Aphan­ta­sie

Aphan­ta­sie. C’est le mot de cette fin de semaine.

Je pour­rais vous dire que je découvre ma diffé­rence mais ce serait mal résu­mer la situa­tion. Je réalise surtout que *vous* pensez diffé­rem­ment.

Je réalise que vous avez des images en tête, plus ou moins précises, parfois même de la musique. Je réalise que quand on vous dit de visua­li­ser une plage dans votre tête, c’est à prendre au sens litté­ral et pas une figure de style. Je réalise que l’ex­pres­sion « voir » quelque chose dans le sens de « comprendre » ou « imagi­ner » ne vient pas de nulle part. Je me rends compte que les films ou séries TV avec le héros qui se fait des films comme Scrub ou Ally McBeal ne sont pas autant un exer­cice narra­tif que je l’ima­gi­nais.

Bref, j’ai pris une bonne claque dans la figure et ça va révo­lu­tion­ner ma vision de beau­coup de choses. Je découvre juste que 98% des gens réflé­chissent autre­ment. Pas unique­ment diffé­rem­ment au niveau du proces­sus, mais aussi presque avec d’autres sens que les miens. Imagi­nez un dalto­nien à qui vous appren­driez à 38 ans qu’en fait il y a deux couleurs distinctes derrière le rouge et le vert, et que c’est juste évident pout tout le reste du monde.

Tout est parti de Sara qui m’a donné le récit de quelqu’un qui faisait la même décou­verte. Lisez-le. Je crois que je pour­rais quasi­ment l’avoir écrit à sa place. Comme on m’a posé plein de ques­tions, je vais tenter de résu­mer plus ou moins (mais lisez le lien tout de même) :

Non, quand on me demande de visua­li­ser une plage, je ne visua­lise pas une image de plage. Je sais ce qu’est une plage. Si on me demande de dire de quelle couleur est le sable, je vais simple­ment choi­sir arbi­trai­re­ment une couleur dans les couleurs que je sais possibles pour le sable d’une plage. Je peux construire tous les éléments un à un, les avoir à l’es­prit, les mani­pu­ler, mais je n’au­rais pas plus d’image (ou de son). Je gère des concepts et des infor­ma­tions, mais pas une image. Jamais, quand bien même je le voudrais (du coup j’ai essayé).

Ce n’est pas une cécité intel­lec­tuelle pour autant. Je peux garder la dernière image en tête quelques centièmes de secondes voire quelques secondes en me concen­trant quand je ferme les yeux, comme en persis­tance réti­nienne. Je suis cepen­dant inca­pable de reve­nir en arrière même d’une seconde ou de voir un autre angle, c’est une image fixe.

Je peux aussi, en me concen­trant, visua­li­ser une image, une photo, un panneau, un dessin fixe que je vois régu­liè­re­ment ou dans une situa­tion forte. J’ai l’im­pres­sion de pouvoir le faire avec un nombre extrê­me­ment limité d’images, mais j’at­tri­bue plutôt ça à ma mauvaise mémoire qui filtre très fort tout ce qui n’est pas jugé « utile » (donc tout ce qui n’est pas pure infor­ma­tion). Je vois ces images sans préci­sion (je pour­rais dire de façon floue mais ce serait une descrip­tion trop imagée de ce qu’il se passe) et géné­ra­le­ment pas long­temps mais je les visua­lise quand même.

En consé­quence je ne sais pas visua­li­ser les paysages, les bâti­ments ou les visages, même des personnes très proches ou les lieux que je vois tous les jours, parce qu’ils n’ont pas une image fixe unique et forte­ment impri­mée.

Je devrais nuan­cer un peu : De mes expé­riences j’ai l’im­pres­sion de pouvoir avoir quelque chose si j’es­saye de visua­li­ser le couloir ou l’es­ca­lier de la maison de mes parents. Ca reste telle­ment évanes­cent et peu clair que je n’ose pas dire que j’y arrive mais il y a quelque chose. Je pense que c’est juste­ment parce que le plan de vision est toujours le même, assez pour que ça puisse s’im­pri­mer comme une image fixe.

Du coup je n’ai pas le visage des gens, leurs expres­sions, même de ma femme et de mon fils, mais je peux me rappe­ler une photo où ils sont, parce que cette dernière était sur ma table de nuit pendant long­temps. C’est assez pertur­bant de me dire ça.

Pour la même raison, je sais visua­li­ser un triangle (j’ai du essayer long­temps et plusieurs fois pour que ça vienne). Toujours de la même façon : Si je force, je peux voir un tracé géomé­trique. Il est toujours le même, avec les sommets notés A B et C. Ça ne fonc­tionne pas avec les autre formes géomé­triques et je n’ai aucune possi­bi­lité de le colo­rer ou de le défor­mer. Du coup je suppose que je me rappelle surtout un dessin vu mille fois à l’école, plutôt qu’une mise en image de mes pensées.

Hier je disais que je n’ai pas l’im­pres­sion de rêver en images non plus. Je n’ai pas tendance à me rappe­ler mes rêves, et surtout je ne m’étais jamais posé ce genre de ques­tions – n’ima­gi­nant pas que les autres puissent être diffé­rents. Est-ce que je récolte des infor­ma­tions qui me donnent une émotion ou est-ce que j’ai des images ? L’en­dor­mis­se­ment d’hier me laisse la ques­tion ouverte. Peut-être que les rêves ont un peu plus que l’in­ven­taire d’in­for­ma­tions brutes que j’ai dans mon flux de pensée conscient. Diffi­cile à dire.

Je n’ai pas plus de musique, d’odeurs ou de paroles. Je sais avoir des « ta ta tata » dans ma tête si je veux me rappe­ler une musique, mais pas diffé­rem­ment de si j’es­saye de fredon­ner (ne me le deman­dez jamais, c’est horrible). En fait c’est un peu comme si j’es­saye de me parler dans ma tête. En aucun cas je ne peux rejouer ce que j’ai entendu, ou me le remé­mo­rer ainsi (mais je saurais recon­naitre si ce qu’on me joue est la même musique que j’ai déjà entendu).

Je n’ai pas non plus de senti­ments qui reviennent en surface. Ou plutôt ils ne sont pas rejoués ou visua­li­sés. Me rappe­ler d’une situa­tion (mal)heureuse ne me rend pas (mal)heureux. En fait je ne comprends même que ça puisse être le cas.

Je peux repen­ser à quelque chose qui me stresse ou qui me rend triste et ressen­tir cette émotion, mais ce ne sera pas un rappel de l’émo­tion passée : Ce sera que la situa­tion me stresse ou me rend triste encore main­te­nant. Ce sera le senti­ment présent d’une réflexion présente.

Je me rends compte que vous êtes capables, à des degrés divers, de vous rappe­ler le visage d’un être aimé, une situa­tion heureuse. Je peux me rappe­ler les détails, les concepts, l’in­for­ma­tion que j’ai été heureux, je ne peux pas rejouer le passé. Quelque part, de ça je suis un peu jaloux.

* * *

Mais comment tu fais pour dessi­ner ? pour prépa­rer tes photos ?

Je dessine. Je sais où est placé l’oreille d’un chat alors je l’y mets. Je n’ai pas besoin d’un modèle mental pour ça. Je n’ai pas d’image mentale à reco­pier. Peut-être que ça peut expliquer en partie pourquoi je suis inca­pable de faire des dessins qui ressemblent à quelque chose mais je crois surtout que si je dessine mal c’est suite à un manque de pratique et d’exer­cice quand j’étais jeune. Je crois assez peu au « don » : Les gens qui dessinent bien ont surtout beau­coup de pratique, ou de la pratique très jeune.

Pour les photos j’es­saye. J’ima­gine des choses, je teste, je vois ce que ça donne. Ça peut aussi expliquer pourquoi je sors des centaines de photos par séance mais là aussi je me garde­rais bien de sauter aux conclu­sions et aux excuses faciles.

Et quand tu lis un roman ?

Même chose. J’ai des infor­ma­tions, pas une image. Si tu ne me dis pas comment est habillé le héros, je ne comble pas ce manque. En fait je ne le vois pas même pas comme un manque. Ça peut aussi tenir au fait que j’ai une lecture plus proche de ce qu’on appelle la lecture rapide que d’une lecture séquen­tielle. Je scanne plus que je ne lis, je prends les infor­ma­tions qui me semblent utiles à ma compré­hen­sion. Je ne lis même pas toujours les pages de haut en bas (oui, il m’ar­rive de scan­ner de bas en haut, quitte à reprendre un passage plus clas­sique­ment ensuite), et il m’ar­rive de lire très vite une page, puis d’y reve­nir le temps d’un coup d’oeil tant de repar­tir vers l’avant, incons­ciem­ment. Le résul­tat c’est qu’il est tout à fait possible que je ne sache pas que le person­nage est roux alors que c’est marqué partout, simple­ment parce que ça n’a pas servi dans l’his­toire. Géné­ra­le­ment je ne sais même pas comment s’ap­pelle le héros (mais je saurais recon­naitre le mot s’il est écrit quelque part).

Ne vous trom­pez pas. J’ai de l’ima­gi­na­tion. Plein (trop). Je lis d’ailleurs essen­tiel­le­ment de la SF et de la fantasy, et j’aime ça. Je dévore les livres quand je suis dans mes périodes « lecture ». Visi­ble­ment (le terme est amusant) j’in­tègre juste ça diffé­rem­ment de vous. Savoir ce qui tient de ma façon de lire et de l’aphan­ta­sie est diffi­cile à dire. Possible d’ailleurs que les deux ne soient pas tota­le­ment indé­pen­dants mais là aussi je me garde­rai bien de sauter aux conclu­sions.

* * *

Je crois que la ques­tion la plus diffi­cile c’est « mais comment fais-tu ? ». Je pour­rais la retour­ner : Comment faites-vous ? Comment faites-vous pour visua­li­ser des images, mais aussi comment faites-vous pour ne pas conce­voir des choses sans y attri­buer d’image, de son ou d’émo­tion ? Si je vous donne un concept mathé­ma­tique ou intel­lec­tuel, comment faites-vous ? Quelle image vous vient quand je vous parle d’aphan­ta­sie ? Si vous y arri­vez, pourquoi avez-vous besoin d’une image pour tout le reste ? Comment ce fait-ce que ça ne perturbe pas votre pensée ? Est-ce que ça ne vous donne pas en perma­nence des biais sur tout et tout le temps puisque vous avez déjà une image construite de ce dont vous parlez ?

Allez décrire la vision à un aveugle, la diffé­rence entre rouge et vert à un dalto­nien… Pire, deman­dez à un dalto­nien de décrire ce qu’il voit à la place du rouge. Ça n’a juste pas de sens. Qui sait, peut-être que déjà à la base chacun met le même nom sur la couleur mais la perçoit de façon diffé­rente.

Vous voyez la diffi­culté à décrire ? Je ne suis pas plus capable de vous expliquer comment je pense que vous n’êtes capables de me l’ex­pliquer. Il faudrait avoir vécu les deux situa­tions pour savoir réel­le­ment pous­ser les choses loin.

D’ailleurs je ne me place pas forcé­ment dans la posi­tion du dalto­nien. Si j’osais, j’ai plutôt l’im­pres­sion de vous ranger dans ces élèves qui ont besoin de bouger les lèvres pour orali­ser ce qu’ils lisent quand un adulte peut inter­na­li­ser sa lecture sans même subvo­ca­li­ser.

Fina­le­ment, n’est-ce pas ce qu’il se passe ? Vous êtes obli­gés de garder un support visuel ou audi­tif là où j’en suis aux concepts (ou pas ; peut-être que c’est une façon fantas­mée pour me sentir un peu excep­tion­nel dans un sens posi­tif ; il faut bien y trou­ver un avan­tage :-)).

Si vous avez des ques­tions, cepen­dant, n’hé­si­tez-pas, mais pensez bien qu’il va aussi vous falloir expliquer comment vous vous pensez, et ne pas simple­ment voir ça comme un manque chez moi. C’est diffé­rent, pas juste quelque chose en moins.

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18 commentaires

  1. « Finalement, n’est-ce pas ce qu’il se passe ? Vous êtes obligés de garder un support visuel ou auditif là où j’en suis aux concepts (ou pas ; peut-être que c’est une façon fantasmée pour me sentir un peu exceptionnel dans un sens positif ; il faut bien y trouver un avantage :-)). »

    S’eut pu, mais non, j’ai la chance de pouvoir m’appuyer sur les deux, visuel/auditif (en fait tout ce qui est lié aux sens), et le conceptuel, l’abstrait. Cela dit, ce n’est que ma façon de faire, il y en a surement bien d’autres.

    Au delà de tout ça, je suis espanté (comme ils disent dans le Sud) de voir à quel point le cerveau est malléable et qu’il offre des solutions quels que soient les outils dont il dispose !

    Il serait intéressant de poser la question de la « mécanique » mentale à des Aspergers, par exemple, je serais curieux de voir comment ils appréhendent ça.

  2. Je ne sais pas jusqu’à quel point nous pouvons dissocier les processus mentaux qui nous permettent d’appréhender notre environnement ou de résoudre des problèmes et tout ce qui a trait à la mémoire. Je ne sais pas pourquoi, par exemple, je me souviens très facilement des chiffres et pas du tout des visages. Pourtant, j’ai une mémoire assez visuelle. Enfin, c’est ce que je crois, parce que, par ailleurs, des constructions mentales comme le palais de la mémoire sont assez peu efficaces pour moi → https://fr.wikihow.com/construire-un-palais-de-la-m%C3%A9moire
    Du point de vue mnésique, rie n’est plus efficace que l’olfaction. Autrement dit, sentir certaines odeurs peut facilement faire surgir en mémoire des souvenirs associés : la colle Cléopâtre, son odeur d’amande et la petite enfance ou le normabille (la règle chelou en plastique jeune transparent et mou qui permet de dessiner des lettres en techno) qui sent exactement comme les couloirs revêtus de lino de mon école maternelle.
    Donc est-ce que ta mémoire est stimulée par les odeurs?
    Savoir aussi que chaque fois que tu rejoues un souvenir, tu le déformes.
    D’un autre côté, j’ai plusieurs fois expérimenté que si, à moment donné, tu te dis «ceci est important, je veux m’en souvenir», généralement, ça marche plutôt bien.

    Ta condition ouvre des questions intéressantes (y compris pour toi, je pense) : la dissociation mémorielle qui semble caractériser ta pensée te met-elle à l’abri des troubles de l’humeur ou de la personnalité? Est-ce que les méthodes habituelles de la psychologie ou de la psychiatrie sont utiles ou efficaces pour les personnes aphantaisiques? Cela te rend-il plus efficient pour certains actes et mois pour d’autres, avec une distribution différente que pour le reste de la population? Est-ce que cela a un impact sur tes aptitudes sociales? Ou est-ce que ça pourrait expliquer certaines situations que tu as déjà vécues sans comprendre une sorte de décalage avec l’expérience commune?

    Après, c’est cool, quelque part : chacun de nous a toujours tellement besoin d’être unique, différent et /ou spécial (le fait est que je pense que nous sommes tous et chacun unique, différent et spécial… par définition).

    Et puis, au final, est-ce bien important, tout ça?

    Merci, en tout cas, pour les échanges ce WE et pour les perspectives et questions que tu as ouvertes.

  3. > Donc est-ce que ta mémoire est stimulée par les odeurs?

    Je serai tenté par dire non, mais ça mérite exploration avant de faire une vraie réponse.

    Je n’ai aucune affinité aux odeurs. J’ai très peu d’odorat (je ne parle pas de construction de l’esprit, mais de sens réel). En général quand je sens quelque chose assez fortement ça me rend mal. Je fuis les rayons parfum et les rayons bougie dans les magasins, quitte à faire de gros détours.

    Bref, ayant déjà peu d’affinité avec l’odorat, ce n’est pas quelque chose dont je me rappelle et encore moins quelque chose que je reconstruis mentalement, mais pas certain que ça soit lié au sujet du billet.

    > la dissociation mémorielle qui semble caractériser ta pensée te met-elle à l’abri des troubles de l’humeur ou de la personnalité?

    J’ai l’impression de ne pas être très sensible aux émotions passées lors d’un appel à la mémoire. Ni positif ni négatif. Par contre je suis assez émotif malgré une apparence neutre que je me construis. Je ne sais pas s’il faut parler de trouble de l’humeur, mais je ne me sens à priori pas du tout immunisé.

    > Est-ce que les méthodes habituelles de la psychologie ou de la psychiatrie sont utiles ou efficaces pour les personnes aphantaisiques?

    Aucune idée (mais alors vraiment aucune).

    > Cela te rend-il plus efficient pour certains actes et moins pour d’autres, avec une distribution différente que pour le reste de la population?

    Je sais que j’ai une lecture très rapide, sans image ni subvocalisation. Je ne saurais dire si c’est lié, je ne veux pas faire de raccourci. Si ça l’est, ça peut être un effet que je qualifie positif.

    Je pourrais dire que j’ai du mal à voir ou me rappeler les visages mais je suis très loin d’être le seul donc je ne me sens pas de le mettre dans le négatif.

    > Est-ce que cela a un impact sur tes aptitudes sociales?

    Mes aptitudes sociales (ou absence de) il y a de quoi en faire un bouquin. Je serai bien incapable de faire des liens ou évaluer la chose.
    Une psy a lancé l’idée que cette caractéristique pourrait être à l’origine d’autre de mes particularités intellectuelles (dans ce sens ou dans l’autre). Ca semble séduisant mais va savoir…

    > Ou est-ce que ça pourrait expliquer certaines situations que tu as déjà vécues sans comprendre une sorte de décalage avec l’expérience commune?

    J’ai au moins en tête les exercices de Yoga/Relaxation où on demande de visualiser telle ou telle situation. Ca n’a jamais eu de sens pour moi, maintenant je comprends un peu mieux pourquoi. Maintenant il semble que ça soit ressemble aussi à un brassage de vent pour d’autres personnes qui ne se voient pas dans l’aphantaisie donc là aussi … pas de conclusion.

    Je comprends surtout les termes de vocabulaire, les détours de narrateur dans les séries TV.

    Les décalages avec l’expérience commune c’est un peu mon quotidien, mais je doute que ça vienne de là. J’ai d’autres explications bien plus solides.

    > Et puis, au final, est-ce bien important, tout ça?

    Je trouve ça intéressant d’explorer, de savoir, plus orienté « découverte ».
    Sur d’autres caractéristiques, ne pas généré une vraie souffrance donc j’ai tendance à répondre en réflexe : savoir comment on est est toujours important.

    1. > Je n’ai aucune affinité aux odeurs. J’ai très peu d’odorat

      Hmm… Es-tu sûr ? Tu le dis toi-même juste après. « quand je sens quelque chose assez fortement ça me rend mal.  » Peut-être que tu as beaucoup d’odorat et une hyper-sensibilité. Je ne supporte pas les magasins de savons, et les rayons parfums. Mais cela n’enlève rien à l’appréciation des différences olfactives. Aussi l’odorat est en partie une éducation.

      Quand on mange et souvent ce que l’on pense être du goût est très souvent l’odorat. Le goût est très pauvre si je me souviens bien. Quelquechose comme sept nuances (je ne mettrais pas ma main au feu), et l’odorat est très développé. Pas très important. Si je te dis en pensant au parfum cassoulet, camembert, baguette chaude, croissant, cuir, etc. Cela éveille un parfum en plus des autres sens. Après on a pas forcément des souvenirs pour tout non plus. Le camphre par exemple évoque pour moi, le vestiaire de Rugby de l’équipe dans laquelle jouait mon père.

  4. Bonjour,
    Je dirais que tu imagines mail la manière dont « d’autres » pensent. Je peux parfaitement traiter des concepts abstraits de manière abstraite. Il n’y a pas pollution d’images et de sons, il y a la possibilité d’y recourir. De même les émotions ne s’imposent pas dans un raisonnement abstrait- dans un souvenir douloureux, si.
    Par exemple si je réfléchis au démontage d’un moteur, je peux visualiser le schéma du moteur, je peux visualiser mentalement les pièces et faire l’opération « en avance » par l’esprit. Les images ne s’imposent pas, mais je peux les utiliser et les manipuler parce que c’est plus facile.
    Si j’imagine la maison de ma compagne, je ne pense pas « il y a un pot de fleurs là », un canapé là, un tapis de telle couleur, une chaise pliante de bistrot dans la cuisine”. Je ne l’ai pas mémorisée comme ça.
    Au contraire, je me promène en images dans mon souvenir, et je vois le pot de fleurs, je regarde le canapé, la couleur du tapis, et c’est à partir de ces images que je revois qu’il m’est possible de les décrire. Autrement dit je regarde les photos (ou plutôt le paysage 3D dans lequel je me déplace à loisir), plutôt que de rappeler des souvenirs conceptuels. Je grimpe l’escalier, je m’allonge sur le lit, etc.
    Si j’écoute dans ma tête un vieil album de Pink Floy, j’écoute un vieil album de Pink Floyd. Je ne me dis pas alors il y a un rythme comme ça, et une nappe de synthé, puis une guitare qui joue telles notes… Je l’écoute, et si je deviens capable de le décrire, c’est parce que je décris maintenant ce que je suis en train d’écouter maintenant… Sauf que je l’écoute en esprit.

    1. Je rejoins Swâmi Petaramesh sur la pensée concrète/abstraite qui n’est pas forcément binaire ou opposable.

      Eric, as-tu regardé la série TV « Sherlock » ?
      Sherlock Holmes fait preuve d’une grande mémoire, et c’est illustré par son Mind Palace, qui, évidemment, est visuel car on est dans une représentation filmique de l’histoire.
      Un extrait vidéo (spoilers) où on le voit manipuler sa mémoire : https://youtu.be/0FSKTndbwVo
      Il y a des concepts abstraits et des souvenirs d’images, de sons, c’est très visuel. Je trouve cela assez juste comme représentation de ma pensée, même si ma mémoire ne contient pas autant d’éléments que celles de SH.

      Liste des épisodes où son palais mental est représenté : http://sherlocked.wikia.com/wiki/Mind_palace

  5. J’essaie d’imaginer à quoi ressemble un esprit vide d’images et de sons. Je n’y arrive pas. La tentative même me saisit d’une forme d’effroi : ça me fout les jetons…

  6. « la dissociation mémorielle qui semble caractériser ta pensée te met-elle à l’abri des troubles de l’humeur ou de la personnalité? »

    Je suis quelqu’un de TRÈS anxieux et j’ai une tendance à la cyclothymie, donc je suis en mesure d’affirmer que non, pas du tout.

  7. Je sais ce qui m’intrigue par rapport à cette particularité et la photo. Quand tu fait une liste de sujets que tu aimerais aborder (cf. “rapport au corps”), c’est une liste de concepts que tu aimerais mettre en images, mais tu n’as pas encore en tête d’images précises.

      1. Ça, pour la photo, la démarche ne me surprend pas tellement. Comme dans de nombreuses activités de création, on « trouve » en pratiquant. Il n’y a guère qu’en photographie de studio avec objectif commercial clair, qu’on passe par une étape de « maquettage » (rough d’agence publicitaire) pour sécuriser le travail ; le photographe devient alors presqu’un simple exécutant.

  8. Zut, j’ai cru à un nouveau style littéraire (fantasy, aphantaisie, ça faisait sens), quelle déception !

  9. C’est passionnant ! Et avant que tu ne mettes le doigt dessus ce week-end, j’ignorais le principe d’aphantaisie. Je connaissais la prosagnosie (ne être capable de faire le lien entre un visage et une personne) et la synesthésie (association automatique des sens avec les idées), qui ressemblent à des particularités mentales hors norme.
    Cependant, en lisant ton billet, il me semble qu’on peut largement nuancer le fossé qu’il pourrait y avoir entre les uns et les autres. On dirait plutôt qu’il y a une palette de nuances entre les processus mémoriels de chacun. Pour faire simple, en bon béotien de la mémoire, je ne crois pas être 100% aphantaisique (quel horrible mot), ni 100% phantaisique (bon bref). Ce n’est pas nécessaire pour moi qu’à l’évocation d’une plage surgissent dans mes pensées une image de plage, cependant je peux l’invoquer si cela est nécessaire, après un effort de concentration. De même, le fait de parler de la Joconde ne m’impose pas une illustration immédiate. La tour Eiffel, si. Monolecte parlait de la colle Cléopâtre, avec de la concentration, je peux me souvenir de la sensation olfactive. En revanche, il en est autrement pour la musique. Je ne crois pas connaître de silence musical dans ma tête, à moins de l’imaginer volontairement. C’est un peu le phénomène « à la volette » (Kaamelot, Livre I tome I), autrement dit, le catchy tune… avec tous les détails, mais je ne m’en pleins pas, à partir du moment où il est possible d’en contrôler le contenu, la plupart du temps.
    Il me semble que chacun fait le tri selon les priorités qu’il s’est inconsciemment établies au fil de la vie.

  10. Ah oui un autre bizarrerie que j’ai constaté, la mémoire des voix.
    Penser à une personne et entendre sa voix, je peux le faire, mais impossible pour ceux que je côtoie tous les jours. Mes enfants, ma compagne, mes parents… C’est frustrant, mais je me dis que c’est parce qu’à les entendre au quotidien, il y a toute la palette expressive de leurs voix que j’entends, ce qui ne permet pas de ne mémoriser qu’un échantillon (quasiment caricatural, pensez à une vedette, genre De Funès, ce sont les stéréotypes, voire les imitations qui permettent de l’identifier).
    Ainsi, plus la palette est large, plus la mémoire se diluerait ?

  11. Bonjour monsieur,

    Je suis exactement dans la même situation que vous, point par point ! (forme des choses, l’idée de concept, les rêves, l’incapacité à voir des visages, les détails quand on lit …) Dans toutes les situations que vous posez, je m’y retrouve ! C’est très compliqué d’expliquer cette aphantaisie et vous avez trouvé les bons mots.
    Cela me rassure de ne pas être le seul dans cette situation, et de pouvoir lire un témoignage français.
    J’ai découvert ça il y a quelques années en discutant avec une amie, elle qui arrive à projeter des images avec des détails, des couleurs ; que ce soit les yeux ouverts ou fermés. Ça a était un choc pour moi de prendre conscience de cette différence.

    Merci à vous pour ce témoignage

    1. Bonjour, je viens de découvrir l’aphantasie, et je viens d’essayer d’expliquer à mon mari exactement ce que vous décrivez (mais plus mal!). Y compris la lecture scan. Pour les images, je ne savais pas que l’on pouvait voir un éléphant dans sa tête…
      Découvrir ça à 49 ans c’est assez troublant…

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