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Emploi et travail

Le drame social des droits rechar­geables

Non seule­ment son dossier met 57 jours à être traité, mais l’ex-ANPE lui déniche un reliquat de droits rechar­geables issus d’un petit boulot étudiant de 2013. ­Pen­dant sa licence, la Rennaise gardait les collec­tions du musée des Beaux-Arts deux à six jours par mois afin de mettre du beurre dans les épinards. À cause de cet emploi, elle perçoit 310 euros mensuels pendant 610 jours. Alors qu’a­vec son dernier emploi de vendeuse, elle aurait pu prétendre à 700 euros… Un coup de massue. « Je m’en sors moins bien que quand j’étais étudiante précaire ! C’est une puni­tion pour tous les gens obli­gés de travailler pendant leurs études parce qu’ils n’ont pas papa et maman derrière et ça, ça passe très mal ! »

…Joli monde de droits rechar­geables de la dernière réforme du Pôle Emploi.

En fait c’est très simple. On calcule le montant de l’in­dem­nité la première fois que vous vous inscri­vez au Pôle Emploi, avec les rému­né­ra­tions que vous avez eu à l’époque. Si vous n’épui­sez pas vos droits à indem­ni­sa­tions, ils sont repris à votre prochaine période de chômage.

Si vous avez pris un petit boulot alimen­taire à temps partiel pendant vos études et pointé un mois une fois le diplôme en poche… ne retom­bez surtout jamais au chômage ! Même plusieurs années après, on vous indem­ni­se­rait d’abord pendant 23 mois en fonc­tion de votre petit boulot alimen­taire à temps partiel, donc quelques euros par jours.

Peu importe combien de temps vous avez travaillé depuis, peu importe à quel niveau de rému­né­ra­tion vous avez cotisé entre temps. Une vraie machine à perdre pour tous les jeunes qui commencent par des petits boulots ou CDD précaires.

Pire, si vous repre­nez quelques CDD, ça recharge vos droits, toujours au montant précé­dent. La situa­tion peut même deve­nir perma­nente pour ceux qui ont une suite d’em­plois précaires.

Seules solu­tion pour refaire calcu­ler ses droits à un plus haut niveau : 5 ans de CDI sans période de chômage (6 pour les plus de 50 ans), ou épui­ser les dits-droits en cumu­lant 2 ans de chômage (3 pour les plus de 50 ans). Avec un tel système, certains vont même avoir inté­rêt à ne pas poin­ter au chômage suite à une perte d’em­ploi. Géniale solu­tion aux chiffres du chômage, à défaut d’être une solu­tion au chômage lui-même.

Le plus drama­tique c’est que ce délire a été décou­vert il y a des mois, avant que la situa­tion ne devienne insou­te­nable pour tant de monde.

3 réponses sur « Le drame social des droits rechar­geables »

Dans l’exemple cité, il manque des éléments qui transforment la réalité des choses.

Il y a des mécanismes comme le RSA, le RSA activité, les ASS, le cumul activité / chômage, qui vont relativiser la perte de revenu de manière importante, voir l’estomper complètement.

Le vrai drame, c’est quand dénonçant par des biais malhonnêtes un changement des règles d’indemnisations, on arrive à cette situation catastrophique où les mécanismes qui existent ne sont pas utilisées par ce qui en besoin et qui le mérite.

Je prend l’exemple du RSA activité où dans près de 7 sur 10 il n’est pas demandé. A force de lire que l’on a droit à rien, on fini par le croire alors que ce n’est pas forcément le cas, loin de là.

Les cumuls ne vont rien changer à tout ça. Le RSA peut éventuellement être une bouée de sauvetage pour ceux qui ont les salaires les plus bas. Pour celui qui pointe à 2000€/mois de revenus et qui tombe au chômage dans un des cas soulevé, le RSA va être douloureux quand même…

Le cumul activité / chômage a été réformé aussi en même temps que le système de calcul. Ca reste un bon système mais il sera moins intéressant pour certains (ceux qui acceptent un boulot moins bien payé que 70% de l’indemnisation) et mieux payé pour d’autres.

Le RSA activité est justement en train d’être réformé. C’est effectivement un des grands échecs au niveau de l’application. Il est intéressant d’ailleurs de noter les études sur le sujet. Une partie de ceux qui ne le demandent pas le font parce qu’ils ne veulent pas être « assistés ». Le discours culpabilisant des bénéficiaires du RSA fait mal… Mais tout cela est un autre sujet.

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