Code de conduite

Je suis dubitatif sur la mode des codes de conduite, et sur l’obligation qui se dégage année après année aux différents événements d’en faire un. J’ai du mal à voir l’effet de ces codes et j’ai bien peur qu’ils ne changent pas grand chose.

Après discussion on a pu me pointer quatre objectifs (n’hésitez pas à m’en pointer d’autres) :

  1. Expliciter et formaliser ce qui est acceptable ou pas, surtout s’il y a du public venant de cultures différentes qui peuvent du coup avoir des limites et usages différents
  2. Insister sur les points sensibles, les rappeler pour renforcer l’attention et montrer qu’il y aura réaction, éventuellement participer ainsi à former les valeurs de la communauté
  3. Faciliter le travail de l’organisation pour virer quelqu’un ou stopper un comportement indélicat sans débattre longuement sur si c’est hors cadre ou pas
  4. Montrer que l’organisation se préoccupe des sujets inscrits au code et réagira favorablement aux sollicitations à ce sujet (et éventuellement indiquer comment le contacter)

J’avoue être très dubitatif sur le premier point. Ceux que j’ai lu n’explicitent généralement rien du tout, sauf à vraiment être dans un milieu relativement coupé du contexte culturel et du code législatif local (je me rappelle celui du Nowhere). C’est encore plus vrai quand on tente de tracer des limites morales ou subjectives. Il faut bannir les interruptions abusives et les contacts physiques inappropriés mais quand est-ce abusif ou inapproprié ? Il me semblerait d’ailleurs très présomptueux de penser trouver un cadre plus précis que le cadre pénal quand on réfléchit entre quelques bénévoles absolument pas experts.

Je vois cependant un vrai intérêt au premier point s’il s’agit d’ajouter une autorisation ou une interdiction explicite au sein de l’événement et qui n’existerait pas en dehors. Sur celui de Paris-Web je lis la diffusion d’images sexuelles dans les espaces publics. On peut discuter de ce qu’il en est à l’extérieur mais là c’est clair et utile car potentiellement plus limitatif que ce qui serait autorisé sinon.

Le second point en découle. J’ai peur du même effet que le dizaines de chartes qu’on signe tout le temps, ne parlons même pas des CGV et autres EULA. Indiquer sur les chartes informatiques qu’on vous remet avec accès informatique que le partage de fichier et les propos offensants sont interdits change-t-il vraiment votre comportement ? J’ai peur qu’on soit dans le même registre.

Je reste dubitatif sur le troisième point parce que je l’ai déjà été sur le premier. Toujours le même exemple : Quand le code parle d’interruptions abusives et de contacts inappropriés, je ne vois pas en quoi cela va aider à la résolution. J’ai même peur que ça serve de base à des discussions interminables. Une équipe d’organisation ferme et qui ose agir sans se laisser marcher sur les pieds aura mille fois plus d’effet.

Il reste le dernier point, et franchement il n’est pas loin de me convaincre. À défaut de prévenir les mauvais comportements ou d’aider à les traiter, ça montre très clairement que l’équipe d’organisation a réfléchi à ses questions et a l’intention de les prendre en compte. Si c’est l’objectif, peut-être faudrait-il toutefois les rédiger un peu autrement.

Un point positif : Je ne crois pas que ça fasse de mal donc si certains pensent que ça a plus d’effet que je ne le crois moi-même, alors pourquoi ne pas essayer. Je regrette juste l’inflation de codes, chartes et conditions d’utilisation en tout genre partout. Au final on ne les lit plus.

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11 commentaires

  1. J’aurais tendance à dire que le seul point concret et désirable pour les personnes concernées est le 4e. Un CoC ne vaut que par ce que l’équipe organisatrice est réellement prête à appliquer (et capable de le faire). D’ailleurs, contrairement à ce que tu écris, fournir les moyens de contacter l’équipe n’est absolument pas optionnel, sans ça le CoC n’est qu’une façade pour la galerie et c’est un très mauvais signe sur l’engagement réel des organisateurs.

    Pour le reste, il y a de quoi en discuter des heures. Notamment sur le côté mono-culturel et procédurier du monde anglo-saxon. Ça peut faire un bon sujet d’informelle à PW. ;-)

    1. Question faussement naive : Pourquoi ne pas s’en contenter alors ?

      Genre : Nous prenons au sérieux les questions de respect des personnes et particulièrement [ … ]. Merci de porter à notre attention toute gêne que vous pourriez avoir ou dont vous pourriez être témoin. Nous sommes engagés à réaliser les arbitrages et prendre sur place les mesures qui se révèleraient nécessaires pour respecter ces valeurs et le confort de tous. Pour nous contacter [ … ].

      Franchement, ça ça vaut tous les codes de conduite que j’ai croisé jusqu’à aujourd’hui.

  2. J’avoue que les CoC me sembl(ai)ent inutiles : j’y trouve très américain et donc infantilisant (j’ai bossé dans une boîte américaine où le moindre comportement était dicté ainsi, genre il est interdit de ne pas tenir la rampe de l’escalier ou d’avoir des comportements innapropriés), genre « vous êtes trop cons pour vous comporter en adultes, donc on va vous cadrer comme des gamins ».

    J’ai l’impression que ça agace ceux qui ne font chier personne et que ca n’empêche pas les abrutis de se comporter comme tels. Pire, j’ai l’impression qu’on leur donne beaucoup trop d’importance ainsi.

    Ceci dit, je comprends aussi que les femmes qui se font régulièrement emmerder par des indélicats (au hasard :) exigent cela, c’est pour ça que je pense que c’est un mal malheureusement nécessaire.

  3. Je reste persuadée que cet invasion de CoC vient d’une forme de pression anglo-saxonne qui « oblige » d’une certaine façon les conférences à les mettre en place sous peine de voir des orateurs ou participants ne pas venir.

    Quand je lis le billet de Monteiro qui a quelque peu lancé le débat, j’ai l’impression que les conférences US ne peuvent que finir en orgies incontrôlables du fait de pas mal d’abrutis incapables de contrôler leurs pulsions et faisant jouer leur testostérone à fond les ballons.

    Alors la question principale est : avons-nous besoin de ces CoC en France ? Ces débordements ont-ils déjà eu lieu (hormis peut-être UN cas isolé quelque part) ? Du coup, faut-il infantiliser tout un public pour un crétin de passage ?

    1. L’influence anglo-saxonne se ressent d’ailleurs dans le bannissement fréquent de toute image ou propos à connotation sexuelle (et par là on sous-entend plus largement tout ce qui a trait au corps et qui ne serait pas médical).

      Je comprends le pourquoi et les dérapages qui peuvent exister, mais j’ai l’impression qu’on régresse par rapport aux générations précédentes qui se sont justement battues pour avoir le droit de montrer le corps et d’en parler.

      En reprenant les tabous US afin de pacifier les relations, j’ai l’impression qu’on jette un peu le bébé avec l’eau du bain. J’ai très peur de voir les politiques Facebook et Apple devenir la norme, ou même simplement être considéré comme légitimes.

      Mais tout ça mériterait un sujet dédié, distinct de l’existence même des codes de conduite.

    2. Je ne dis pas que cela n’existe pas en France (des lourd(e)s y en a partout), mais j’ai l’impression (et j’espère ne pas me tromper) que des événements comme Paris Web/Sud Web/KiwiParty/etc. sont plutôt bien épargnés, avec des publics très calmes et gentils, pas du tout du genre à emmerder le monde (bon, faut bien que ça trolle, mais ça c’est fourni avec !).

      1. J’ai cette impression, mais je ne suis pas forcément non plus dans le public qui subit ces agressions, donc pas vraiment apte à juger. Si certains ressentent un besoin je ne me sens pas de le contester. Je cherche juste si la réponse qu’on y fait à du sens où non

  4. Les cons sont légion, seront toujours légion et ils osent tous, oseront toujours tout. Un CoC n’y changera absolument rien. Nous avons la Loi et je ne vois absolument pas pourquoi je devrais lire une « loi locale » à chaque fois que je rentre quelque part ou assiste à une conférence.
    Nous avons des lois sur le harcèlement, elles suffisent. Nous avons des lois anti-discrimination, elles suffisent. Nous avons des lois sur l’insulte, la diffamation, elles suffisent. Un bon CoC devrait se résumer « toute attitude tombant sous le coup de la Loi donnera lieu à appel aux forces de l’ordre ». Point barre. Et comme c’est une évidence, cette phrase n’a pas lieu d’être. Et si ça ne tombe pas sous le coup de la Loi, vu la notre frénésie législative locale, c’est que cela doit se régler en ftf.
    Je me rappelle encore des locaux de cette très célèbre entreprise américaine pour laquelle j’avais contracté. Il y avait des affiches sur l’innuendo, la discrimination, le harcèlement, le handicap, et plus encore tous les cinq mètres dans tous les couloirs de tous les bâtiments de toute l’entreprise. Tout le monde (hommes et femmes) me disait que ça cassait les pieds à tous et finissait par être totalement contre-productif.
    Je déteste cordialement le politiquement correct et la judiciarisation que cela instille. J’y vois un parallèle avec un ministre de l’éducation faisant signer une charte de l’écolier aux parents de gosses de 9 ans pour pallier l’incapacité des maîtres à se faire respecter (ils ont une excellente excuse, ils n’y sont pas formés du tout, connerie de formation).
    La prochaîne étape c’est quoi ? Un item de CoC expulsant celui qui aura eu le malheur de déranger tout le monde avec son téléphone mobile qui sonne ? La politesse, la délicatesse envers autrui, la prévenance, ça ne se décrète pas, malheureusement ; et si aucune Loi n’arrive à gérer ça, je vois mal un CoC y arriver.
    Aux US, les CoC ne sont pas nouveaux. Et il continue à y avoir des incidents dans les conférences qui en disposent. Bof bof.

  5. Il serait intéressant de savoir ce qui a motivé les différentes conférences en France à mettre en place ces CoC.
    A propos de Djangocon Europe ayant eu lieu en France l’an dernier, un ami m’a dit que pour organiser en France, l’asso Djangocon a exigé qu’un CoC soit appliqué.
    Mais pour des organisations indépendantes de toute relation anglo-saxonne, qu’est-ce qui motive la mise en place ? (à part un(e) orateur(trice) rock star qui menace de ne pas venir si…)

    1. La volonté de bien faire et d’aider les gens qui risquent d’être victimes de mauvais comportements ? Je ne conteste nullement les bonnes intentions.

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