Étiquette : Chemin photo

  • [Photo] Respi­rer

    Je ne veux souvent pas répondre quand on me demande quelle était mon inten­tion lors de la prise de vue. Ça serait faire croire que le sens de la photo est là. Le proces­sus est telle­ment plus complexe que ça pour moi…

    La prise de vue n’est qu’un élément de toute la chaîne qui mène à la publi­ca­tion. Cet élément est majeur par rapport à mon chemin person­nel mais mineur dans ce que j’ex­prime.

    Je m’en sers comme d’une matière première qui permet ensuite des sélec­tions, des trai­te­ments, des décou­pages. Pas plus. C’est au travers tout ce proces­sus jusqu’à la publi­ca­tion que j’ex­prime quelque chose.

    Plus qu’une inten­tion unique, la photo finale est la super­po­si­tion de mes senti­ments et de mon état d’es­prit à chaque étape, chaque jour de ce proces­sus.

    La légende c’est le dernier trait, celui qui résume cet empi­le­ment lors de la publi­ca­tion, en fonc­tion de l’état d’es­prit au dernier instant de la publi­ca­tion. C’est aussi pour ça que je ne publie pas plusieurs photos simul­ta­né­ment, ça aurait peu de sens dans la démarche.

    L’in­ten­tion lors de la prise de vue ? elle n’a aucune impor­tance une fois partie inté­grante de toute la suite.


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  • [Photo] Conti­nuité

    Je tiens à cette pose, repro­duite avec chaque modèle qui se prête au jeu, même si un peu diffé­rem­ment à chaque fois. C’est une façon de tout lier, d’as­su­rer une conti­nuité malgré un contexte qui change.


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  • [Photo] Se voir autre­ment

    Se voir autrement

    Sur un portrait clas­sique on parle simple­ment d’ex­pres­sions, de style, d’ap­pa­rence. Fina­le­ment c’est une cara­pace de plus. Je cherche le corps qui existe en dessous.

    Je crois qu’un des plus beaux compli­ments qu’on puisse me faire en voyant les résul­tats est le « je ne m’étais jamais vue ainsi ».

    Dès qu’on touche au corps, le moi prend un autre sens. C’est un moi qu’on ne peut pas nier ou exclure, qu’on doit se réap­pro­prier quand on le redé­couvre.


    J’en vois trop qui font semblant de ne pas m’avoir lu dans ma seconde partie précé­dente. Accor­dez-moi un peu de temps pour lire, puis pour m’ai­der.


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  • [Photo] Séduire

    On dit qu’il faut cacher et suggé­rer mais mon approche n’est pas celle de l’éro­tisme. Quand une image avec une conno­ta­tion de séduc­tion de glisse sans la cher­cher, parfois nous avons tous deux envie de la garder avec la modèle. Celle-ci en fait partie.

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    Et comme à chaque fois que ça arrive, je me pose la ques­tion : Pourquoi est-ce que j’ex­clus l’éro­tisme et la séduc­tion de ma démarche ? Est-ce une barrière que je n’ai pas encore osé fran­chir ?

    Étran­ge­ment je trouve plus facile de deman­der à ma colla­bo­ra­trice une séance où on montre le corps, brut, sans cher­cher à parti­cu­liè­re­ment se cacher, que de lui deman­der de prendre une moue de séduc­tion sur un simple portrait serré.

    Chacun voit la porte de l’in­ti­mité à des endroits diffé­rents. La mienne ne se situe plus dans le corps, mais dans ce qu’on en fait. C’est déjà une étape qui fut bien longue à atteindre.


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  • [Photo] Rencontre

    J’ap­pré­cie d’au­tant plus cette séance que j’ai eu l’oc­ca­sion de rencon­trer quelqu’un de nouveau, et de mener la séance comme une rencontre, débu­tant par des discus­sions.

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  • Il écrit à la photo­graphe qui a osé retou­cher les photos de sa femme… Une lettre formi­dable

    Ces photos sont très belles et vous êtes mani­fes­te­ment une photo­graphe de talent… mais ce n’est pas ma femme. Vous avez fait dispa­raître chacun de ses « défauts ». Même si je suis sûr que c’est elle qui vous a demandé de le faire, vous avez enlevé tout ce qui a fait notre vie.

    Lorsque vous enle­vez ses verge­tures, vous enle­vez le souve­nir de ses gros­sesses et de nos enfants. Lorsque vous enle­vez ses rides, vous enle­vez deux décen­nies de rires et de soucis. Lorsque vous enle­vez sa cellu­lite, vous enle­vez son amour pour la cuisine et pour tous ces plats que nous avons parta­gés.

    Je ne vous dis pas cela pour vous faire sentir mal. Vous avez juste fait votre travail. Je vous écris pour vous remer­cier. En voyant ces images, je me suis rendu compte que je ne disais pas assez à ma femme à quel point je l’aime et que je l’adore comme elle est.

    — via Posi­tivR

    Merci.

    On peut atté­nuer un peu, on peut ne pas montrer, mais quand on retouche pour chan­ger et masquer alors on nie la personne, qui elle est et ce qu’elle a vécu.

    Ça fonc­tionne sur les maga­zines juste­ment parce qu’on ne connait pas ces gens, qui n’ont pas à être réels. Ne perdons pas notre huma­nité.

  • Sortir de soi, se trou­ver un peu

    Sortir de soi, se trou­ver un peu

    Ne pas oser, ne pas risquer, avoir honte, peur du regard des autres, d’un juge­ment, d’ab­sence de perfec­tion appa­rente.

    * * *

    Et puis un jour on se met des coups de pieds au cul, parce que le chan­ge­ment devient quelque part indis­pen­sable.

    J’ai bous­culé ma propre honte, même si je conti­nue­rai proba­ble­ment à instinc­ti­ve­ment cacher mon corps encore long­temps.

    J’ai dépassé en partie ma timi­dité pour abor­der une ques­tion déli­cate avec des gens proches, pour eux comme pour moi. Tous n’au­raient pas osé, n’ont pas osé braver leur propre regard.

    Mais surtout je suis allé au bout du premier pas. Je remer­cie plus qu’elle ne le pense celle qui m’a fait confiance. Si cela a été si simple, c’est grâce à elle et à son approche.

    Une fois face à face, il a bien fallu se jeter à l’eau. J’ai expé­ri­menté, perdu de vue ce que je voulais créer et expri­mer, en suis clai­re­ment insa­tis­fait, mais j’ai obtenu un résul­tat, pas aussi mauvais que craint initia­le­ment.

    Mieux: J’ai laissé de côté mon habi­tude et j’ai partagé ce résul­tat tout en ayant pleine connais­sance de ses manques. Rien que ça…

    Un merci tout parti­cu­lier aussi à ceux qui mont retourné un feed­back profond, franc mais respec­tueux sur les photos, ou qui le font encore. Ils me permettent d’avan­cer.

    * * *

    Savoir que tout ça est un chan­ge­ment irré­vo­cable quand bien même les vieilles habi­tudes ne parti­ront pas d’un coup.

    Ne plus comprendre les réponses qu’on me fait, et qui pour­tant auraient été miennes il y a juste six mois. Se rendre compte combien tout j’était ridi­cule.

    Vouloir conti­nuer l’ex­pé­rience plus loin. Cher­cher de l’aide, d’autres colla­bo­ra­tions, mais avec une approche moins crain­tive. Seconde étape.

    Photo d’en­tête sous licence CC BY-NC par z rahen

  • Noir et blanc photo­gra­phique

    Noir et blanc photo­gra­phique

    J’ai entendu tout et son contraire sur le noir et blanc, qu’il est beau­coup plus diffi­cile à gérer car la lumière et les contrastes ne pardonnent aucune erreur, et inver­se­ment qu’il est plus simple car on s’oc­cupe de deux compo­santes en moins : la couleur et la diver­sité des sources lumi­neuses.

    La compo­sante qui m’in­trigue le plus c’est le sens qu’on y attache, moi le premier. Inva­ria­ble­ment, certains sujets ne se conçoivent qu’en noir et blanc, d’autres qu’en couleurs.

    Est-ce un exer­cice de style ? Plus son auteur cherche l’ar­tis­tique ou l’aca­dé­mique, plus la photo a tendance a passer en noir et blanc.

    Je n’ex­clue pas l’idée d’un simple mimé­tisme acadé­mique, parce que certains sujets sont trai­tés ainsi dans les modèles qu’on nous présente, mais je doute qu’il y ait unique­ment ça.

    C’est parti­cu­liè­re­ment vrai sur les portraits et quasi­ment obli­ga­toire sur du nu. La même image en couleur peut faci­le­ment donner l’im­pres­sion de gratuit ou de vulgaire. La même pose, en chair sans appa­reil photo et on détourne le regard.

    Le noir et blanc semble une façon d’ou­blier le sujet, de s’en déta­cher, de prendre du recul pour penser autre­ment, oublier qu’il s’agit de personnes ou de nudité pour parler d’un concept abstrait « artis­tique », même si au final rien ne change.

    C’est fina­le­ment très hypo­crite, mais je ne suis pas diffé­rent.

    Qu’est-ce qui vous fait passer en noir et blanc ? pourquoi ? Quelles émotions changent quand vous choi­sis­sez un rendu plutôt que l’autre pour la même photo ?

    Photo d’en­tête sous licence CC BY-ND par Florian

  • Rapport au corps

    Rapport au corps

    Notre rapport au corps est quand même bien tordu. Le moindre bout de peau est consi­déré comme à masquer.

    Oh, on s’en défend en montrant du doigts certains pays qui vont voiler jusqu’au visage, mais nous ne sommes pas si diffé­rents. Lais­sez une photo de décol­leté, un bout de fessier, et c’est à cacher pour ne pas faire peur aux enfants ou aux patrons (je laisse à d’autre l’ex­pli­ca­tion du pourquoi les deux tombent dans la même caté­go­rie).

    Nous sommes en fait bien plus hypo­crites, en créant des contextes très norma­li­sés, chacun avec son bout de peau qui a le droit ou pas le droit d’être montré. Mettez un bikini hors de la plage, ou des simples sous-vête­ments à la place d’un maillot de bain pour­tant pas plus couvrant, et voilà l’at­teinte à la pudeur.

    Nous menons la cari­ca­ture assez loin pour pouvoir montrer à peu près tout ce qu’on peut imagi­ner tant que c’est pour vendre sur une publi­cité, mais en paral­lèle on invoquera le bien être des enfants à la moindre nudité partielle, voire pour un soutien gorge un peu visible.

    Comment en est-on arri­vés à trou­ver le corps de l’autre scan­da­leux et le notre honteux ? Ce revi­re­ment est rela­ti­ve­ment récent au moins dans notre pays, deman­dez à la géné­ra­tion de mai 68. Mais surtout, pourquoi cédons-nous en conti­nuant à cacher les corps, leur repré­sen­ta­tion, et à les étique­ter pour encou­ra­ger ce tabou ?

    Photo d’en­tête sous licence CC BY-NC-ND par Martin Bause­wein