La faute à Ève

Et puis ils ont montré la même scène, avec le gamin noir.
Et là, vrai­ment, SINCÈREMENT, je vous jure, ça rendait pas pareil. Là mon bide a crié : « Aaaah, oui, là ok, oui ! Là on dirait un voleur ! », avant que j’aie eu le temps de réagir.

[….]

C’était la télé, c’était les films, les clichés un peu trop vus mais telle­ment faciles et presque rassu­rants, c’était le discours ambiant, c’était les préju­gés idiots qu’on entend en n’étant pas d’ac­cord au fond en théo­rie mais qu’on entend quand même huit fois, dix fois, quatre-vingt-seize fois par jour et qui filtrent, petit à petit, et qui laissent une humi­dité à peine visible mais qui se trans­forme quand même en moisis­sure.

[…]

Et j’ai réalisé d’un coup.[ …] j’ai réalisé des années après que c’est pas PARCE QUE les garçons aiment le foot qu’on parle de foot aux garçons, mais peut-être bien l’in­verse.
J’ai touché du doigt à quel point ce sont les putains de petits cailloux qui font les putains de grandes rivières.

[…]

J’ai avalé la pilule rouge, sans préavis.
J’ai revu les livres pour enfants, les cartables roses, les stylos pour filles, les dégui­se­ments d’in­fir­mières et les dégui­se­ments de méde­cins, les espionnes en talons aiguilles de mes séries, les profs qui demandent aux mecs ce qu’ils ont pensé du match, les cases made­moi­selle et madame, et je les ai lus autre­ment.
J’ai compris, enfin, l’his­toire de ma mère qui, quand je lui avais raconté mon exas­pé­ra­tion du débat du made­moi­selle, m’avait raconté sa concierge qui s’était mise à la regar­der dans les yeux et à lui sourire quand ma mère avait enfin pu troquer son made­moi­selle en madame, quand elle avait enfin cessé de vivre dans le péché.

Parce que c’est impor­tant, et que je n’ai moi aussi réalisé ça que récem­ment, mais que je sais que je suis très loin de m’en être sorti, que malgré toute la bonne volonté c’est un combat de tous les jours pour s’ex­traire de l’image qu’on se construit incons­ciem­ment pendant des années.

Vrai­ment à lire, parce que c’est bien expliqué : La faute à Éve, par Jaddo. Nos petits actes ont tous des consé­quences, et nous sommes bien moins imper­méables à tout cela que nous le pensons. Le danger est juste­ment là, dans cette perméa­bi­lité invo­lon­taire et incons­ciente.

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2 commentaires

  1. Le « jmenfoutisme » est une bonne contre-réaction : sur ce type de vidéo… la couleur de peau du voleur ne m’aurait ni chaud ni froid.
    Je rigole des blagues sur les femmes et je n’aime pas les propos machistes.
    Sois je suis schyzo soit… je ne sais pas :p

  2. Contre vents et marées j’ai dit pendant tellement longtemps que je n’aimais pas le foot. Chaque fois j’essuyai l’incompréhension.

    Très bon article, une trouvaille.

    (Cela dit, sur la perméabilité, moi j’achète des Lego Technic à ma fille quand elle-même se paye des Lego Friends, par exemple. Et mon fiston fait des câlins quand il est triste et on lui explique que pleurer ne fait pas de lui une fillette. Mais tu as raison, c’est une vigilance constante envers soi-même.)

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