Espace Politique

Je me sens perdu dans l’espace politique : je ne trouve plus de force dont la stratégie et les ambitions me permettent d’accepter les désaccords.

Ça a toujours été un peu le cas mais par le passé j’avais quand même l’impression de pouvoir soutenir quelque chose avec suffisamment de points communs. Là je ne sais plus.


À ma gauche, j’ai LFI. Je ne suis pas en accord avec tout leur programme LAEC mais je peux faire preuve de flexibilité sur beaucoup de points d’accroche. En clarifiant certains sujets, en renversant le leader maximo et en faisant table rase, je pourrais accepter de dire oui, à défaut.

Cette clarification n’a pas lieu, au contraire. Les discours et actes me posent souvent problème, et pas qu’à la marge. On dit que les paroles s’envolent et les écrits restent. Pour la politique, j’ai tendance à penser que c’est l’opposé. Les paroles révèlent les intentions et les personnes. Les programmes ne sont que des promesses faites par un groupe dont les membres n’auront plus voix au chapitre ensuite. Le leader, la stratégie réelle et les quelques figures en vue, quant à eux, dépassent aujourd’hui ma capacité de compromis. Le risque est trop grand.


À ma droite alors ? Place publique n’est qu’un rejeu de l’extrême-centre actuel. Même stratégie de gauche raisonnable qui propose un peu de social au départ et qui tire vers la droite en méprisant les autres. Je ne comprends même pas qu’on puisse refuser l’exécutif actuel et proposer la même chose.

La droite dure a avalé le centre. Celui-ci n’existe plus. Nous avons eu du racisme, de l’autoritarisme, de la surveillance, du populisme, un délabrement de nos services publics, une explosion des gains des ultra-riches et des dividendes des multinationales. Qu’est-ce que je retire de positif ? Je ne sais même plus dire sans chercher.

Est-ce que je pourrais voter pour eux ? Peut-être, par élimination. Ça revient à choisir un problème majeur par sécurité pour éviter un risque immaîtrisable. C’est quand même difficile à avaler.


Je laisse la droite de côté. Pas par principe. Je peux voter pour une droite raisonnable si ma gauche présente un risque majeur.

Cette droite raisonnable, à mon plus grand malheur, n’existe plus. Le racisme, le mépris, le double discours, l’écrasement au profit des plus riches, tout ça s’est imposé jusqu’au centre.

La droite historique nous répète en permanence qu’elle est différente, mais lâche tous les six mois que la gauche est quand même le vrai ennemi, que l’extrême droite a quand même raison et que la seule différence entre eux, c’est l’apparence et la respectabilité. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est eux.

Si on me disait que Darmanin, Retailleau et quelques autres étaient des cadres du RN, je ne serais pas étonné. La différence est peut-être au contraire qu’ils ne font pas autant de concessions que le RN sur la politique libérale.


N’y a-t-il rien entre Place publique et LFI ?

Le PS, j’aurais pu dire oui par défaut, mais pas dans sa version Place publique. Ils n’ont toujours pas osé acter s’ils visaient à gauche ou au centre droit. J’ai l’impression que l’aile gauche a peur que ses membres ne soient plus personne s’ils se séparent. Moi je dis qu’ils sont invisibles tant qu’ils ne le font pas. Avoir une identité claire ne les empêchera pas de trouver une alliance large plus tard s’il en est besoin. Toujours est-il que je ne vois rien, et je n’en attends rien. Ils ont déjà perdu la bataille faute d’avoir voulu la mener.

Le PCF s’est perdu dans le siècle dernier. Ça lui donne un aspect réac à gauche, une combinaison incroyablement incohérente. Une partie de ses prises de position donne l’impression que le travail productif devrait primer sur le changement climatique et les droits sociaux. Pas tous, mais c’est ce qui ressort.


Chez EELV, il y a beaucoup de points d’accroche, avec une vraie identité, cohérente et continue. Je pourrais accepter leur refus du nucléaire avec un compromis mou de ne pas arrêter l’actuel. Si leur discours officiel est très « anti » parce qu’ils ne savent pas remettre en cause leur histoire, la réalité du débat interne me fait moins peur.

L’acceptation dans leurs rangs du courant « retour à la nature », qui doute de la science et pousse à l’ésotérisme, ça, ça me fait peur. Ils ne semblent pas prêts à se séparer de cette branche.

Coincés entre un PS qui ne sait pas où il est et LFI qui refuse de s’ouvrir à autre chose que son leader, les écologistes ne savent de toute façon pas trop se positionner non plus. Tant que c’est le cas, je ne les vois pas avoir un impact. Si tant est qu’ils arrivent à désigner un candidat.


Vous savez quoi ? Au-delà de ce paysage, ce qui m’empêche de m’accrocher, c’est que je ne vois personne oser.

Il est où le parti qui, au lieu de se chamailler sur les faits divers, est en train de porter la sécurité sociale à 100 % pour les soins nécessaires ? Il est où le parti qui va mettre fin à la démassification de l’éducation supérieure pour assurer l’avenir ? Il est où le parti qui ose dire que le débat n’est pas la voiture à essence, la voiture hybride ou même les pistes cyclables mais la refonte de notre modèle pavillonnaire et des longs déplacements domicile-travail ? Il est où le parti qui va mettre une taxe sociale ou écologique ? Il est où le parti foncièrement européen qui ose parler d’un cœur fédéraliste plutôt que d’une extension d’un système sans capacité de décision ? Il est où le parti qui parle revenu de base avec du concret derrière ? Il est où le parti qui ose dire que non seulement le problème n’est pas l’immigration mais que, vu notre pyramide des âges, on n’en a probablement même pas assez ?

Un parti de gauche, transformateur, avec des aspirations, ouvert, qui regarde l’avenir, ni gestionnaire ni nationaliste.

Il sera minoritaire. Je l’ai accepté. J’ai fait mon deuil. Mes aspirations semblent minoritaires. Il ne gagnera pas les grandes élections, mais au moins je pourrais me dire qu’il y a quelque chose en quoi je crois.

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  1. Merci d'avoir détaillé avec tant de précisions les bouts de raisonnements qui occupent mes pensées.

    J'imagine (j'espère ?) que nous sommes nombreux. Minoritaires mais nombreux.