Démo­cra­tie — Accep­ter de ne pas la vouloir

Il est accep­table de souhai­ter ne pas toujours suivre la volonté du peuple. Ce peut-être que la popu­la­tion ne comprend pas, qu’elle n’a pas l’ex­per­tise, qu’il est impos­sible de toujours deman­der son avis au peuple sur chaque déci­sion, qu’il y aura toujours une majo­rité de mécon­tents quel que soit la déci­sion prise, que les avis sont trop divers pour trou­ver un consen­sus… Choi­sis­sez vos raisons ou ajou­tez les vôtres. L’exemple qui revient le plus est l’abo­li­tion de la peine de mort à une date où le peuple aurait proba­ble­ment voté contre.

Bref, ceci est un choix poli­tique et philo­so­phique tout à fait défen­dable. C’est même partiel­le­ment le choix de nos régimes repré­sen­ta­tifs occi­den­taux. Lors de la révo­lu­tion française démo­cra­tie était presque un gros mot, au même titre que déma­go­gie aujourd’­hui.

Par contre, si vous assu­mez ce choix de ne pas toujours suivre le peuple en tout point et en tout moment, accep­tez d’en­tendre que les déci­sions qui en découlent ne sont pas démo­cra­tiques, que le régime qui le permet n’est pas plei­ne­ment démo­cra­tique.

Peut-être qu’une démo­cra­tie pure et abso­lue n’est pas réaliste, ou même pas souhai­table. Ce n’est pas horrible. Il faut juste l’as­su­mer, et savoir mettre les mots dessus. Ça permet de prendre du recul pour savoir quoi amélio­rer, ou pour déci­der de la direc­tion à prendre.

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5 commentaires

  1. Je pense au contraire qu’il faut plus de démocratie, et voici pourquoi.

    De tout temps, l’État s’appuie sur un principe d’autorité tel que l’ordre, et la loi même, le défend envers et contre tout, y compris quand il s’agit de crime (voir par exemple les révélations récentes de disclose.ngo au sujet du Yémen).

    Parce qu’il y a une différence entre morale individuelle et morale de gouvernance ; celle-ci est, par nature, le fait du pouvoir dans ce qu’il a de plus de plus systématique, de plus gestionnaire, de plus technocratique – voir de plus inhumain. C’est constitutif et incontournable.

    D’autre part, la sociologie de l’époque montre que les gens prennent de plus en plus parti : il y a des effets néfastes, telle une polarisation trop forte, mais je crois qu’il est encore plus dangereux – et stupide – de vouloir contenir des engagements dans l’impuissance : ce n’est pas seulement contre-productif, et de là opposé à la gouvernance, c’est malsain pour toute la société, qui se prive là des mécanismes de résolution et de libération.

    Il faut aussi se demander ce qu’est un peuple ; à la différence d’une population, il se constitue ou se refond dans la population, selon la temporalité historique. Les effets de seuils du RIC par exemple représentent très bien cette caractéristique et assurent que le peuple à qui l’on donnerait plus de pouvoir est un peuple politiquement constitué.

    Quant aux dérives d’une démocratie « pure », c’est une simple question technique : si la peine de mort est déclarée anti-constitutionnelle, le danger est éliminé. Même si la démocratie pousse à être constituante (ce qui n’est qu’une facette dans la façon dont on peut avoir plus de démocratie), on peut très bien imaginer des procédés constituants encadrant les fondamentaux.

    Il ne faut pas oublier que l’émergence de ces questions est liée à des changements profonds surgissant lorsque des accords historiques (en l’occurrence, la représentativité du peuple par la classe bourgeoise) n’arrivent plus à répondre. Il est alors de la responsabilité du pouvoir de considérer et d’agir en conscience ; c’est ainsi qu’une situation devient plus saine. Aucun pouvoir ne gouverne de façon constructive contre un peuple qui se réveille.

    La question est au fond d’avoir un pays qui saisi sa chance en donnant forme aux énergies historiques, ou de les confondre et de les réprimer pour gouverner fièrement sur un pays meurtri, triste et découragé.

    1. Vouloir cadrer la démocratie par une constitution j’ai peur qu’on tourne vite en rond.

      Déjà parce que la constitution ne peut être fixe, elle doit pouvoir être amendée. On ajoute juste une difficulté mais on n’empêche pas la dérive, sauf à considérer que le peuple n’est pas responsable de définir ses propres règles fondamentales.

      Ensuite parce que les textes de haut niveau ne peuvent qu’empêcher les régressions. Non seulement ils ne peuvent pas permettre les avancées, mais en plus ils peuvent les freiner. L’abolition de la peine de mort peut-être protégée par la constitution mais la constitution n’aurait pas pu permettre sa décision.

      Enfin, ces textes de haut niveau s’interprètent en fonction du contexte sociétal. Hier on interprétait les mêmes droits de l’homme comme permettant d’exclure les femmes du vote. Aujourd’hui ce serait impensable. Aujourd’hui la constitution a permis d’exclure un taux marginal d’impôt sur le revenu à 75% alors que ça a existé par le passé avec les mêmes articles de constitution qui ont servi à l’exclure aujourd’hui. Bref, tout ça n’est pas si fixe qu’on ne le pense.

      1. En effet, l’histoire ne prend jamais fin. On peut avoir peur, c’est légitime j’en suis convaincu, ce pour quoi je voudrais insister sur l’enjeu.

        La question, comme j’essaie de le rappeler, est profonde et ne s’arrête pas à la constitution (dont je dis encore qu’elle est une question technique). Il faut bien comprendre ce que peuple signifie : c’est un moment collectif de constitution politique. Le manque de politisation, c’est précisément ce qui confine les populations dans des réactions conservatrices, réactionnaires et dangereuses. Confiner la population dans cet état de renoncement égoïste – ce qu’on appelle à notre époque, en toute innocence bien sûr, la société de consommation – c’est permettre aux pires élans de pousser. Ne les voit-on pas fleurir ?

        Avoir une responsabilité politique, c’est tout le contraire : c’est prendre conscience du rôle que l’on a à jouer vis-à-vis des autres. C’est une nature tout à fait opposée à celle du pouvoir gestionnaire, qui ne se choque jamais des crimes qu’il commet quand il s’agit de son intérêt : même Machiavel reconnaissait dans le rapport de force un principe vertueux auquel devait se plier le Prince.

        Le peuple, sa constitution politique, il faut alors le souhaiter parce que le pouvoir, il faut le contraindre à la légitimité de son exercice. Il n’y a pas mille façons…
        La multitude et la diversité politiques sont les garants permanents, pour peu qu’elles aient une voix, de ce qui va à l’encontre de la vérité unique, voire autoritaire, dont plus personne ne veut concernant le plus petit fait : c’est juste criant, nous sommes dans un temps historique et il appartient aux gouvernants éclairés de savoir y répondre vraiment.

  2. Ceci marque le dernier texte que je lis de vous. Je ne sais même pas pourquoi vous étiez dans mes flux RSS. Vive la démocratie. La vraie

    1. D’une, si vous pensez avoir ma propre opinion dans le texte ci-dessus, c’est que vous l’avez probablement mal lu. De deux, quel est l’objectif de ce commentaire ? Croire faire pression pour que surtout je n’écrive pas sur ce sujet faute de vous voir ne plus me lire ? M’informer que vous ne me lirez plus alors que je ne sais pas qui vous êtes ? Refuser de lire quoi que ce soit qui parle de nuance à votre propre position ?

      Non, vraiment, je ne vois pas la motivation de ce commentaire ni son sens, et je suis curieux.

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