonne idée, et de plus tout à fait envi­sa­geable comme compro­mis, sans même imagi­ner de compen­sa­tion (ou en consi­dé­rant que c’est déjà couvert par la rede­vance sur la copie privée).

20 commentaires

  1. Absolument d’accord avec toi, sur toute la ligne… Les échanges non-marchands, certes, mais ne pas se précipiter dedans. Faisons ce pas petit à petit, en gardant dans un premier temps ces restrictions « personnelles, intentionnelles et non collectives » comme référence.

    Quitte à, dans un second temps (ou pas, c’est selon) élargir, si le modèle s’avère acceptable et équilibré…

  2. Pour une personne qui ne suit pas le dossier (comme moi), le billet est difficile à comprendre, car il n’explique pas ce qui est proposé et ce qui existe. Tu peux bien sûr me frapper avec un URL que j’irais lire avec plaisir :)

  3. Bonjour,

    Je peux comprendre cette réticence à ouvrir les vanne du partage, même limité à un cadre non-marchand.

    Le problème, c’est que les vannes en réalité sont déjà ouvertes : le partage massif est une réalité qu’on ne peux contester. L’alternative à la légalisation est la répression et l’effet de la répression est d’avoir fait migrer un partage qui à l’origine était non-marchand (P2P) vers des formes d’accès marchand (streaming, direct download).

    Le droit agit comme une sorte de voile qui déforme la réalité : on croit que parce que c’est illégal, les pratiques n’existent pas. Mais c’est faux : le partage est là, massif http://www.numerama.com/magazine/27044-il-y-a-432-millions-de-pirates-dans-le-monde-selon-un-rapport-pour-nbc.html

    Or dans les faits, que constate-t-on : que malgré le partage (et peut-être même faudrait-il remplacer « malgré » par « grâce »…) le niveau de consommation global des biens culturels s’est maintenu, voire même a augmenté. C’est clairement ce qui ressort des études indépendantes : http://www.lexpress.fr/culture/non-le-piratage-ne-tue-pas-les-industries-creatives_1288070.html

    Et même le Forum d’Avignon vient de publier une nouvelle étude qui montre que la croissance est de retour pour les industries culturelles, tirée notamment par le numérique http://meta-media.fr/2013/11/24/culture-et-numerique-les-modeles-economiques-commencent-a-se-stabiliser-etude.html

    La Hadopi avait déjà montré que ceux qui piratent le plus ont aussi le niveau le plus élevé de consommation légale des biens culturels : http://piracy.americanassembly.org/hadopi-says-lets-try-cutting-off-nose-to-spite-face/

    Tu parles de spéculation, mais je suis désolé : c’est la peur du partage qui est du côté de l’irrationnel. Les chiffres sont là et il faut regarder par-delà le voile que le droit nous impose.

    Je pense que tu as dû voire passer les révélations qui ont été faites sur le contenu des accords TPP, qui sont en fait une sorte d’ACTA en version beaucoup plus grave : http://www.framablog.org/index.php/post/2013/11/14/tpp-wikileaks-acta

    Régression du domaine public par allongement des droits, restriction des exceptions au droit d’auteur, peines encore plus agressives contre la contrefaçon, responsabilisation des intermédiaires techniques, etc, etc….

    Voilà le coût de la répression du partage : le but premier de la légalisation est de mettre fin à cette spirale répressive et personnellement, c’est ce qui me fait peur, car un jour ou l’autre, l’une de ces horreurs finira par passer et nous pourrons simplement pleurer sur l’internet que nous avons connu…

    Après sur la piste de légalisation du partage limitée que tu suggères, elle n’est pas complètement impossible à envisager. J’avais essayé de montrer qu’on pourrait transformer la notion de cercle de famille en « cercle de proximité » qui permettrait de créer un compromis entre la légalisation du partage public et la situation bloquée actuelle http://scinfolex.com/2013/04/23/vers-une-redefinition-du-cercle-de-famille-en-faveur-du-partage-des-oeuvres-sur-internet/

    Mais pour moi, cela ne résistera pas. Les faits sont têtus : le partage existe déjà bien au-delà du cercle de proximité. Faire régresser les pratiques demandera de déployer un niveau de violence légale qui n’est pas soutenable.

    Pour terminer, tu dis « À très court terme autoriser le partage non marchand c’est tuer totalement la filière commerciale à destination des particuliers. »

    Si c’était vrai, alors ce serait déjà le cas. Plus aucune offre légale ne pourrait exister. Or les études économiques prouvent que ce n’est pas le cas et même que la croissance est revenue dans le secteur culturel.

    Pour moi l’enjeu est plutôt de bien définir le périmètre du partage non-marchand et ce n’est pas une tache facile. Philippe Aigrain a beaucoup travaillé cette question et il prône une définition stricte que je partage : http://paigrain.debatpublic.net/?p=4203

    La répression n’a tout simplement plus de justification économique. Même la Hadopi le reconnaît, puisqu’elle vient d’affirmer que le partage non-marchand n’a pas à être compensé : http://scinfolex.com/2013/11/22/le-partage-non-marchand-ne-doit-pas-faire-lobjet-dune-compensation-et-cest-la-hadopi-qui-le-dit/

    Pour avancer sur ces sujets, il est temps de déconstruire ces idées fausses sur le fonctionnement de l’économie numérique, surtout qu’elles sont très largement le fruit du « bourrage de crâne » déployé depuis des années par le lobby des industries culturelles.

    1. Je réponds rapidement, je ferai mieux plus tard :

      «  » »Si c’était vrai, alors ce serait déjà le cas. Plus aucune offre légale ne pourrait exister. Or les études économiques prouvent que ce n’est pas le cas et même que la croissance est revenue dans le secteur culturel. » » »

      Non, parce que les partages actuels se font dans un contexte d’interdiction. Cette interdiction est globalement inefficace, sa répression encore plus, mais elle forme le contexte général. C’est quand même à elle que se réfère le comportement « normal » des gens. Mes parents n’achètent pas les CDs en pensant aux artistes qu’il faut rémunérer mais parce que c’est comme ça que ça se fait. Fais sauter le contexte et les comportements actuels étudiés n’ont aucune raison d’être les mêmes (ou plutôt ils ont toutes les raisons de changer). Sans l’interdiction mes parents (qui ne sont qu’un exemple) auront vite fait d’être interceptés par un site communautaires à la mode qui propose le même contenu tout aussi légalement mais gratuitement et potentiellement mieux (vu que sans les coûts associés). Quel sens aurait la transmission d’une carte cadeau iTunes à Noël ?

      Pour moi ces études montrent au mieux que la répression est inutile et pensée n’importe comment, et que l’existance ou l’importance des dommages sur l’industrie culturelle sont un sujet à débat qui est loin d’être aussi évident que ce que ces industries veulent bien dire.

      Maintenant si on fait sauter le contexte tu auras une masse qui fera du partage sans arrière pensée, une quantité de sites qui vont se monter et proposer l’essentiel du contenu, avec une bonne qualité de recherche et récupération, une visibilitée grand publique bien plus forte, etc. Bref, tout va changer. Même au niveau de la logique mise en oeuvre dans ces études, rien ne sera pareil : Une partie de ces études montrent qu’il y a une phase « essai avant d’acheter », mais si la récupération par partage est légale et aussi qualitative pourquoi passerait-on par la case achat ? Le don volontaire fonctionne aussi mais il faut voir que les populations que ça cible actuellement sont plutôt les grandes fan.

      Alors oui, dire que le modèle commercial actuel va totalement disparaitre est une affirmation sans preuve de ma part. Dire qu’il ne disparaitra pas en est une de ta part. Ce qui me semble certain par contre c’est qu’on va totalement changer d’équilibre si on casse la digue actuelle, aussi mauvaise soit-elle. Pour l’instant on ne sait pas si ça va tout inonder ou juste faire un nouveau ruisseau. Je suis plutôt de l’avis de baisser un peu la digue voir comment ça s’organise plutôt que de tout casser en croisant les doigts, même si on sait qu’il y a déjà des fuites.

      À vrai dire de voir disparaitre le modèle ne me gêne pas, au contraire : Le monde évolue, des modèles disparaissent et d’autres apparaissent. Ni la culture, ni l’écrit, ni la musique ne risquent de disparaitre quoi qu’il arrive. La question n’est pas là. La question c’est comment on gère la transition. Résister avec des oeillères comment nos États le font actuellement me semble une des attitudes les plus stupides, mais se bander les yeux et sauter de la falaise me semble tout autant un acte de foi. J’aimerai qu’on réfléchisse à la place.

      Il n’y a pas encore d’urgence. Il y aura urgence si on ne fait rien. Si on profitait du temps qu’on a pour faire quelque chose, apprendre, réfléchir, et avancer par étapes ?

      Et puis de manière réaliste je n’ai aucun espoir d’arriver à convaincre avec une position radicale. Le sujet est trop clivant. Avancer un pas et montrer combien ça a été positif contrairement aux discours alarmistes, ça me semble un compromis bien plus crédible.

    2. « Non, parce que les partages actuels se font dans un contexte d’interdiction. Cette interdiction est globalement inefficace, sa répression encore plus, mais elle forme le contexte général. C’est quand même à elle que se réfère le comportement « normal » des gens.  »

      Ce n’est pas encore une fois ce qui ressort des études. Cette étude du M@arsouin était très éloquente sur la manière dont les pratiques de partage sont perçues d’un point de vue social : http://ecrans.liberation.fr/ecrans/2013/03/11/le-piratage-hyperlien-social_956965

      Extrait : «Si le téléchargement est bel et bien perçu comme illégal, il n’y a pourtant pas d’identification de l’acte comme infraction – activité criminelle, vol, hors la loi -, car il n’est pas étiqueté comme déviant par l’entourage ou les proches ou dans un contexte social plus vaste.»

      Un certain Montesquieu a expliqué, il y a longtemps, qu’une société a un gros problème lorsque la loi et les moeurs sont à ce point dissociées…

    3. « Un certain Montesquieu a expliqué, il y a longtemps, qu’une société a un gros problème lorsque la loi et les moeurs sont à ce point dissociées… »

      …et nous sommes sur la même longueur d’onde sur le besoin de faire évoluer tout ça.

      Mais je maintiens que ton étude comme les autres ne peuvent que décrire le contexte actuel, et que penser que les conclusions resteront identiques en faisant sauter le contexte, ça serait de la pure fiction.

    4. Avec votre discussion, je comprends mieux ce qui était appelé échange non marchand.

      J’abonde dans le sens de Eric pour cette partie.

      « Or les études économiques prouvent que ce n’est pas le cas et même que la croissance est revenue dans le secteur culturel. »

      Ceci aussi est une sorte de baudruche qui cache de nombreuses choses. En partie à cause de notre inconscient collectif (spécifiquement en France), lorsque l’on pense « culture » On pense Molière (caricature). Lorsque les industries du divertissement tentent de pénaliser le partage, il s’agit des films à gros budgets, des best sellers, etc. Le disconnect est en partie là. On ne veut pas d’une loi qui vient régir nos échanges de façon extrêmement large jusqu’aux absurdités que l’on voit souvent dans la presse.

      Également comme le dit Éric toute étude sera caduque dès que les circonstances changent. C’est normal. Cela fait partie des règles de toute mesure d’une expérience. C’est aussi ce qui nous fait culture, c’est à dire pas quelque chose de fossiliser. Dans le contexte actuel, les études montrent que la répression est inutile et que les lois ne reflètent pas les besoins de la population.

      L’industrie du divertissement est frileuse sur de nombreuses choses. Et je ne suis pas sûr qu’il y ait une solution raisonnable sans la disparition des grands empires (qui seront remplacés par d’autres). Et cela s’est souvent passé comme cela dans l’histoire. Les comédiens du cinéma non parlant n’ont pas décidé d’eux même d’aller vers le parlant. De nombreux ont d’ailleurs perdu leur emploi, car avec une voix inécoutable au cinéma parlant, talent de mime, pas de talent de voix. Les empires de l’imprimerie ne sont pas des monastères. Les moines enlumineurs ne se sont pas réformés, ils ont disparu à cause des nouveaux usages.

      Nos habitudes vont changer aussi. Si on en venait à un monde où tous les films et la musique est accessible pour un abonnement mensuel de quelques euros sans limite de consommation et que pratiquement tout le monde est dans le même cas, que c’est accessible en tout temps. Visionnable autant de fois que l’on veut. Que deviendra le désir de le posséder chez nous ? :) (Je ne dis pas que c’est ce que je veux, mais que c’est un possible.)

  4. Votre inquiétude face à la légalisation est tout à fait fondée.
    Il peut être justifié, quand le contexte est changeant et c’est le cas du Net actuel, encore en crise d’adolescence, d’avoir pour la justice une logique 3 états; (légalise, tolère et ferme les yeux (ne légifère pas), répressif). Toute le monde sait, même l’Hadopi, que la répression est contreproductive (mauvaise image vis à vis du peuple et aucun gain économique). Tout le monde peux aussi imaginer (sauf Calimaq) que la légalisation inonderait le marché avec des serveurs P2P public (une simple box suffit!), sans pub, sans DRM, le moteur de BitTorrent serait plus utilisé que Google….avec des ravages irréversibles sur le revenu des artistes qui pourront de moins en moins se rémunérer sur les biens matériels. L’exemple frappant est l’édition, qui résiste comme un diable contre l’arrivée du numérique, mais quand la bombe exploitera, les auteurs ne pourront pas faire des concerts payants de lecture publique et les livres papier ne rapporteront qu’aux antiquaires. Légiférer est un engagement sur l’Avenir, et il ne faut pas regarder le Net d’aujourd’hui, mais celui de demain, beaucoup plus décentralisé (inéluctable). Le Net aura un jour ou l’autre une monnaie sans paywall (et je me bas chaque jours pour que cette monnaie soit OpenSource, gratuite, simple, sécurisée), alors on pourra faire du vrai partage d’oeuvres sur le Net, on partage l’oeuvre ET le coût.
    voir http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/90/83/14/PDF/mstheory.pdf
    En attendant, il vaudrait mieux pour tout le monde ne pas légiférer, car autant le dire brutalement, si on légalise, non seulement ma proposition démocratique tombe à l’eau, mais on s’enfonce dans un communisme numérique pour 50 ans, avec des séquelles pour l’économie, la croissance, l’emploi et le bonheur des gens…après, une bonne petite guerre remet les pendules à l’heure, mais je préfèrerait l’éviter pour les enfants.
    Creusez un peu, ouvrez votre esprit critique et vous verrez combien il est dangereux de légiférer sur le partage non marchand. Je suis même persuadé que l’action communiste rend service aux majors et rentiers du Droit d’auteur en fournissant un contre-pouvoir facile à juguler. Le vrai ennemi, c’est GoogleWallet…rendez vous en 2020.

    1. Mes propos sont sourcés ; je pointe vers des études qui dépassent très largement ce que je peux penser à titre personnel. Comme toujours, vous pointez encore et toujours, vers les seules références que vous avez produites et le reste n’est qu’opinion…

  5. @Calimaq

    Sauf que :

    1. Vous dites vous-même : « un déplacement graduel qui s’est opéré dans les usages, puisqu’une partie des internautes qui utilisaient des systèmes de P2P pour échanger des fichiers se sont repliés au fil du temps vers des formules de streaming ou de DirectDownLoad, souvent payantes sous forme d’abonnement et/ou monétisées via de la publicité.

    Mais ce basculement a été provoqué en partie à cause de la répression qui a frappé le téléchargement en P2P et dont la Hadopi est elle-même l’instrument. Elle a donc beau jeu de déclarer « partir des usages constatés », alors qu’elle a elle-même eu une responsabilité dans la modification de ces usages ! »

    Vous convenez donc vous-même que la répression a conduit à un déclin de l’utilisation du P2P.

    2. Philippe Aigrain propose notamment de légaliser tout le P2P, non ?

    3. Vous indiquez en commentaire « Ce que constatent les études sur les comportements des consommateurs, c’est que le partage illégal de fichiers (non-marchand comme marchand) conduit à une augmentation de la consommation des biens culturels, mais cela joue sur des éléments comme les achats de biens physiques, la fréquentation des cinémas et des concerts, voire sur la consommation d’offre légale numérique ».

    Aussi, même si le niveau de consommation global des biens culturels peut être maintenu, voire augmenté, ce ne sera pas sur les mêmes produits. Il y a donc bien des produits qu’il faut protéger à la base. Si tous les e-books sont disponibles en P2P, peu risquent d’en acheter. Des études sur l’économie du don ont montré que le don restait somme toute toujours résiduel. Réaliser des conférences et des ateliers et…. Ce n’est pas forcément le même métier… et cela accapare du temps qu’on a plus pour écrire, non ?

    4. La Hadopi cherche quand même à mettre à contribution les plateformes, non ?

    1. « Réaliser des conférences et des ateliers et…. Ce n’est pas forcément le même métier… et cela accapare du temps qu’on a plus pour écrire, non ? »

      Fausse question, fausse dichotomie sur le travail de l’artiste.
      Typiquement les artistes martyrs qui sont pris en exemple pour pousser à rendre plus strictes les lois ne bénéficient jamais aux dits artistes martyrs, mais aux industries du divertissement avec des chiffres d’affaires industrielles. :)

      Les poètes (à quelques exceptions près) n’ont jamais fait fortune, ni même mis du beurre dans leurs épinards par la vente de leurs œuvres. Réalité première.

  6. C’est aussi un peu étrange… au moment où justement on constate que l’économie est de plus en plus tirée par le numérique, il faudrait courir le risque de réduire considérablement cette source de ressources…

    Finalement aussi… quand vous dites « un déplacement graduel qui s’est opéré dans les usages, puisqu’une partie des internautes qui utilisaient des systèmes de P2P pour échanger des fichiers se sont repliés au fil du temps » à cause de la répression… Il n’y a finalement pas tant de répression que ça… ça pourrait peut-être convenir de rester dans la situation actuelle, non ? Une « illusion » de répression qui limite le jeu… et ceux qui y tiennent vraiment peuvent quand même le faire… ou non ?

    Interrogations (réelles).

  7. Effectivement, Calimaq à raison, ma proposition est très minoritaire, actuellement un poignée de gens l’ont compris, et je demande à l’exposer au CNN. Je dois être fou et prétentieux d’avancer un truc pareil; le « Partage Marchand ». Je joue en effet très gros, car c’est toute ma réputation, ma compétence et ma carrière de chercheur qui seront remis en cause s’il s’avère que ma ‘Théorie du Partage Marchand’ est une fumiste arnaque ou simplement fausse. C’est pour cela que je demande partout des critiques scientifiques et techniques…et pour l’instant, les signes sont au verts. Et si il y avait 1% de chance que j’ai raison, c’est toute l’économie numérique qui pourrait en bénéficier, cela dépasserait bien évidemment ma petite personne, qui ne demande pas à faire fortune ou à prendre la pouvoir, simplement une reconnaissance de paternité….et si cela fait le bonheur de milliers d’artistes, je serais le plus heureux des hommes. Mais en attendant, l’obstacle est la demande de légalisation du P2P public. Croyez vous que si je scane et dépose le BitTorrent sur mon site web de « La Théorie de L’information » d’Aurélien Bellanger, celui lui fasse plaisir ?….je lui demanderai. Si c’était légal, oui je pourrai envoyer paitre les avocats de Gallimard (ho combien jouissif !), mais aussi je ferai du mal à Aurélien, et ce serait bien dommage.

  8. @Karl
    un possible où la gratuité de toutes les oeuvres immatérielles s’imposerait au monde est une bombe à retardement…paupérisation des auteurs quand le Net permettrait justement de leur assurer un bon revenu. Même du coté consommateur, la gratuité n’est pas forcement un avantage; elle incite au gaspillage, à l’accumulation inutile, elle ne suscite pas l’envie, enlève toute notion d’appropriation. Dans le numérique, les inégalités riches/pauvres existent mais sont réduites naturellement par le temps consacré à consommer qui lui n’est pas extensible. Pour éviter un paywall sur le Net, il faut un moyen de payement simple, gratuit mais aussi des prix très faibles et donc évincer les intermédiaires n’apportant pas de valeur ajoutée artistique.

    1. Gaspillage ? Si on parle de copies numériques, la rareté me semble un risque bien plus grand que le gaspillage.
      Où est le problème à ce que quelqu’un télécharge plein de contenus, voire plus qu’il ne pourra en consulter ?
      Il faut oser voir la culture sous un autre angle que celui de la rareté. Les chansons populaires n’ont rien perdu en devenant populaires.

    2. un possible où la gratuité de toutes les oeuvres immatérielles s’imposerait au monde est une bombe à retardement…paupérisation des auteurs quand le Net permettrait justement de leur assurer un bon revenu.

      Aucune bombe à retardement. Dire cela c’est ignorer comment nombre de choses dans le monde sont réalisées. Vous semblez confondre travail salarié et rémunération sur la propriété intellectuelle. La plupart de la création intellectuelle aujourd’hui est faite en dehors de la propriété intellectuelle (De nombreuses entreprises travaillent à changer cela par les brevets, l’extension du droit de propriété intellectuelle, etc.) mais pour l’instant heureusement le monde n’est pas encore tout à fait vicié par ce droit. Quant à la paupérisation des auteurs, c’est une réalité d’aujourd’hui. La grande majorité des auteurs ne vivent pas de leur création. Ils sont employés d’autre chose, bénéficie d’une bourse, d’une richesse personnelle pour les plus nantis. Il ne faut pas confondre le 1% du star system avec la réalité du quotidien.

  9. Je reviens sur ces commentaires laissés en plan.
    @edaspet. Sur la rareté/rivalité, voir WP « bien immatériel ». Si vous pouviez trouver sur le Net des e-books ou des albums à moins de 10 centimes, cela peut rester très populaire, mais ce n’est pas gratuit et c’est ce petit détail qui change tout. (Voir le PM)
    @karl. Chacun a besoin d’une rémunération, appelez la comme vous voulez. L’attention n’a jamais permis d’acheter des pâtes. Vous pouvez être résignés comme vos ancêtres à considérer que la paupérisation des artistes est inéluctable (et accepter des injustices, rentes et autres pratiques non démocratiques), mais analysez au moins les propositions de gens qui prétendent que cela peut changer avec le Net. Merci de lire et de critiquer le Partage Marchand (http://en.wikipedia.org/wiki/User:Pelinquin/Merchant_sharing)

    1. Je suis très bien placé pour savoir le prix des livres, mais non, ça ne change pas tout justement. À 10 centimes l’auteur ne gagne virtuellement rien. Bref, non : factuellement ça ne change rien.

      Par contre tous les intervenants y sont de leur poche. Rien que les frais bancaires écrasent totalement le potentiel gain. Bref, c’est une posture totalement idéologique pour dire qu’on ne fait pas gratuit, et ce type de posture ne m’intéressent pas du tout.

      Quant à imaginer la gratuité de toutes les oeuvres, je n’ai vu personne y rêver, ce n’est pas du tout l’objet du billet – quand bien même, autant que les autres, je suis convaincu que vous êtes dans l’erreur sur les potentielles conséquences.

      Pour suivre votre réponse à Karl : Tout le monde a besoin de vivre. Je fais plein de choses sans rémunération, dont pas mal d’associatif, mais aussi énormément de gestes quotidiens. Votre position s’attache juste à l’idée que la création culturelle ne peut exister que comme métier – auquel cas, effectivement, il est juste d’y attribuer un salaire – mais cette idée est on ne peut plus fausse et ne correspond pas du tout à notre histoire.

      Et quand bien même, il y a plein de façons d’envisager la rémunération : du revenu d’existance au mécénat en passant par les dons ou la contribution créative chère à Calimaq.

      Je ne suis pas forcément pour abandonner le modèle actuel, mais dire qu’il est le seul imaginable c’est juste oublier que ce modèle est presque une anomalie temporaire dans notre histoire.

  10. Au risque de me répéter, prenez le temps de regarder la proposition de Partage Marchand et au besoin de la critiquer. C’est quand même ahurissant de ne pas vouloir considérer une source de croissance potentiellement énorme et soutenable, en période de crise! Après, libre à vous de rester dans votre obscurantisme.
    10 centimes x 1 million, cela fait 100.000€, qui permettrait de faire vivre un auteur. (ne me parlez pas de frais d’éditeur numérique sans vous renseigner sur le PM)

    1. Répétez, ahurissez. Il vous faudra admettre que des gens aient une vision différente sans pour autant que ce soit qu’ils n’aient pas lu ou pas compris votre discours personnel.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *