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Alpi­nisme cultu­rel

L’in­dus­trie cultu­relle s’est enga­gée dans une esca­lade légale et morale qui ferait pâlir n’im­porte quel alpi­niste chevronné. L’ou­tillage utilisé commence à être grave­ment risqué sur le long terme au niveau des liber­tés et de la vie de tous les jours. Même pour l’in­dus­trie elle-même, le durcis­se­ment de l’en­vi­ron­ne­ment légal de la propriété intel­lec­tuelle devient une balle qu’on se tire dans le pied. Chaque jour l’en­vi­ron­ne­ment juri­dique devient de plus complexe et plus incer­tain, la capa­cité d’in­no­va­tion et de créa­tion s’écrasent. Seuls les copy­right-bot et copy­right-troll sont floris­sants.

On conti­nue à esca­la­der pour rien, en pensant que chaque nouvel ajout permet­tra de reve­nir magique­ment des années en arrière, ou du moins de frei­ner la chute inexo­rable. Bien entendu, en plus d’être dange­reux pour tout le monde, le pire c’est que ça ne fonc­tionne simple­ment pas. Personne n’a rien à y gagner.

Cette guerre est perdue. Les batailles dure­ront peut être encore un, trois, cinq, dix, vingt ans, peut-être même plus, mais l’is­sue est inexo­rable : Si on conti­nue la fuite en avant jusqu’à ce que toute la cordée décroche, on va juste s’écra­ser en bas et on n’aura plus rien. Pas même une mauvaise alter­na­tive. Rien.

Il est encore temps de s’ar­rê­ter, d’ima­gi­ner autre chose. Peu importe que cette autre chose soit insa­tis­fai­sant ou mora­le­ment injuste. La ques­tion n’est pas là. Elle n’est plus là. Il faut accep­ter d’ar­rê­ter de grim­per, accep­ter de redes­cendre pour aller ailleurs, même si ça nous coûte énor­mé­ment, parce que c’est la seule solu­tion pour conti­nuer de vivre.

Justi­fier l’es­ca­lade par la volonté de faire survivre le modèle est un manque de recul flagrant, mais le faire au nom de la légi­ti­mité de sa cause c’est juste être hors sujet. Le poids écono­mique de l’in­dus­trie cultu­relle garan­tit de tenir encore quelques temps, surtout renforcé par le poids de l’État. Ça ne sera au final que du poids en plus lors du décro­chage. Il serait telle­ment plus rentable de profi­ter de ce refuge tempo­raire pour commen­cer à descendre et chan­ger de chemin…

Photo d’en­tête sous licence CC BY-NC-SA par cris­tian ruberti

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