Entre équité et égalité des rému­né­ra­tions

Entre équité et égalité des rému­né­ra­tions

One of the expe­ri­ments that we are running in iwant­my­name since we star­ted is the « one-salary-expe­riment ». At iwant­my­name everyone earns the same. This sounds strange to many and I get asked a lot of ques­tions how this may work once we grow bigger and the honest answer is: « I don’t know, but so far it works » and I give that same answer since we star­ted 5 years ago.
culture at iwant­my­name – Part 1: The « one salary expe­riment »

J’ai vu plusieurs personnes envi­sa­ger des choses assez simi­laires dans des projets de SCOP. Je n’y crois pas. Pas tant que ça ne fonc­tionne pas – la preuve, ça fonc­tionne pour eux – mais parce que ça finit forcé­ment par être injuste.

Je suis prêt à envi­sa­ger de ne pas comp­ter l’ex­pé­rience, l’ex­per­tise ou la compé­tence dans l’équa­tion de la rému­né­ra­tion si tout le monde joue le jeu. Que le mana­ger soit payé autant que le person­nel de ménage ne me semble pas déli­rant. J’adhère tout à fait à l’idée que l’im­pli­ca­tion est l’élé­ment le plus impor­tant et que tous sont essen­tiels à la bonne marche de l’en­tre­prise.

Tout ça est une histoire de culture. Si la culture de l’équité ou de l’éga­lité sala­riale est forte, si tous vivent la même aven­ture, ce peut être sacré­ment posi­tif à la société dans son ensemble, même à ceux qui sont globa­le­ment pas si mal payés.

Ça permet aussi assu­ré­ment de décloi­son­ner les postes, de faire confiance à l’exé­cu­tant pour des respon­sa­bi­li­tés et de remettre en cause la déci­sion du mana­ger, parce que tout le monde est là au même titre : faire fonc­tion­ner l’en­tre­prise au mieux. Une rému­né­ra­tion pyra­mi­dale fige les respon­sa­bi­li­tés et empêche chacun de se sentir impliqué et impliquable de la même façon sur tous les sujets.

À dire vrai, le person­nel de ménage peut tout à fait se révé­ler un mana­ger excep­tion­nel mais il est peu probable que le mana­ger accepte de faire le person­nel de ménage long­temps, même à salaire iden­tique. C’est dire à quel point ces histoires de compé­tences et d’ex­pé­riences sont sur-évaluées. C’est juste la struc­ture géné­rale de notre société, rien n’em­pêche d’en inven­ter une autre.

Mais juste­ment, l’im­pli­ca­tion de tous est forcé­ment diffé­rente. Il y a toujours un président qui léga­le­ment a une respon­sa­bi­lité pénale que les autres n’ont pas. Certains, souvent les commer­ciaux, voyagent beau­coup et font des sacri­fices parti­cu­liers vis à vis de leur vie person­nelle. D’autres opèrent des astreintes ou se forment en continu sur leur temps person­nel. Etc.

Si on paye tout le monde la même chose, il faut une sacré­ment bonne culture commune dans la société pour que personne n’ait l’im­pres­sion d’être le pigeon de l’his­toire. Ça peut tenir, mais ça risque aussi d’écla­ter lors de n’im­porte quel coup dur au niveau person­nel ou au niveau de l’en­tre­prise.

Mais le nid à emmerde est encore plus loin, il est au niveau de l’im­pli­ca­tion person­nelle. Que faire quand un colla­bo­ra­teur a l’im­pres­sion de donner plus que les autres ? quand un autre se désim­plique de son travail et prend juste le tiroir-caisse ? Là il va y avoir senti­ment d’injus­tice.

Ces cas et le senti­ment d’injus­tice qui en découle existent aussi sur des struc­tures pyra­mi­dales mais ces dernières peuvent s’ap­puyer juste­ment sur la pyra­mide pour cadrer les impli­ca­tions de chacun, éven­tuel­le­ment modu­ler la rému­né­ra­tion via les primes et les augmen­ta­tions, ou évaluer le sala­rié en fonc­tion de ce qu’il vaut sur le marché (qui lui fonc­tionne avec des rému­né­ra­tions pyra­mi­dales).

Sur une struc­ture plus égali­taire il ne reste que la culture interne de la société. Elle a inté­rêt à être sacré­ment forte pour garder tout le monde à bord. C’est plus faci­le­ment le cas sur une société qui se créé mais il n’y a rien de magique. Deman­dez aux entre­pre­neurs combien de couples ou triplets se sont sépa­rés à cause d’un problème d’im­pli­ca­tion non homo­gène dans la direc­tion…

Pour autant le concept de rému­né­ra­tion pyra­mi­dale ne me sied guère. Je suis preneur de vos réflexions.

À défaut je suis parti­san de trans­pa­rence. Que les rému­né­ra­tions soient connues, voire discu­tées par tous, et pas unique­ment du haut de la pyra­mide vers le bas. C’est complexe, je ne suis même pas certain que ce soit légal en France, et ça demande là aussi une culture très forte dans la société, mais ça résou­drait une partie des problèmes.

J’ai briè­ve­ment fait partie d’une société de conseil qui voulait je crois tenter l’ex­pé­rience de la trans­pa­rence interne. C’est resté dans les cartons, de mémoire juste­ment pour des problèmes légaux liés à la vie privée. Dommage. Ils méritent tout de même bien un petit salut : coucou Octo.


8 réponses à “Entre équité et égalité des rému­né­ra­tions”

  1. « Les commerciaux qui font des sacrifices » est sous-jacent d’une culture où le motto est « je deviens commercial pour les bonus » et non pas « je deviens commercial parce que j’aime cela. » J’ai vu des développeurs et j’ai dû me battre contre de talentueux développeurs qui travaillaient trop pour gagner plus. C’est le même principe. Le salaire unique n’est pas l’unique raison d’un système, la qualité de vie, etc, l’est aussi. Tu ne pratiques rarement la justice par une inégalité de moyens. D’autant plus que dans ton diagramme au-dessus, la justice revient à payer moins ceux qui sont le plus nantis.

    Les gens qui ne s’impliquent pas, qui tirent au flanc, dans une entreprise sont moins dangereux que les gens hyper-compétitifs. Le problème de motivation venant souvent d’une désaffection vis à vis de l’ensemble du projet, ou d’un malaise par rapport à l’environnement. Le salaire et les primes ne sont pas les moteurs de la qualité de ton investissement. Ils peuvent attirer la quantité de l’investissement, mais ce n’est pas bon non plus pour l’entreprise.

    La possibilité d’être moins « compétitif » et moins « motivé » au sein d’un corps social est en fait très importante à l’harmonie de ce corps social. C’est une valeur que nous oublions souvent car notre lavage de cerveau de notre implication dans la société tient par « être socialement actif signifie être un bon employé. » L’enjeu est souvent face aux macros-systèmes. Les petites structures sont plus résistantes à ces expérimentations sociales, car la société extérieure exige une linéarisation des processus pour les gros volumes par soucis d’efficacité et d’optimisation… encore un autre enjeu quand cela tient au social.

    Je suppose que le salaire unique n’est pas la seule expérience sociale menée au sein de leur entreprise.

    • Je ne suis pas certain que ce soit forcément une question d’inciter à en faire plus. D’une façon où d’un autre le commercial va faire des déplacements, et donc s’investir différemment d’un président.

      Le fait que les deux fassent quelque chose qui leur plait est orthogonal à la question (et un emploi qui plait ne veut pas dire qu’il n’y a pas des parties moins marrantes).

    • Franchement je ne sais pas si le compétitif est plus destructeur que le non-impliqué. Pour moi le problème n’est pas de savoir si on s’implique beaucoup ou peu. Il est de ne pas être au niveau de ce qu’on a passé comme contrat avec le groupe, implicitement ou explicitement.

      Or même si la rémunération n’est pas le seul critère important, c’est tout de même la raison d’être de leur emploi actuel pour la plupart des gens.

      Si tu as une personne qui attend un curseur plus proche de « qualité de vie » que de « rémunération » que le reste du groupe, qu’en conséquence il s’investit un peu moins mais qu’en échange il profite à égalité de l’investissement supplémentaire des autres… ça peut fonctionner, mais ça peut être aussi explosif.

      Une façon habituelle de régler ça c’est de moduler la rémunération en fonction de l’investissement souhaité de chacun. Il ne s’agit pas de dire que tout le monde doit être également motivé et rogner sur sa vie personnelle, mais justement que chacun a le droit de faire son choix sans tirer seul le groupe ou se faire tirer par lui.

      Ce n’est probablement pas la seule solution, mais c’est bien l’objet des explorations de ce billet. De quel système rêves-tu ?

    • L’illustration traine franchement partout sur les réseaux. Les sources citées ne sont elles-mêmes que des relais et je n’en connais pas l’origine au départ, du coup je n’ai rien mis.

  2. Je vais prendre le pendant inverse :)

    Quand je faisais un job d’été lors de mes 17 ans, mon boss de l’époque m’a dit un truc assez vrai : le bon salaire, c’est celui dont on ne parle pas : en clair, il est suffisamment élevé pour l’employé, il est suffisamment « bas » pour que le patron s’y retrouve, bref il contente tout le monde.

    Je suis moyennement adepte de la transparence, justement parce que cela implique d’avoir des personnes suffisamment matures et détachées de l’argent pour pouvoir en parler. De ce que j’ai vu, ces personnes sont rares.

    Rien qu’à mon précédent job, y avait un gars qui ne comprenait pas pourquoi il n’était pas augmenté chaque année alors que son salaire était plutôt élevé pour son poste. Bien entendu, il faisait conneries sur conneries, ne faisait strictement rien côté extras… mais il tenait à gagner toujours plus. Le pire, c’est qu’il demandait systématiquement une avance à la fin du mois, fin de mois sans fric oblige.

    • le bon salaire, c’est celui dont on ne parle pas : en clair, il est suffisamment élevé pour l’employé, il est suffisamment « bas » pour que le patron s’y retrouve, bref il contente tout le monde

      Le problème est que parfois il n’y a pas de zone de recouvrement et que ça mécontente tout le monde. C’est même malheureusement fréquent.

      Je suis moyennement adepte de la transparence, justement parce que cela implique d’avoir des personnes suffisamment matures et détachées de l’argent pour pouvoir en parler.

      Je n’ai envie de travailler qu’avec des personnes matures. Sinon les problèmes ne surviennent pas que sur l’argent et sont plus fondamentaux. Je ne suis cependant pas certain qu’il faille s’en détacher. Nous (nous deux) avons probablement le luxe de pouvoir nous en détacher, au moins partiellement, mais ce n’est pas le cas de tous. Il faut savoir parler, comprendre, échanger. C’est déjà pas mal mais ça fait effectivement partie de mes critères de recrutement :)

    • Le problème est que parfois il n’y a pas de zone de recouvrement et que ça mécontente tout le monde. C’est même malheureusement fréquent.

      A payer les gens au lance-pierre, on ne récolte que des cailloux.

      Je n’ai envie de travailler qu’avec des personnes matures.

      Qui voudrait le contraire ? :)

      Sinon les problèmes ne surviennent pas que sur l’argent et sont plus fondamentaux. Je ne suis cependant pas certain qu’il faille s’en détacher. Nous (nous deux) avons probablement le luxe de pouvoir nous en détacher, au moins partiellement, mais ce n’est pas le cas de tous. Il faut savoir parler, comprendre, échanger. C’est déjà pas mal mais ça fait effectivement partie de mes critères de recrutement :)

      Je suis comme tout le monde, les fins de mois sont parfois bien sèches et je dois rembourser des crédits et gérer en bon père de famille selon l’expression consacrée. :)

      Je fais le choix de m’en détacher – déjà comme tu le dis parce que je le peux avec un toit au-dessus du crâne et à manger dans l’assiette – mais surtout parce qu’il y a vraiment plus important : je ne tire pas mon bonheur de ça.

      J’ai vu trop de personnes devenir connes à trop penser argent : pour avoir bossé dans des boîtes où les salaires feraient halluciner 95% de la population mondiale, trop d’argent rend bon nombre de personnes débiles. Quand tu vois un ancien collègue qui palpe 7 à 8000 € par mois se plaindre de ne pas gagner assez dans un boulot tout confort, même si je ne suis pas d’extrême-gauche-révolutionnaire, il mérite une paire de claques.

      Au contraire, même si on peut tout chiffrer diront certains , j’aime l’idée de me dire que je fais quelque chose qui n’a pas de prix en soi (pour moi) : écrire un article, s’occuper d’OpenWeb, aider à un projet sur mon maigre temps libre, etc. ce n’est pas achetable. Ce qui n’est pas achetable n’a pas de prix, donc c’est inestimable. :)

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