Nouveau gouvernement 

Réactions à chaud sur le nouveau gouvernement :

Je ne m’attendais pas à être enthousiasmé vu que je ne partage pas l’orientation principale d’Emmanuel Macron. Cela dit, malgré les remarques plus bas, si on omet le gros problème de Gérald Darmanin, la composition n’est pas si mal. Je craignais plus gênant. Tant mieux.

Renouvellement politique : On repassera. Gérard Collomb est d’ailleurs un symbole à ce niveau, autant par son parcours que par ses prises de position sur le sujet.
Avoir de nouvelles têtes n’est pas un sujet majeur pour moi au niveau d’un gouvernement (j’hésite même à dire « au contraire ») mais c’est Emmanuel Macron qui a quand même fait sa campagne sur le sujet. J’espère au moins que Jean-Yves Le Drian va abandonner son mandat au conseil régional sinon les déclarations de limitation de la campagne ne seront que de jolies promesses (chose confirmée depuis)

Recasage : Ce n’est pas vrai pour tous mais les trois ministres d’État sont parmi les soutiens de première heure les plus visibles. J’espère que ce n’est pas lié à des accords préalables. Je n’y parierais pas.

Féminisme : Emmanuel Macron avait dit espérer une femme comme premier ministre et avait explicitement promis un ministère plein et entier pour les droits des femmes plutôt qu’un secrétariat d’État. On n’aura eu aucun des deux. Promesse cassée avant même de commencer à gouverner.
S’il y a bien la parité, on note tout de même que globalement ça s’est fait en complétant les ministères les moins prestigieux : Aucune femme dans les ministres d’État et les deux seuls ministères sous tutelle sont ceux de femmes. Les mauvaises langues diront que les deux ministres sous tutelle n’ont échappé au secrétariat d’État que pour permettre de dire qu’il y a parité.

LGBT : Gérald Darmanin est connu pour ses positions homophobes et son opposition au mariage pour tous. Bref, *le* vrai problème de ce gouvernement, mais on savait Emmanuel Macron déjà léger sur le sujet.

Santé : Agnes Buzyn n’a pas été vraiment très positive sur les questions des conflits d’intérêt dans l’industrie pharmaceutique. (mediapart)

Droit d’auteur : Le ministère de la culture c’est déjà subvention et lobby des ayant-droits. Avec une éditrice il y a peu de chances que ça change, et c’est plutôt confirmé par ses positions. Je ne la connais pas sur le reste donc je n’ai pas d’avis plus détaillé.

Écologie : C’est super mitigé. On a quelqu’un qui croit réellement à l’importance de l’écologie, et à un ministère d’État. Sacré signal positif. Ce que j’espère c’est qu’il s’agit plus que de la communication. Le choix de Nicolas Hulot et un ex-Areva comme premier ministre me font douter. J’attends de voir.

Handicap : Je ne la connaissais pas mais j’entends du bien de la nouvelle secrétaire d’État depuis les annonces. Positif donc.

Contradictions internes… vote blanc et abstention

Il n’y ici aucune injonction à quoi que ce soit. Mon choix est déjà fait. J’espère forcément que vous ferez le même mais ce n’est pas de ça dont on parlera ici. 


France insoumise a organisé ces derniers jours une consultation à propos du second tour de l’élection présidentielle. […] cette consultation a permis l’expression de 243128 insoumis.es et donne à voir des avis partagés :
– 87818 insoumis.es, soit 36,12%, pour un vote blanc ou nul;
– 84682 insoumis.es, soit 34,83%, pour un vote Emmanuel Macron;
– 70628 insoumis.es, soit 29,05%, en faveur d’une abstention.

D’après les réponses qu’on m’a faites, c’était une consultation en ligne ouverte uniquement aux adhérents et avec uniquement ces trois options.

Je trouve quand même très ironique qu’un partimouvement qui a à son programme la reconnaissance du vote blanc dans les suffrages exprimés… ne permette pas le vote banc dans sa propre consultation interne.

Rien de grave mais je m’autorise à trouver ça amusant, ironique même.

Fixer le droit de vote à 16 ans, instaurer le vote obligatoire et la reconnaissance du vote blanc comme suffrage exprimé et généraliser la représentation proportionnelle

Plus loin dans l’ironie, au programme de la France Insoumise on trouve « instaurer le vote obligatoire » au chapitre de l’Urgence démocratique.

Bref, je trouve aussi amusant de voir qu’on peut vouloir instaurer le vote obligatoire aux élections mais soi-même souhaiter s’y abstenir. Ils sont quand même 29% à ne pas y voir de contradiction. Ce n’est pas une anecdote.

On pourrait d’ailleurs penser que les militants actifs qui promeuvent le vote obligatoire seront plus volontaires que la moyenne pour participer aux consultations internes de leur propre mouvement. La participation est en réalité de seulement 55%, ce qui est plutôt très bas. Ironie quand tu nous tiens…

* * *

Les mauvaises langues diront que permettre le vote blanc à la consultation aurait risqué de mettre en valeur le choix qui n’était pas proposé, celui de Marine Le Pen.

Il faut dire que 20% des votants de Jean-Luc Mélenchon prévoient de voter pour elle au second tour. Je sais que tous les votants ne sont pas des adhérents mais on peut supposer que le chiffre n’aurait pas été nul. 20% de votes blanc à une consultation où le seul choix manquant était de voter FN, ça aurait été assez dérangeant.

J’avoue que l’absence de ce vote blanc est du coup une esquive un peu facile.

Étant donné l’attachement profond de la France insoumise aux principes d’égalité, de liberté et de fraternité, le vote Front National ne constituait pas une option de la consultation.

Invoquer les valeurs du mouvement aurait pu être pertinent… s’il n’y avait pas eu exactement la même contradiction en proposant l’abstention au second tour. Là il y a une différence de traitement difficile à expliquer.

Et puis… proposer le choix de Marine Le Pen et montrer qu’il était non significatif aurait justement eu une sacré classe qui aurait coupé la chique à tous ceux qui reprochent au mouvement de participer à l’élection du FN.

Je sais pour qui voter (seconde édition)

Le climat aujourd’hui est détestable. Impossible de dire quoi que ce soit sans être agressé. Il y a un acharnement militant jusqu’à l’overdose. On en vient à espérer que les proches ne parlent pas politique. 

J’ai pensé ne pas publier ce billet, pour ne pas ajouter à la polarisation militante ambiante. Je me rends compte aujourd’hui combien je trouve l’idée de l’auto-censure gênante, dangereuse même. Il s’agit de laisser les intolérants nous empêcher de réfléchir et d’échanger. Il s’agit de les laisser nous dicter quels sujets doivent leur être réservés, simplement par fatigue.

Alors je publie tout de même. Je ne convaincrai certainement personne mais ce n’est de toutes façons pas le but. Je publie pour moi, pour me libérer, pour réfléchir à haute voix. Je publie pour partager, pour contribuer, pour enrichir les réflexions des autres comme lire les autres enrichit les miennes. Pas plus.

Votez ce que vous voulez, ou ne votez pas si vous ne le voulez pas. Je ne dicterai pas vos choix. Je dis juste que le mien est fait.

Je sais que je vais voter

Je sais que je vais voter parce que le choix est restreint. Il n’est plus question de vote stratégique ou de vote de confiance. Il n’est pas question de faire une sélection. Il s’agit juste de savoir lequel des deux je préfère.

Leurs choix sont si différents qu’il me parait inimaginable de dire que « ça reviendra au même ». Et si ça ne revient pas au même, alors je veux choisir.

Ne pas assumer mon choix, me draper derrière une virginité, dire que je laisse les autres assumer leurs choix de premier tour… j’aurais l’impression d’être lâche. Comment puis-je espérer construire quelque chose si je ne suis même pas capable de traverser une difficulté de vote entre deux candidats ?

Les pauvres ou les étrangers

Il y a une sacré force dans le slogan et un fond de vérité quelque part.

Les mots ne sont que des images, mais tout le monde voit bien ce qu’il y a derrière ces images là. On ne parle pas que des étrangers, on parle des autres, ceux qui ne correspondent pas au stéréotype valide blanc quarantenaire hétérosexuel catholique parlant sans accent. Cela dit on ne parle pas non plus des pauvres, on parle aussi des non-favorisés, de ceux en difficulté, de ceux qui n’ont pas les moyens, pas le relationnel, pas la chance, pas la connaissance ou simplement pas l’opportunité.

Parfois ces gens sont les mêmes, souvent, et ce n’est pas un hasard. Je ne crois pas que Marine Le Pen défendra particulièrement les pauvres si ce n’est pas pour les opposer aux pauvres qui sont hors du stéréotypes. Cela dit je ne crois pas qu’Emmanuel Macron défendra particulièrement les étrangers si ce n’est pas au bénéfice du système économique.

Je ne crois pas ou je ne crois plus qu’exclure les uns soit mieux qu’exclure les autres. Aucun ne mérite plus ou ne mérite moins. Exclure, stigmatiser et mettre au banc de la société peut dans les deux cas, en plus de l’impact sur les populations concernées pendant le mandat lui-même, avoir des effets long terme très dommageables pour la société, de l’exclusion à la haine.

Je comprends que celui qui se sente plus pauvre puisse voir en Marine Le Pen une alternative moins dramatique pour sa vie. De même que je comprends que celui qui se fait systématiquement renvoyer à son extra-territorialité potentielle ou sa minorité réelle ou supposée puisse voir en Emmanuel Macron une alternative moins dangereuse pour sa vie, peut-être même un espoir de liberté.

Ne vivant aucune des deux situations, je serais bien illégitime à le reprocher à un quelconque des deux.

Et pourtant je sais pour qui voter

Je sais pour qui voter parce que l’un des deux agit contre les minorités tandis que l’autre se contente de négliger ceux qui ne sont pas de sa caste préférée. Je sais pour qui voter parce que l’un des deux cherche à ouvrir le pays et l’autre à le fermer. Je sais pour qui voter parce que la gradation des dommages n’a rien à voir.

Je sais pour qui voter parce que, même si je pense qu’il est dans l’erreur, l’un croit que son programme apportera un mieux à tout le monde tandis que l’autre cherche d’abord à exclure et à segmenter.

Tout ça ne fait aucun doute pour moi. Je préfère celui qui ignore la souffrance des autres à celle qui distillera la haine.

Certains disent que c’est choisir entre la peste et le choléra. D’une part je ne le crois pas. D’autre part, si on devait m’inoculer un des deux, la lecture des fiches wikipedia des deux maladies me laisse peu de doutes sur ma volonté de choisir. Oui, on peut choisir entre deux options dont aucune n’est idéale.

Malgré tout ce que je reproche à la vision humaine et économique d’Emmanuel Macron, à son modèle de société, je n’ai aucun doute sur ce que je préfère.


Je suis intéressé par ce que vous pourriez penser sur le même sujet. Publiez, Je vous lirai avec intérêt si vous expliquez votre cheminement et vos choix. 

Exceptionnellement, cependant, les commentaires sont fermés et j’aimerais que vous ne répondiez pas directement aux tweets ou toots annonçant le lien.

Publiez, mais faites-le chez vous, de votre côté. Faites-le pour partager et pas pour détromper, critiquer, pointer combien j’ai tort ou montrer à quel point je n’ai rien compris. Faites-le indépendamment de moi et de mon texte.

[Politique] Je sais pour qui voter

Je pense que l’important est dans l’humain, ses conditions de vie, à la démocratie, aux libertés civiles et à l’ouverture à l’autre plus que dans l’entreprise, l’économie, l’identité nationale, l’ordre et la sécurité. Je crois qu’autrui est aussi important que soi-même, et donc à l’importance du collectif. Je crois que l’écologie est une urgence aujourd’hui pour ne pas être un désastre demain.

Il parait que ça s’appelle être de gauche mais c’est plus complexe que ça.

Même s’il est de droite côté économique, j’ai des affinités avec François Bayrou en ce qu’il a toujours placé l’humain au centre.

Inversement je n’ai pas d’adhésion avec Manuel Valls et Emmanuel Macron. Le premier fait passer l’ordre et la police avant les libertés civiles, le second l’efficacité et l’économie avant tout le reste en plus d’avoir une vision presque royaliste des institutions.

 

* * *

J’ai des affinités fortes avec l’essentiel des points mis en avant dans le programme de Benoit Hamon. Je le vois avec les même priorités que moi.

Il ne semble y avoir aucune chance pour que Benoit Hamon soit élu mais au moins je vais voter pour ce que je crois, et montrer qu’il y a des gens qui veulent ce triptyque humanisme, écologie et Europe.

On se moque mais même s’il ne faisait que 7 ou 8%, c’est plus qu’énormément de candidats de présidentielles dans le passé, Jean-Luc Mélenchon compris. Bref, moi ça ne me semble pas vain.

J’ai hésité à voter utile. Pas contre Marine Le Pen – tous gagneront contre elle au second tour – mais justement pour participer à choisir qui sera éventuellement contre elle, et donc indirectement qui sera élu.

J’ai hésité à voter utile avec Jean-Luc Mélenchon. Ses chances ne sont pas nulles et ses priorités correspondent assez bien à celles de mon premier paragraphes. Il est plus cultivé et intelligent que ses discours parfois radicaux ne le laissent voir. J’ai plein de points de divergences, par exemple son protectionnisme, mais surtout je tiens trop à l’Europe et à la paix qu’elle apporte. Ajouté à mon manque de confiance dans la personne elle-même et ce qu’il pourrait faire… ça ne colle pas.