Catégorie : Discriminations

  • Tes papiers ! Oh excu­sez-moi, Maître, je ne vous avais pas vu

    Je suis bruta­le­ment sorti de ma réflexion par l’ir­rup­tion de deux hommes en blou­son sombre, la mine pati­bu­laire, qui mettent une main puis­sante sur l’épaule de mon inter­lo­cu­teur.

     »Toi, tes papiers ! »

    Dans un premier temps je me dis « ton compte est bon, j’en étais sûr, il ne fallait pas venir, tu vas être témoin d’un racket, d’un vol de papiers d’iden­tité, si ce n’est victime toi-même ».

    Puis je réalise que les agres­seurs ont un bras­sard orange « police » et effec­tuent un contrôle d’iden­tité, en fait.

    La source m’in­cite à peu douter de la retrans­crip­tion de la formu­la­tion d’ori­gine. Plus agres­sif ça devien­drait une agres­sion.

    Plus que la discri­mi­na­tion ordi­naire du jeune-capuche-banlieu face au blanc-complet-avocat, c’est l’in­ter­pré­ta­tion qui suit qui fait écho :

    Vouloir savoir si c’est parce que la police harcèle les jeunes « des quar­tiers » que ceux-ci sont parfois agités ou si c’est parce que les jeunes   »des quar­tiers » sont agités que la police les contrôle en perma­nence et sans ména­ge­ments, c’est comme essayer de déter­mi­ner qui, de l’œuf ou de la poule, était là le premier.

    Sauf qu’il va bien falloir nous sortir de ce cercle vicieux.

    Car tant que les uns se senti­ront malve­nus et les autres stig­ma­ti­sés, l’on main­tien­dra chacun dans sa propre cari­ca­ture et le mur de l’in­com­pré­hen­sion conti­nuera de s’éri­ger entre une popu­la­tion et des repré­sen­tants de l’état, censés la proté­ger.

    Sous la robe

  • Le tribu­nal correc­tion­nel de Bordeaux condamne un délit de faciès

    « Le prévenu en situa­tion irré­gu­lière a fait l’objet d’un contrôle d’iden­tité dans le cadre de l’ar­ticle 78.2, posent-ils dans leur juge­ment. Ce contrôle a été effec­tué sur la base d’une tenue vesti­men­taire banale et d’une appa­rence physique de type nord-afri­cain. Ces véri­fi­ca­tions qui ont pour but d’iden­ti­fier des personnes suspec­tées de commettre des infrac­tions limi­ta­ti­ve­ment énumé­rées et défi­nies par la réqui­si­tion ne peuvent être utili­sés pour faire des contrôles discri­mi­na­toires.  »

    Le tribu­nal correc­tion­nel a donc annulé ce contrôle au faciès, « enta­ché d’ir­ré­gu­la­rité ainsi que toute la procé­dure qui a suivi »

    — Le Monde

    C’est bien la première fois que j’en­tends parler d’un contrôle au faciès reconnu comme tel en justice. Grande avan­cée.

    Plus qu’à espé­rer que ça fasse boule de neige. Faites un tour Gare du Nord à Paris, il ne faudra pas une demie-heure pour comprendre que les critères premiers sont la couleur de peau et le survê­te­ment-capuche.

    J’ai honte pour ma police quand des gens non typés cauca­siens me racontent leur fréquence de contrôle, moi qui n’ai jamais été contrôlé à 36 ans.

    Un gros merci au tribu­nal de Bordeaux pour son courage. Vu que par défi­ni­tion on ne peut pas prou­ver la discri­mi­na­tion sur un acte arbi­traire non motivé, il aurait été facile de reje­ter le motif discri­mi­na­toire, comme partout ailleurs.