C’est l’édi­teur qui fait la litté­ra­ture


Tous les textes ne sont pas des livres. C’est l’édi­teur qui fait la litté­ra­ture.

Mais surtout, on a besoin de cette média­tion [de l’édi­teur], pour se recon­naître, soi-même, comme auteur, et pour savoir que son texte est vrai­ment un livre.

Ah cette petite phrase de la Ministre de la Culture qui a fait coulé tant d’en­cre…

Certes l’idée expri­mée a du sens et ne mérite pas le ridi­cule : Le regard de l’autre et la recon­nais­sance de l’autre font souvent partie du chemin pour recon­naitre la valeur de son propre travail, ou aident à le parcou­rir.

C’est pour­tant aussi un symp­tôme plus profond. Il y a derrière une ques­tion de classe sociale et de recon­nais­sance sociale. Là prend tout son sens la notion de l’édi­teur comme auto­rité établie pour faire la diffé­rence entre les auteurs et les Auteurs.

Il y a les vrais avec une majus­cule et vali­dés par un éditeur, puis il y a les autres qui écrivent aussi mais qu’on ne peut quand même pas consi­dé­rer de la même façon. Chacun sa place ! L’idée trans­pa­rait très bien dans les propos de Jean-Marie Cavada au parle­ment euro­péen.

La hiérar­chie entre les romans de gare et ce qui se veut grande litté­ra­ture n’est pas si loin. Elle a juste changé de visage. Quand la notion d’au­teur commence à inté­grer un juge­ment sur le contenu, sur le mérite ou sur une échelle de recon­nais­sance, on ne parle plus de créa­tion cultu­relle mais d’ordre social.

Parti de cet axiome, on comprend bien mieux le niveau et la forme d’in­ter­ven­tion publique dans la culture et la radi­ca­li­sa­tion systé­ma­tique du droit d’au­teur : Toute diffu­sion large ou peu chère est une atteinte à cette hiérar­chie de classe, à ceux qui se voient au dessus ou à ceux qui valident cette struc­tu­ra­tion.

Le fait que le droit d’au­teur profite aussi à tout un chacun est juste un effet de bord dans ce qui n’est fina­le­ment qu’une lutte des classes.

Si on parle de perte de valeur et d’en­cou­ra­ger la créa­tion, on discute en réalité de domi­na­tion et de sacra­li­sa­tion. C’est encore plus flagrant quand on regarde ces mêmes discus­sions en vue d’ac­cords inter­na­tio­naux : Il y a ceux qui luttent pour créer et diffu­ser. En face il y a ceux qui luttent pour contrô­ler l’ac­cès et la recon­nais­sance.

Je ne dis pas que cette façon de voir est consciente ou majo­ri­taire, mais elle fait bien trop souvent surface depuis quelques temps parmi ceux qui fina­le­ment décident de orien­ta­tions et équi­libres de la créa­tion et du droit d’au­teur. Les consé­quences ne sont pas insi­gni­fiantes.


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