J’adore ces photos douces, qui permettent d’oublier le côté terre-à-terre du corps. Tout le monde se voit avec plein de défauts. J’ai souvent la remarque « je ne suis pas comme les modèles que tu as déjà eu » et en fait si, toujours. Le regard des autres est tellement différent de celui qu’on a sur soi…
L’histoire n’est pas la même, mais je vous propose un second cadrage plus dans l’optique de la photo d’hier. Je suis intéressé par vos retours.
C’est évident après coup mais ce sont les photos de dos qui semblent provoquer le plus le regard des modèles après la séance. Ce ne sont pas celles qu’on a l’habitude de voir, et encore moins mises en valeur.
Je fais mes photos pour changer le regard. Changer le regard que j’ai sur moi-même et sur les autres, humblement parfois aider les autres dans le regard qu’ils ont d’eux-même.
Et ça fonctionne mais plus j’avance plus je me rends compte qu’il s’agit aussi d’accepter le regard des autres, ou au contraire de savoir passer outre et vivre sans lui donner trop d’importance. Que nous refusons-nous sous la contrainte du regard d’autrui ? Est-ce raisonnable ?
Parfois les images sortent difficilement. Celles qui suivront ces prochains jours ont mis plus de six mois. Mon parcours a évolué depuis mais si je n’aurais pas choisi ces situations aujourd’hui, elles ont toujours un sens. Certaines sont en couleur, ce qui est une exception dans ma production. Ça aurait été un sacrilège de ne pas en profiter ici.
Je parlais de croix il y a quelques temps, et sans le savoir j’ai failli donner le même titre à cette photo. Quand on enlève tout le reste pour se mettre à nu, pour révéler qui nous sommes, on s’aperçoit qu’il reste toujours quelque chose qui nous représente. À nu on ne triche pas mais on exprime toujours quelque chose de fort.
Je me moque copieusement de Facebook et de son filtre de respectabilité pour les photos. J’ironise sur les censures. On peut voir les corps mais pas de téton féminin ou de sexe. On en arrive a des situations délirantes où les artistes mettent des caches-téton sur les photos et où on bannit des photos de promotion contre le cancer du sein.
Je me moque mais finalement, en discutant photo avec des amis, je me rend compte qu’on fait bien les même idioties. Notre limite est juste placée un peu plus loin, en autorisant les seins et un peu de pilosité. Même pour des photos artistiques et intéressantes par ailleurs, j’écarte systématiquement celles où le photographe laisse le sexe apparant. Il faut qu’il soit caché ou hors cadre, à la limite dans l’ombre si on ne distingue pas grand chose.
J’ai l’impression de me faire dominer par des tabous stupides. Quel sens cela a-t-il de rendre honteux ou interdit quelques dizaines de centimètres carrés sur un corps sachant qu’on sait bien tous comment c’est fait de toutes façons ? Qu’il y a-t-il de si sulfureux à avoir un corps ou à l’assumer ?
Il y a quelques temps j’avais publié une photo quasiment uniquement pour sortir de ce genre de tabous. C’était finalement plutôt pudique et consensuel. Aujourd’hui j’ai presque envie de reproduire le tableau de Courbet, juste pour montrer qu’il n’y a là rien qui devrait faire faire honte, pour me montrer que je n’en ai pas honte.
L’origine du monde – Gustave Courbet
Ce tableau a déjà 150 ans, et rien n’a changé. Nous l’acceptons, mais à condition de ne le voir qu’à titre historique, en peinture et entouré d’un cadre.
J’ai encore fait une boulette. J’ai désactivé l’auto-focus qui patinait dans le noir sur une prise vue… et j’ai oublié de le rebrancher sur la suite de la séance. Le petit écran du reflex ne m’a pas permis de m’en rendre compte avant la fin.
Ce n’est pas la première fois. Flash secondaire éteint, ISO remontées trop haut ou baissés trop bas et jamais remis à un niveau raisonnable, compensateur d’exposition modifié et jamais remis à zéro, ouverture refermée et jamais réouverte… Il y a forcément un moment où j’oublie.
Je pense me préparer quelques jolis cartons colorés et jeter celui qui correspond par terre en plein milieu quand je pousse un réglage critique. Ça me sautera forcément à la figure au bout d’un moment si j’oublie de corriger ensuite. J’ai cependant peur que ça me coupe de ce que je suis en train de faire (ou que je me dise « mais non cette fois j’y penserai, c’est juste pour quelques instants »).
Et vous, comment vous assurez-vous que rien n’est oublié ?
Je fais les récapitulatifs des séances qui n’en ont pas bénéficié, quitte à remonter un peu dans le passé. Celle-ci était particulière pour moi.
La première séance avec quelqu’un que je ne connaissais pas déjà avant. C’est aussi la première qui a commencé par une discussion, et qui a du coup apporté quelque chose de particulier en plus de la simple photo brute.
Je n’avais pas publié le récapitulatif mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. Séance difficile, avec une pièce petite et encombrée, beaucoup d’erreurs de ma part, mais c’est aussi une de celle où j’ai fini par plus chercher un sens lors des développement plutôt que du simple graphique. Il en reste quelques photos qui vont rester dans la sélection.
Comme la précédente, si les textes sont publiés ici par fil RSS ou sur Twitter, vous avez l’intégralité des albums sur Flickr. Vos réactions m’intéressent, même quand elles ne sont qu’un j’aime ou je n’aime pas, un retweet ou un repartage. Surtout ne les retenez pas en pensant que vous n’êtes pas légitimes.
La croixMême cachéeContinuité (8126)Se voir autrementModèlePause et kimonoLa sécurité des portraitsLa sécurité des portraitsRespirerRechercheÊtre soiAccepterProjection
Peut-être trop de pudeur de mon côté, cette première séance homme a été bien plus courte que les habituelles. J’en garde quelques photos que j’aime bien, et des vues du dos qui me sont chères, mais je suis aussi frustré : J’ai l’impression d’avoir comme bégayé dans mon chemin. Je suis reparti avec plus de pudeur et d’hésitations que dans ma première séance féminine, mais en plus sans oser avancer frontalement. Il y a encore du chemin.
Je tente les mêmes positions mais les allongés me donnent immédiatement un ressenti différent pour les hommes. Là où il y a de la sérénité, de la beauté ou même de la séduction chez la femme, le corps masculin prend immédiatement une connotation de force. Allongé il devient soit agonisant soit survivant.
Comme pour les précédentes, je remarque après coup que j’ai privilégié une vue de dos, encore une fois. Il y a tout un chemin à faire, et une représentation à déconstruire. Finalement le sujet est bien plus intéressant que je ne l’ai perçu au départ.
Sans commentaire particulier. Les ombres sur les muscles, les omoplates et la cambrure du dos sont toujours exceptionnelles, quel·le que soit le modèle.