Gérer son pota­ger

Propo­ser de l’auto-héber­ge­ment c’est comme recom­man­der aux gens de faire leur propre pota­ger quand ils te parlent des problèmes de la chaîne de distri­bu­tion alimen­taire (*).


Oui l’auto-suffi­sance alimen­taire est un énorme pas dans le bon sens. Non tout le monde n’a pas les connais­sances ou les compé­tences pour main­te­nir son pota­ger, les moyens finan­ciers d’avoir un terrain et le maté­riel perti­nent, ou simple­ment le temps à y consa­crer.

Même quand on a tout ça, on peut vite se retrou­ver avec une récolte à vide, ou obligé de déver­ser plus de pesti­cide et plus d’eau que ne le ferait une culture inten­sive.

Bref, c’est super, mais ce n’est pas la solu­tion magique à tout et pour tout le monde. Pas ainsi.

Certains feront leur pota­ger, mais plus par plai­sir ou convic­tion que comme source d’ap­pro­vi­sion­ne­ment. D’autres iront dans des AMAP, dans des circuits courts, au super­ma­ché bio ou soli­daire, à la supé­rette du coin, ou même au super­mar­ché en faisant atten­tion à ce qu’ils achètent, en fonc­tion de leurs moyens, de leurs contraintes et de leurs besoins.


L’auto-héber­ge­ment c’est pareil. Il vous faut un maté­riel adapté, une connexion Inter­net stable et suffi­sante, des compé­tences non négli­geables, et surtout pas mal de temps et d’at­ten­tion.

Main­te­nir un service en fonc­tion­ne­ment n’est qu’une petite partie du problème. Combien de ceux à qui on aura conseillé l’auto-héber­ge­ment vont se retrou­ver sans sauve­garde fonc­tion­nelle au premier inci­dent ? Combien vont faire une erreur et perdre leurs données ? Combien auront une qualité de service accep­table ? Et surtout, combien vont gérer correc­te­ment la sécu­rité ?

Genma parle d’éli­tisme. C’est un peu vrai mais il n’y a pas que ça. Même pour quelqu’un du métier, qui a les moyens finan­ciers et du temps à y consa­crer, une sécu­rité correcte demande désor­mais un inves­tis­se­ment déme­suré pour la plupart des besoins person­nels.


Je ne dis pas que c’est forcé­ment une mauvaise idée. La centra­li­sa­tion et la dépen­dance sont de vrais enjeux, la vie privée aussi, mais ne résu­mons pas ça à l’auto-héber­ge­ment.

Faites-le pour vous amuser, pour apprendre, pour tester, pour bidouiller. Faites-le si vous en avez envie, tout simple­ment. Aidez ceux qui veulent le faire.

Arrê­tez par contre d’as­sé­ner ça comme une solu­tion facile et univer­selle. Arrê­tez de faire culpa­bi­li­ser ceux qui délèguent et font confiance à un pres­ta­taire. Vous ne rendez service à personne, pas même à vos amis et votre famille à qui vous êtes en train de dire « mais si, sois dépen­dant de moi et mets-moi admi­nis­tra­teur sur toutes tes données, tu verras ce sera génial ».


(*) L’ana­lo­gie n’est pas de moi, je l’ai croi­sée récem­ment chez Clochix, merci à lui.

Mise à jour : Depuis, l’ex­cellent Aeris a parlé de ça en détail et avec bien plus de brio que moi. Allez lire.

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6 commentaires

  1. Comme on me fait la remarque :

    Ce billet est une humeur contre le militantisme trop souvent entendu du « vas-y monte ton propre serveur » et des conséquences qui s’ensuivent.

    Ce n’est *pas* une incitation à ne rien faire ou à rester chez les GAFAM. Il faudrait tout un billet pour faire une seconde partie alors je vais au moins pointer quelques pistes :

    Choisissez le service auquel vous allez vous connecter. Tourne-t-il autour d’un noeud central ou est-il composé d’une fédération de noeuds auto-gérés ? Qui a le contrôle sur votre identifiant (adresse, alias, nom) et que perdez-vous comme donnée ou comme relations le jour où vous souhaitez déménager ? Vos données sont-elles chiffrées côté client ? sinon qui y a accès et pour faire quoi ?

    Tous les logiciels ne sont pas égaux à ce niveau là, et Framasoft comme d’autres pourront vous aider à vous orienter.

    Il n’y a pas que les GAFAM. Il y a des professionnels qui sont respectueux (équivalent des supermarchés bio / circuits courts / magasin de confiance), et des associations ou groupes solidaires (équivalent des AMAP). J’ai au moins envie de parler des chatons.org mais il n’y a pas qu’eux et je ne veux pas inciter à croire que l’associatif est le seul espoir. Ce n’est pas vrai : Payer des gens pour faire un travail respectueux, ça fonctionne aussi. C’est même important de ne pas laisser le circuit professionnel/commercial uniquement aux requins et aux amoraux.

    Rien n’est gratuit. Ça demande du temps et de l’argent. Vous pouvez contribuer à un associatif ou payer mensuellement un professionnel, mais quelque part il va falloir donner de l’argent ou du temps, potentiellement les deux. La seule alternative c’est la solution des GAFAM : donner votre vie privée.

  2. En analogie, la différence serait surtout selon moi à savoir si avec ton potager, tu veux respecter toutes les normes (sécurité/traçabilité/etc.) auxquelles sont soumises les productions agricoles ?

    Parce que produire 30 tomates cerises dans son coin et avoir toute la traçabilité et toutes les contraintes… c’est pas la même chose. L’analogie trouve vite des limites :)

    Perso, je suis bien totalement incapable de gérer un auto-hébergement, alors je n’ose pas imaginer des gens qui ne baignent pas dans le métier.

  3. Ce serait bien aussi si on le présentait pas non plus comme « un investissement démesuré pour la plupart des besoins personnels. »

    Non. Ce n’est pas énorme. J’ai mis le truc en place, j’ai beaucoup appris et maintenant je renvois l’ascenseur. Mais je ne travaille plus beaucoup dessus.

    Donc de même que le potager, c’est un investissement important (au depart). Puis un travail regulier, de moins en moins pesant. Donc être mesuré dans ses propos.

    Le faire si on aime, avec la solution qui nous va (OpenBSD ? Yunohost ? Debian installé à la main ?…). Pas non plus pousser à ca pour tous. Pas non plus le décourager.

  4. Imaginons un système totalement automatisé :
    – où as juste à brancher électriquement une « box » à faible consommation
    – accessible simplement en local (wifi, eth, bt) avec une simple et belle UX
    – proposant des services essentiels pour un particulier ou une TPE codé en full libre
    – où chaque « box » connectée à l’internet ferait intégralement partie d’un réseau décentralisé (réseau mesh en IPv6)
    – où chacun peut partager les ressources de stockage (sauvegarde partielle et chiffrée, partage d’espace de stockage chiffrés, etc.) — pourquoi pas en échange d’une cryptomonaie

    Bref, une conjonction entre le NAS et le SaaS, pensé réseau décentralisé, totalement automatisé et communautaire. Technologiquement on sait le faire aujourd’hui, un des gros point dur est l’adoption et passer les box des opérateurs (et leurs contrat interdisant l’auto-hébergement).

  5. @Laurent Ça existe encore, les contrats interdisant l’auto-hébergement ? Qui en tenait compte, de toute façon ? Pour gêner l’auto-hébergement, les opérateurs comptent plutôt sur leurs techniques asymétriques, comme l’ADSL.

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