Lois prétextes

Je n’ai défi­ni­ti­ve­ment pas accepté qu’on ait pu produire cette dernière loi qui inter­dit la burqa dans l’es­pace public. Vrai­ment, j’ai essayé.

Certes, je suis gêné qu’on puisse inci­ter à avoir peur de l’autre et à encou­ra­ger l’in­to­lé­rance. Je suis aussi gêné qu’on puisse jeter la liberté reli­gieuse aux orties et prêter à la laïcité un sens qu’elle n’a jamais eu. Non, je ne suis pas seule­ment gêné de tout cela, je suis scan­da­lisé, et c’est peu dire.

Un état de droit

Mais je suis encore plus scan­da­lisé qu’on laisse notre répu­blique utili­ser de lois prétextes pour faire quelque chose qu’elle sait contraire à ses valeurs et à ses enga­ge­ments, aux liber­tés publiques et aux droits de l’homme. Peut importe l’ef­fet qu’on cherche à obte­nir, le procédé est inac­cep­table et devrait mener à une véri­table levée de boucliers dans n’im­porte quel état de droit.

Ici l’objec­tif est bien d’in­ter­dire la burqa, et ça a été présenté comme tel dès le départ. Il n’y a même pas de faux semblants.  On ne peut pas le faire ? qu’à cela ne tienne, nos astu­cieux dépu­tés trou­ve­ront une voie détour­née et un prétexte tiers pour avoir le même effet. Comme nos dépu­tés ne sont pas les derniers des idiots, ils ont trouvé : Si on inter­dit de se masquer le visage, on inter­dira de fait la burqa.

Je ne discute même pas de la perti­nence de vouloir inter­dire la burqa, ou de la légi­ti­mité d’im­po­ser un visage décou­vert dans l’es­pace public, ce qui en soit méri­te­rait pour­tant une fronde légen­daire : le simple fait qu’on utilise l’un unique­ment comme prétexte pour inter­dire l’autre est inac­cep­table.

Une accep­ta­tion coupable

Le drama­tique c’est que ça fonc­tionne, que notre conseil consti­tu­tion­nel, l’en­tité qui devrait être le garde fou de ce genre d’ex­cès, fait semblant de ne pas le voir. Le conster­nant c’est que nous sommes trop blasés de ce fonc­tion­ne­ment trop courant de nos insti­tu­tions pour nous en offusquer :

Pour pouvoir déga­ger des indé­si­rables qui ont le droit d’être où ils sont on lance des contrôles d’iden­tité à répé­ti­tion. Pour empê­cher les pros­ti­tuées dont l’ac­ti­vité n’est pas illé­gale on invente le raco­lage passif. Pour condam­ner les contre­façons sur Inter­net sans avoir à les prou­ver on invente le défaut de sécu­ri­sa­tion d’ac­cès Inter­net. Et main­te­nant pour inter­dire la burqa on invente l’in­ter­dic­tion de se masquer le visage dans l’es­pace public.

Nos repré­sen­tants ont une imagi­na­tion infi­nie

Nos repré­sen­tants ont une imagi­na­tion infi­nie, et ça commence à sentir très mauvais. Notre état de droit démo­cra­tique cache de plus en plus des abysses d’ar­bi­traire. Nos valeurs fonda­men­tales sont reniées sous un foulard presque trans­pa­rent.

Sans même parler du fond, la forme rete­nue devrait provoquer un tollé et mener à la démis­sion de tous les repré­sen­tants concer­nés. Je n’ose sortir le terme de révo­lu­tion mais il est dans mon esprit telle­ment j’ai l’im­pres­sion que si on conti­nue à perver­tir notre système ainsi il ne portera plus aucune des vertus qu’on lui prête encore.

Quand on se reveillera il sera trop tard pour jouer les vierges effa­rou­chées.

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1 commentaire

  1. Hihi.

    Je pense que l’erreur est de croire qu’un système va pouvoir fonctionner indéfiniment. Il y a fatalement un moment où ça se dégrade, et où ça finit par péter pour laisser la place à autre chose. Notre société est vieille et elle finira par mourir. Ainsi va la vie (et pas seulement la vie d’ailleurs).

    Il n’y a que les idéalistes (ces individus détestables :p) pour s’imaginer qu’on peut s’adapter par touches successives sans passer par des crises violentes.

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