Mans­plai­ning


Fati­guant aussi de voir que ceux qui luttent contre le sexisme en font eux aussi dans leur réac­tion.

Chacun a son biais, son prisme de lecture. Vous, moi, les autres. D’un côté ceux qui, de par un histo­rique cultu­rel sexiste, ont du mal à se déta­cher tota­le­ment de certains biais malgré toute la bonne volonté du monde. De l’autre ceux qui militent et qui eux même risquent de trop faci­le­ment de faire coller ce qu’ils combattent à ce qu’ils rencontrent. Je fais proba­ble­ment alter­na­ti­ve­ment partie de l’un et de l’autre, suivant le contexte.

Non seule­ment chacun a son biais mais il est extrê­me­ment diffi­cile de s’en abstraire, quand bien même notre inter­lo­cu­teur le pointe expli­ci­te­ment. Au mieux on prend souvent un autre biais, parfois l’op­posé.

Personne n’a *la* vérité, pas plus les concer­née que les autres (si tant est que dans la ques­tion seules les femmes sont concer­nées, ce qui me semble discu­table vu que juste­ment c’est aussi le compor­te­ment des hommes qu’il faut chan­ger). Peut être même encore moins d’ailleurs. Une visite au tribu­nal fait vite prendre conscience que malgré toute la compas­sion qu’on peut avoir, la victime est rare­ment la meilleure conseillère sur le juge­ment à appor­ter.

Ce débat sur le fémi­nisme avec des hommes blancs c’est rigolo, mais : fati­guant de repar­tir de zéro, pis j’ai un travail à faire :)

Bref, ça m’agace, et je trouve détes­table ce terme de « mans­plai­ning » et la pensée qu’il sous-tend. Wiki­pe­dia me donne « Expli­ca­tion faite par un homme a une femme sur ce qu’elle doit faire ou ne pas faire avec condes­cen­dance parce que cette dernière est une femme. »

Et fina­le­ment le feed­back de mans­plai­ning est une expli­ca­tion faite à un homme sur ce qu’il doit ou non penser sur le sujet du fémi­nisme, faite avec condes­cen­dance, parce que ce dernier est un homme.

Si vous ne trou­vez pas ça drama­tique­ment ironique, moi si.

Que la remarque soit justi­fiée ou pas, ça reste du plus beau sexisme. Si le seul feed­back qu’on trouve à faire à un homme dont on trouve les idées fausses voire stupides c’est qu’il les fait parce qu’il est un homme, il ne faudra pas s’of­fusquer d’en­tendre par la suite que d’autres ont d’autres idées stupides ou sont peu capables de faire X ou Y parce qu’elles sont femmes.

Peut être qu’en disant ça certains diront que je fais moi-même du mans­plai­ning. Ou pas. C’est bien tout l’objet du billet. Toujours est-il que je trouve le terme et son usage des plus crétins. Il existe d’autres variantes, entre autres pour le racisme, pas meilleures.

Si vous voulez me faire plai­sir et avoir une écoute d’au­tant plus atten­tive, peu importe que ça ne me soit pas destiné : évitez ça en ma présence. Je suis conscient des biais de chacun, y compris des miens même si je ne les vois pas. Par contre je me refuse à écou­ter celui qui n’est pas prêt à consi­dé­rer son inter­lo­cu­teur comme intel­li­gent et capable de réflé­chir.

C’est encore pire quand c’est juste une façon de refu­ser une vision tierce moins radi­cale, mais c’est un autre débat. Consi­dé­rer qu’une vision diver­gente est forcé­ment stupide, non éclai­rée, non réflé­chie ou extrê­me­ment biai­sée, c’est malheu­reu­se­ment commun et abso­lu­ment pas spéci­fique au sujet.


13 réponses à “Mans­plai­ning”

  1. Si le seul feedback qu’on trouve à faire à un homme dont on trouve les idées fausses voire stupides
    Non pas ses idées. Pas le fait qu’il expose/exprime ses idées non plus. Pas le fait qu’il soit un homme.
    Mais le fait qu’il explique à une femme ce qu’elle doit faire/penser.

    • Si on se contente de ça je n’ai jamais vu. Par contre j’ai plusieurs fois vu le terme opposé à quelqu’un qui disait « non ce n’est pas une bonne methode » ou « non je ne crois pas que… » voire « tu te trompes tu devrais faire…  » ce qui me semble très différent et reste au niveau des opinions et des idees. Même dans les plus mauvais échanges, tous sujets confondus (pas que celui là), j’ai rarement (jamais ?) vu quelqu’un dire « tu dois penser ca » ou même quelque chose d’approchant. Dans les exemples des liens postés sur twitter non plus (ou ça m’a échappé)

      J’ajouterai, si quelqu’un te dit ce que tu dois penser (et pas simplement qu’il pense tout autrement sur ce que tu devrais faire), est-ce parce qu’il est un homme ou parce qu’il est stupide (ou autre) ? stupidsplaining (ou autre) plus adapté que mansplaining ?

      Sinon le jour ça validera l’imbécilité comme quoi les femmes ne devraient pas parler [politique, science, informatique, sport mécanique, football, je ne sais quoi d’autre où elles sont sous-représentées] sous prétexte qu’elles y sont anecdotique et donc pas pertinentes pour contredire la façon de voir des hommes.

      C’est bien le terme que je déteste, pas le fait qu’on puisse critiquer les opinions de quelqu’un qui n’aurait pas compris le problème.

    • si quelqu’un te dit ce que tu dois penser (et pas simplement qu’il pense tout autrement sur ce que tu devrais faire), est-ce parce qu’il est un homme ou parce qu’il est stupide (ou autre) ? stupidsplaining (ou autre) plus adapté que mansplaining ?

      On parle de ce cas de figure quand il s’agit de féminisme ET d’un homme expliquant à une femme (victime de l’oppression) ce qu’elle doit penser/faire.

  2. Me considérant féministe et ayant fréquemment ce genre de discussion avec une féministe ultra-engagée, j’ai un peu de vécu sur le sujet et voici ma vision des choses.
    My bad si je me trompe ou si je fais des mauvaises interprétations, je fais ce que je peux :)

    « Et finalement le feedback de mansplaining est une explication faite à un homme sur ce qu’il doit ou non penser sur le sujet du féminisme, faite avec condescendance, parce que ce dernier est un homme. »
    En fait, le plus souvent, ce qu’il y a derrière cet argument, ce n’est pas « parce que ce dernier est un homme », mais plutôt « parce que comme ce dernier est un homme, il ne sait pas vraiment tout ce que les femmes endurent et ce qu’est vraiment être une femme, donc malgré tous ses efforts pour se mettre à la place des femmes, il est (toute proportion gardée) trop ignorant ».

    Ajouter à cela que comme ce genre de lutte contre l’oppression est épuisant et vécu en permanence par les oppresséEs, c’est difficile de garder la tête froide et de ne pas s’emporter.

    La réaction type, comme a eu mereteresa sur Twitter « Ce débat sur le féminisme avec des hommes blancs c’est rigolo, mais : fatiguant de repartir de zéro, pis j’ai un travail à faire :) » n’est pas très constructive, donc regrettable, mais totalement compréhensible : personne n’a énergie infinie et au bout d’un moment, c’est épuisant de répéter les mêmes choses.
    Pour ré-exprimer l’idée du début de mon post : Au fond, c’est juste une manière de dire « de par votre condition privilégiée d’homme blanc, vous êtes trop ignorants et ça me fatigue ». Mais effectivement, c’est une généralité discriminatoire, car il est possible qu’un homme blanc soit hyper calé sur le sujet. A mes yeux, elle dessert le reste du propos, mais je comprends…

    • Je comprends l’argument, mais il est dangereux. On le retrouve aussi dans la plupart des victimes d’agressions violentes. Le « tu ne peux pas comprendre tant que ça ne t’arrive pas ».

      Si un tiers qui n’a pas vécu la situation est un mauvais juge, la victime l’est aussi généralement. Chacun a son prisme, la victime autant que le tiers. La victime peut de plus être dans l’émotionnel face à ce qui lui est arrivé, ce qui n’aide pas non plus. Heureusement que dans les procès c’est un juge indépendant qui décide des sentences et qui juge de la culpabilité, pas la victime. Juge qui généralement n’a pas subit ce dont on parle, et c’est d’autant mieux.

      Bref, exclure ou diminuer l’importance des uns ou des autres sous prétexte qu’ils ont vécu ou pas, c’est voir le biais de l’autre et ignorer le sien. Le résultat vient probablement de compréhensions mutuelles et d’échanges.

      Là aussi, c’est un vrai sujet, pas spécifique au féminisme. C’est même un sujet bien central vis à vis de la place de la victime dans notre justice.

    • Sur le papier tout à fait d’accord.
      En l’occurrence, dans les sujets genre racisme, sexisme etc., les victimes disons « militantes » ont effectivement beaucoup plus de vécu, d’expérience et de connaissance que la personne qui essaye de se faire proche des victimes.
      Quasiment à chaque fois que je suis en argumentation assez agitée voire en désaccord sur un sujet de ce domaine, au bout d’un moment, je me rends compte « ah mais ouais, en fait elle a raison… ».

      Je suis peut être pas très clair, mais de mon humble expérience, le « tu ne comprends », c’est un problème de forme, car au fond, ça se révèle quasiment tout le temps juste, je suis ignorant et bourré de lacunes face à ceux (pour le féminisme, en grande majorité celle) qui luttent au quotidien depuis des années contre ça.

      Il faudrait corriger le « tu ne peux pas comprendre tant que ça ne t’arrive pas » par « tu ne peux pas comprendre tant qu’on te l’a pas expliqué en détail », car au fur et à mesure, normalement, on assimile quand même :)

  3. > car au fur et à mesure, normalement, on assimile quand même

    C’est surtout que les hommes refusent généralement d’accepter la réalité en face, parce que ça bouleverse intégralement tout leur système de valeurs, tous leurs repères, tout ce sur quoi ils se sont construit identitairement depuis l’enfance pour une énorme majorité d’entre eux.

    Rome ne s’est pas faite en un jour, on ne remet pas plusieurs millénaires de patriarcat en question sur un claquement de doigts.

    • Tout à fait d’accord avec la dernière phrase.

      Mais pour la première que dirais tu si je dis « c’est surtout que collectivement les femmes ne savent pas encore gérer l’argent et prendre des responsabilités parce que ça boulverse tout leur système de valeurs, leurs repères et tout ce sur quoi s’est construit leur identité depuis l’enfance pour une énorme majorité d’entre elles » ?

      OK pour dire que c’est difficile de remettre en cause une culture de société. Ca avance, mais jamais assez vite. Par contre si tu fais ce genre de phrase avec « les hommes » je te mets dans le même tiroir que ceux qui n’ont pas du tout évolué. Pire, puisque toi tu as conscience de ce qu’il se passe, donc plus l’excuse de l’environnement.

      Quant à considérer que si X n’est pas d’accord avec toi c’est *forcément* parce qu’il refuse la réalité, c’est un peu courte vue (en plus d’être une insulte à l’intelligence de la personne en face). Pour faire bouger la société il faut aussi accepter de prendre du recul soi-même. Commencer par considérer qu’on a LA vérité et que les autres n’ont forcément rien compris, c’est juste une voie de garage, quel que soit le sujet.

    • Sylvie,

      C’est surtout que les hommes refusent généralement d’accepter la réalité en face, parce que ça bouleverse intégralement tout leur système de valeurs, tous leurs repères, tout ce sur quoi ils se sont construit identitairement depuis l’enfance pour une énorme majorité d’entre eux.

      Je reformule la phrase juste pour mettre quelquechose en avant.

      C’est surtout que les femmes refusent généralement d’accepter la réalité en face, parce que ça bouleverse intégralement tout leur système de valeurs, tous leurs repères, tout ce sur quoi elles se sont construit identitairement depuis l’enfance pour une énorme majorité d’entre elles.

      Hmmm cela marche aussi… ok réécrivons encore un peu.

      C’est surtout que les humains refusent généralement d’accepter la réalité en face, parce que ça bouleverse intégralement tout leur système de valeurs, tous leurs repères, tout ce sur quoi ils se sont construit identitairement depuis l’enfance pour une énorme majorité d’entre eux.

      ok. En fait c’est une caractéristique de nos identités et de la construction dans un système de valeurs multi-facettes religieux, sexuelles, langues, régionales, etc.

      À mon avis, l’enjeu peut se formuler autrement. La société européenne en général (ainsi que de nombreuses autres dans le monde) sont construits autour de l’homme comme instrument de pouvoir. Et comme la société est façonnée pendant des siècles autour de cette notion clé, la remise en question de la place du pouvoir est un exercice difficile. D’autant plus qu’on (homme et femme) nous encourage à apprécier le pouvoir comme une valeur positive. Il est bon d’accéder à un poste à responsabilité. Il est bien d’être leader. Il est bien d’être une star. etc. Reconfigurer tous ces schémas prend beaucoup de temps et ne tient finalement pas tellement aux sexes mais bien aux échelles de valeurs attachées à un sexe donné. Et le phénomène se passe bien des deux côtés. Elena Gianini Belotti dans son livre Du côté des petites filles (à lire !) exprime très bien comment la société éduque toujours les filles à se conformer à un certain modèle et les garçons à un autre. Et pas seulement la société, nombre de femmes éduquent leurs enfants à devenir leur futur rôle. Tu seras un homme (chasseur), tu seras une femme (compréhensive).

      Et en effet la dernière phrase est juste, cela prendra beaucoup de temps, de larmes, de tendresses pour corriger les choses. Comme les mères et les femmes (écoles) sont encore très majoritaires dans le rôle de l’éducation des enfants, cela commence là. Changer les hommes ET femmes de maintenant, c’est très difficile et provoque du conflit (cela doit être fait mais avec moindre chance de progrès), apprendre aux garçons et aux filles de maintenant à être des adultes plus équilibrés, plus responsables, moins typés en revanche, c’est dans les mains de tous les parents (quand ils ont eu la possibilité de faire la démarche dans leurs têtes eux-mêmes. gros gros travail)

  4. Amusant, car autant je prétends être féministe, autant je ne me vois pas du tout comme militante.

    C’est rigolo parce que la citation Ce débat sur le féminisme avec des hommes blancs c’est rigolo, mais : fatiguant de repartir de zéro, pis j’ai un travail à faire :) c’est bien le seul propos que je peux regretter qu’on cite de moi en tant que réponse féministe.
    J’ai mis un smiley pour dire que c’était de l’humour, parce que souvent, c’est pas clair quand je fais de l’humour (mon avatar ?).
    J’ai moi aussi des réactions sexistes, mais j’avoue que poster un lien initial, en disant « tiens tout le monde devrait lire ceci » et qui me conduit à devoir expliquer à des hommes ce qu’est le mansplaining, je ne pensais pas que cela me conduirait à être citée.

    J’ai moi-même des réactions sexistes. Je n’en suis pas toujours fière, mais j’essaie de m’améliorer.

  5. Je prépare un billet sur les thèmes « Pourquoi le machisme me sert bien » et « je suis aussi dans cette société patriarcale », « mon humour est parfois sexiste ». Simplement, il me faut beaucoup de temps pour écrire mes idées, contrairement à Eric D.

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