Petit calcul autour du revenu de base


Aujourd’­hui, un petit calcul autour du revenu de base. Pour moi l’idée a surtout du sens en ce qu’elle permet­trait à tous de vivre, c’est à dire un revenu de base au moins égal au seuil de pauvreté.

Pour rappel, le seuil de pauvreté est défini en fonc­tion du niveau de vie médian (et c’est logique, puisque ça dépend des prix et de la vie locale). On le situe en géné­ral à 60% de ce niveau de vie médian.

L’as­tuce c’est que si on donne la même somme à tout le monde, le niveau de vie médian augmente du même ordre de gran­deur. Au final on aura à peu près autant de gens sous le seuil de pauvreté.

Tout ça se calcule. Aujourd’­hui le niveau de vie médian se situe à presque 20 000 € par an, le seuil de pauvreté à 12 000 € par an.

Pour que le revenu de base passe au dessus du seuil de pauvreté, il faut que RdB ≥  (20 000 + RdB) * 60%. Un petit calcul plus tard, on obtient que pour vali­der cette condi­tion il faudrait un revenu de base à 30 000 € par an, soit 2 500 € par mois. À ce niveau on se situe dans l’illu­sion totale.

Heureu­se­ment il y a d’autres façons d’ar­ri­ver à cet objec­tif de mettre tout le monde au dessus du seuil de pauvreté.


9 réponses à “Petit calcul autour du revenu de base”

  1. Mais si on donne un revenu de base à tout le monde, calculer le seuil de pauvreté à 60% du revenu médian a-t-il encore du sens ? Naïvement, je dirais que non et qu’il faudrait tout remettre à plat.

    • Le seuil de pauvreté à 60% n’est pas une innovation française. On le compte ainsi dans les pays extrêmement pauvre comme dans les pays plus riches. Ça se base simplement sur l’idée que le seuil de pauvreté dépend du niveau des prix locaux, et aussi du niveau de vie local attendu. Le niveau de vie médian en est probablement un des meilleurs indicateurs : Il en est à la fois une cause (si les gens ont des sous disponibles, les prix augmentent mécaniquement) et une conséquence (si les prix sont hauts, les salariés ont tendance à réclamer plus de rémunération).

      Il est plutôt logique de penser qu’un niveau de vie minimum se fait forcément en fonction du niveau de vie moyen ou médian local : On vit mieux avec 200 € en Chine rurale qu’avec 300 € à Paris. Je ne vois aucun élément permettant d’écarter ce type de calcul pour le seuil de pauvreté une fois qu’on aura le revenu de base (pas plus que la méthode n’a changé quand on a injecté le RSA / RMI).

      J’ai peut être manqué cet élément, dans ce cas vous êtes tout à fait incités à l’apporter ici. Par contre évitons de simplement croire qu’il faudra se baser sur autre chose sans savoir ni quoi ni pourquoi.

      Note : On parle du niveau de vie médian, pas du revenu médian (la définition est différente)

  2. Je ne comprends pas d’où vient le 20 000 + RdB dans la formule. Tu considères que tout le monde va toucher le revenu de base en plus de ses revenus actuels (salaire, RSA, APL, allocations familiales, etc.) et que le salaire médian va grimper d’autant ?

    • C’est exactement le calcul, oui : On augmente tout le monde de X, et donc la médiane augmente d’autant.

      Cette médiane peut évoluer si tu assimiles le RdB avec différentes aides (donc en les supprimant). Dans ce cas la médiane va baisser et la répartition des niveaux de vie se tasser vers le minimum. Il va quand même falloir un RdB très haut…

      Imaginons que sur les 20 000, il y a la moitié de revenu et l’autre moitié d’aides diverses (ce qui me parait très nettement exagéré, les gens à la médiane sont à ma connaissance au dessus du SMIC, et n’ont pas le RSA), et que l’ensemble des aides. Le calcul devient « RdB ≥ (10 000 + RdB) * 60% ». Ça nous laisse un RdB à 15 000 € par an (1250 € par mois) pour être au niveau du seuil de pauvreté. Ça reste encore franchement important.
      Considérant à quel point j’ai probablement sur-estimé les aides à intégrer dans le RdB dans ce calcul, ça ne me parait pas forcément réaliste.

    • Désolé, mais ça me semble très naïf comme approche. On ne peut pas augmenter comme ça le niveau de vie de tout le monde. Le RdB va devoir être financé (suppression d’aides, impôts sur le revenus, augmentation de la TVA, ou n’importe quoi d’autres). Et le niveau de vie médian, avec ou sans RdB, devrait être à peu près identique. Et le seuil de pauvreté aussi, du coup.

      12 000€, ça fait 1 000€ par mois. Et comme c’est pour un ménage, qui est composé de disons 2 personnes en moyenne, ça fait un RdB vers 500€. Ça me semble être raisonnable.

      Je suis plutôt sceptique sur le RdB, mais pas pour ces raisons.

    • C’est toujours plus compliqué que ça :)

      Déjà on parle du niveau de vie médian individuel, pas du revenu médian par ménage. Il s’agit d’un revenu médian du ménage divisé par les unités de consommation (une sorte de quotient familial). Et le seuil de pauvreté est calculé en fonction du niveau de vie individuel, pas du revenu médian par ménage. Donc non, 1000 € par mois ça ne fait pas 500 € par personne mais bien 1000 € par personne.

      Après oui, il faut financer. Déjà tout le monde n’est pas totalement en phase avec la fusion totale de toutes les aides dans le revenu de base, donc ça reste une question ouverte.

      Ensuite quelqu’un qui a le niveau de vie médian ne bénéficie déjà plus de la plupart des aides. Et pourtant, en même temps, il ne paye pas beaucoup d’impôts actuellement (à peine plus de la moitié des foyers paye des impôts). Bref, c’est à priori croire que le niveau de vie médian ne bougera pas qui me semble naïf, ou qui au moins demande à être largement démontré.

      Même la question des allocations familiales est plus délicate. Pas mal de propositions du RdB s’adressent aussi aux enfants (éventuellement avec des revenus moindres). Donc d’un côté on retire peut être des allocations mais on ajoute un revenu qui est souvent supérieur à ces allocations.

      Je ne dis pas « tout ça n’est que des conneries », mais il y a bien trop d’analyses du RdB qui sont juste totalement à côté de la plaque à cause du calcul que j’ai fait.

      Ce que j’entends dans ma conclusion c’est que tout ça n’a de sens que dans le cadre d’une refonte totale du système fiscal. Et là la question n’est plus de savoir si on donne un même revenu à tous, mais combien les gens ont à la fin du mois en fonction de ce qu’ils gagnent par ailleurs.

      On peut tout à fait imaginer commencer le calcul en donnant la même somme à tout le monde puis en compensant avec des taux d’imposition exponentiels, mais c’est purement théorique et ça ne fait que complexifier le système.

      En pratique je préfère prendre une fonction qui a le revenu en entrée et le montant disponible après impôt en sortie. Pour certains ça sera un prélèvement, pour d’autres ça sera un crédit de façon à rejoindre le seuil de pauvreté. Pas de question de revenu de base là dedans, l’important c’est l’entrée, la sortie, et une formule simple au milieu. L’avantage ici c’est qu’il est aussi beaucoup plus simple de s’assurer que « f(median) = median » et que « f(0) ≥ seuil de pauvreté ». Pas besoin d’imaginer des impacts impossibles à prévoir.

  3. À défaut d’être d’accord avec toi sur les calculs, je te rejoins sur la conclusion. L’important est de savoir quel est le niveau de vie des gens en fonction de ce qu’ils gagnent par ailleurs. Et le système d’imposition joue probablement un plus grand rôle que le RdB sur ça.

    Par exemple, faire en sorte que les taux d’imposition réels des plus riches soient supérieurs (ou au moins égaux) à ceux des classes moyennes est pour moi un objectif bien plus intéressant pour la société que le RdB.

  4. Je me rends compte que j’ai passé sous silence un axiome important : Je ne conçois le RdB que dans trois objectifs :
    * Assurer à tous une vie décente
    * Réformer la société quand à la bijection emploi<->travail, et donc libérer plein de valeur qui n’est pas directement rentable sous forme numéraire via l’emploi
    * Assurer une transition pour sortir de la vision du plein emploi qui n’arrivera plus et qui continue à culpabiliser et mettre sur la touche ceux qui en sont exclus

    Le RdB sous forme d’un simple chèque qui ne suffit pas à assurer cette vie décente minimale, ne remplit pour moi aucun de ces trois objectifs, et montre beaucoup de problèmes pour un intérêt discutable.

    Évidemment ce n’est qu’une seule vision du RdB, il en existe d’autres.

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