C’est quoi l’art ?
J’ai entendu deux auteures littéraires parler d’IA, je crois sur France Inter. L’une disait qu’un auteur qui l’utilise n’avait pas compris son métier ; l’autre, que ça aidait parfois à relire et à débloquer la création par des suggestions. En écoutant la seconde, mon esprit a divagué : un échange avec un tiers permet d’avancer sans mener soi-même toute la réflexion, même si on ne suit aucune de ses suggestions.
Bref, j’ai voulu expérimenter. Je voulais voir où placer le curseur, ce que ça voulait dire. Je voulais deux bornes : l’une où l’IA ferait tout toute seule, l’autre où elle ne ferait rien. Je m’attendais à ce que les deux soient mauvaises pour des raisons différentes, et espérais pouvoir trouver un mieux intermédiaire. Ou pas.
J’ai tenté la première borne avec une nouvelle de 8 à 10 000 mots1. Je ne me suis pas contenté d’un simple prompt. J’ai déterminé l’organisation de l’agent et de son travail, piloté quelques règles de très haut niveau. J’ai donné un genre qui m’intéressait, des indications de style et quelques précisions. C’est tout, à ceci près que j’ai exigé que l’histoire ne vienne pas d’une œuvre existante et que le style ne soit pas la copie d’un auteur réel. Je n’ai même pas fourni de trame ni de contexte.
Je ne tenterai finalement pas d’autres positions du curseur. Je suis déjà impressionné. Je n’ai pas les compétences nécessaires pour juger de la qualité littéraire en soi. Je me contente donc de l’évaluer comme lecteur, du point de vue du divertissement. Ce n’est clairement pas la lecture du siècle ; je suis certain qu’un bon auteur ferait bien mieux et trouverait énormément de choses à y dire, mais ce n’est franchement pas mauvais, voire plutôt sympa par rapport à beaucoup de choses que j’ai lues jusque-là.
Et bref, est-ce qu’une œuvre littéraire produite par une machine est de l’art ? Est-ce même une œuvre ?
On me dit que la machine ne remplacera pas l’artiste, et j’en suis convaincu. L’artiste, pour moi, c’est quelqu’un qui s’exprime, qui dit quelque chose de son vécu, de son ressenti. Ça peut aussi être quelqu’un qui cherche à faire passer un message, à changer quelque chose, à faire réfléchir autrui.
Il y a une toute autre catégorie d’auteur — vous voyez, je n’ai pas dit « artiste » : celui qui cherche à faire ressentir quelque chose, ou à divertir. Aujourd’hui on met tout sous les termes art, création et culture, mais ça m’a toujours gêné. Le terme industrie culturelle me paraît plus adapté. C’est du service, du commerce. Une énorme partie de la production littéraire tombe pour moi dans cette catégorie.
Mon expérimentation appartient à ce second type. C’est une œuvre faite pour être consommée, pas une œuvre qui cherche à exprimer quelque chose ou à faire réfléchir.
Je ne fais pas de jugement de valeur. Les deux ont du sens, et de la légitimité à exister. Je sais aussi que la réalité se situe toujours entre les deux, à des degrés différents selon les œuvres et les auteurs. Je fais quand même une forte distinction entre ces types de créations.
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Environ 8 $ de Fable 5.1 en comptant les recherches initiales pour lui donner des compétences et règles de création littéraire. Une seconde nouvelle me coûterait probablement le tiers de ça. ↩
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