Mise en page fixe sur l’EPUB

Le web a un histo­rique avec beau­coup de mises en page fixes. On allait jusqu’à indiquer en bas de page avec quel taille et quelle réso­lu­tion d’écran il fallait pour consul­ter le site dans les meilleures condi­tions.

C’était déjà diffi­ci­le­ment tenable avant, mais l’ar­ri­vée des tablettes et smart­phones a tota­le­ment changé la donne. Depuis, c’est le terme « respon­sive web design » qui repré­sente l’état de l’art : des mises en page dyna­miques qui s’adaptent à toutes les tailles d’écran et une majo­rité des tailles de carac­tères.

Photo sous licence CC par Jean Cotchin
Photo sous licence CC par Jean Cotchin

La litté­ra­ture est en train de vivre une bascule simi­laire avec le numé­rique : Les livres, au moins la litté­ra­ture clas­sique, s’adapte à l’écran et à la taille de carac­tères choi­sies. Dans le format EPUB on parle de reflow.

Là où je suis perplexe, c’est devant l’ar­ri­vée des EPUB à mise en page fixe. D’une part parce qu’ils ont tendance à bête­ment rempla­cer le PDF, sans réelle valeur ajou­tée. Même contraintes, moins de compa­ti­bi­lité avec les lecteurs actuels, pas vrai­ment plus stan­dard vue le nombre de direc­tives proprié­taires.

Je reste heureux de savoir que c’est du zip + html + css, parce que ça s’em­barquera plus faci­le­ment sur le web dans le futur, mais je ne peux m’em­pê­cher d’être dubi­ta­tif sur les raisons prag­ma­tiques qui peuvent pous­ser à rempla­cer du PDF par de l’EPUB à mise en page fixe.

Photo sous licence CC par antjeverena
Photo sous licence CC par antje­ve­rena

Mais surtout j’ai l’im­pres­sion que l’édi­tion va encore une fois à rebours de l’his­toire du web. Pourquoi vouloir faire de la mise en page fixe ?

Des conte­nus graphiques, parfois extrê­me­ment complexes, le web en a plus d’un, et les solu­tions pour les vues adap­ta­tives existent. Parfois ce n’est pas simple, souvent ça demande un véri­table travail de créa­tion, mais on y arrive.

On me cite Apol­li­naire, et l’adap­ta­tion est ici extrê­me­ment limi­tée car l’objec­tif est de respec­ter une oeuvre ancienne qui ne bougera pas. C’est un exemple qui reste toute­fois excep­tion­nel.

Des livres photo, des livres tech­niques, des livres pour enfants, des livres illus­trés, des guides de voya­ge… tout ça existe sur le web, en adap­ta­tif. Les deux seules raisons que je vois pour faire de la mise en page fixe sont le coût et la compa­ti­bi­lité.

Sauf que si on ne veut pas inves­tir dans la créa­tion numé­rique  – ce qui me semble être un problème non seule­ment pour l’ave­nir mais aussi pour le présent proche vu que le numé­rique repré­sente déjà plus de 30% du livre aux États Unis – et qu’on souhaite une compa­ti­bi­lité maxi­ma­le… le PDF convient très bien. En fait il convient bien mieux.

Et même là, une majo­rité de ce que je vois en mise en page fixe serait assez « simple » – toutes propor­tions gardées – à faire en adap­ta­tif. Il n’y a qu’à… C’est d’au­tant plus vrai qu’on s’oriente vers un avenir où les lecteurs EPUB sont basés sur des navi­ga­teurs web tout ce qu’il y a de plus modernes, en fait la même base que Chrome ou Safari.

Il y a même proba­ble­ment parfois moyen de faire de l’adap­ta­tif qui dégrade très bien sur les lecteurs qui ne savent relire que du bête texte. Tout reste encore à inven­ter.

Photo sous licence CC par Len Matthews
Photo sous licence CC par Len Matthews

En fait il y a une troi­sième raison que je vois très bien : Les éditeurs ont toujours pensé des mises en page fixes jusqu’à présent, des graphismes qui ne souffrent d’au­cune adap­ta­tion après impres­sion, que tout le monde voit exac­te­ment pareil.

C’est un vrai chan­ge­ment de para­digme qu’il faut pour accep­ter des adap­ta­tions, des compro­mis, que ce ne sera pas exac­te­ment pareil partout. Ce chan­ge­ment d’état d’es­prit a mis long­temps à s’im­po­ser sur le web. C’est juste dommage qu’on recom­mence à zéro sur le livre, voire un peu en dessous de zéro.


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Commentaires

Une réponse à “Mise en page fixe sur l’EPUB”

  1. Avatar de Damien B

    « Les éditeurs ont toujours pensé des mises en page fixes jusqu’à présent »

    Ce qui est un peu logique quand tu fais une mise « en page ».

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