Être préparé à jouer les héros

Des agents de service ont fui, de façon peu glorieuse et proba­ble­ment égoïste. Oh combien est-ce facile de les condam­ner avec le recul et depuis notre cana­pé…

Êtes vous certain que vous auriez vous-même agi en héros sur l’émo­tion et dans l’ins­tant ?

Sauf à être préparé, on ne réflé­chit pas. L’ins­tinct est de se cacher ou de fuir. En fait même ça n’est pas donné à tout le monde, la majo­rité restant proba­ble­ment bloqué à ne pas savoir quoi faire. Peu de gens ont un réflexe intel­li­gent autre­ment que par chance. Encore moins se comportent en héros.

Moi je n’en sais rien. J’ai­me­rais me voir en héros, croire que je pour­rais être altruiste dans un tel moment, mais ça a toutes les chances d’être un rêve et une illu­sion. Je ne le saurai proba­ble­ment jamais, sauf à me retrou­ver dans une telle situa­tion. Vous non plus proba­ble­ment. Restons humbles s’il vous plaît.

Bref, deux agents non formés ont réagi comme tout le monde et fui, poten­tiel­le­ment au détri­ment d’autres, irra­tion­nel­le­ment. Deux mili­taires formés et condi­tion­nés ont réagit autre­ment. Présenté ainsi, est-ce que ça mérite vrai­ment la lapi­da­tion sur les réseaux sociaux ?


Mais puisque tout le monde se sent l’âme d’un héros au point de blâmer ceux qui ne l’ont pas été, cher­chons à savoir ce que ces deux agents auraient pu faire de ration­nel :

  1. Courir en direc­tion des tireurs pour aider à les maîtri­ser
  2. Faire rempart de votre corps
  3. Ne pas ouvrir le compar­ti­ment de service, rester avec les passa­gers
  4. Ouvrir le compar­ti­ment de service mais ne pas le fermer
  5. Ouvrir le compar­ti­ment, faire entrer des gens avec vous, refer­mer ensuite
  6. Ouvrir le compar­ti­ment, faire entrer des gens, lais­ser votre place et refer­mer.

Je fais l’im­passe sur la 1. Il faudrait être préparé et formé à ça, et pour avoir le réflexe de le faire, et pour en avoir la capa­cité. Ça peut même déclen­cher une horreur qui n’au­rait pas eu lieu, qui sait ? Même les mili­taires qui ont fina­le­ment agi, ne l’au­raient peut être pas fait s’ils avaient été loin et sans armes dans un autre compar­ti­ment.

La 2 et la 3 sont tota­le­ment inutiles pour tout le monde, ça n’ap­porte rien à personne. Le seul inté­rêt est de gagner une belle épitaphe, peut-être une médaille post­hume.

La 4 est crétine. Le seul inté­rêt du compar­ti­ment de service est de pouvoir le fermer, sinon c’est juste quelques mètres d’im­passe en plus, sans aucune protec­tion.

Il reste la 5 pour les gens normaux et la 6 pour les héros. Déjà vous note­rez qu’on commence à élabo­rer un plan construit, ce qui demande d’agir ration­nel­le­ment. On en demande clai­re­ment plus qu’il n’est possible d’en exiger vue la situa­tion.

Imagi­nons quand même ces 5 et 6 :

Si on prend trop de temps avant de refer­mer la manœuvre est inutile, voire contre produc­tive. Ration­nel­le­ment il est impos­sible de savoir de quel temps on dispose, c’est jouer au poker. Dans la réalité on a peur de se faire tirer dessus, l’ur­gence ressen­tie est proba­ble­ment à la seconde, donc invi­ter des gens c’est se lancer dans quelque chose qui demande un sacré sacri­fice.

Imagi­nons tout de même ce sacri­fice. Combien de personnes prenons-nous ? Serez-vous intel­lec­tuel­le­ment assez forts pour dire « non, tu restes de l’autre côté » à la personne suivante ? Fermer dans sa fuite est une chose mais le faire avec le recul d’une réflexion en est une autre.

Imagi­nons que vous soyez ration­nel et assez calme ou froid pour dire stop. Serez-vous aussi assez fort physique­ment ? Vous pensez bien que les passa­gers qui sont en train de faire la queue ne vont pas vous lais­ser genti­ment fermer la porte. En fait sous la pres­sion il est peu probable que même nos deux mili­taires en seraient inca­pables. Sous une fuite enga­gée, les tiers seront prêts à vous marcher dessus pour sauver leur vie.

Bref, ils ont agi de façon lâche, irra­tion­nelle et égoïste. Non seule­ment je ne me sens pas le droit de leur repro­cher vue la situa­tion, non seule­ment je ne sais pas comment j’au­rais moi-même pu réagir (si tant est que j’au­rais réagi tout court), mais même ici avec le recul depuis mon canapé je suis inca­pable de dire quelle aurait été une bonne réac­tion réaliste.

Alors la lapi­da­tion, évitez s’il vous plait. Un peu de compas­sion. Ces deux agents, comme les passa­gers, ont proba­ble­ment vécu un trau­ma­tisme que vous n’au­rez jamais dans votre vie.

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1 commentaire

  1. Cette question me rappelle la chanson de Goldman :
    « Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d’un troupeau. S’il fallait plus que des mots ? »

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