120 € la jour­née


Je vais peut-être jouer le trouble fête et je vais peut-être me faire huer, mais 120€ pour un junior je trouve cela correct. Entre 0 et 2 ans, les gens sortent de l'école (Et quand je parle d'école, c'est soit des écoles d'informatiques, de design, soit des écoles via des MOOC genre OpenClassrooms en 1 an, avec au final peu de compétences dans chaque matières, je sais de quoi je parle, j'ai été mentor pour eux.). Du coup 120€ je trouve ça suffisant pour ce type de profil ! Personnellement, je vis à Québec depuis bientôt 7 mois, et j'ai commencé à faire des piges (freelance). On est payés pour des contrats à genre 25$ de l'heure, voire 35$, et j'ai 5 ans d'expérience. (En gros ça fait un taux journalier compris entre 175 et 245$). On a le même taux d'imposition (environ 25%) et on vit pourtant très bien ! Bref tout ça pour dire que personnellement je trouve les tarifs corrects. Voir un junior avec un tarif journalier à 300€ serait tellement ridicule. C'est comme si l'expérience de la personne n'avait aucune valeur, et que finalement bah "tu es développeur (ou autre), tu dois avoir un salaire élevé". #YO-LO.

Ça revient sur le tapis trop souvent alors on va la refaire. Les plus pres­sés peuvent passer direc­te­ment à la conclu­sion.


Mettons qu’on parte sur 217 jours de travail poten­tiels, ce qui est plus ou moins la norme Syntec. Là dessus on peut comp­ter 10% du temps en admi­nis­tra­tif, commer­cial et avant-vente.

Mettons aussi 5% de temps non facturé, pour compen­ser une erreur, une jour­née pas effi­cace, une jour­née à vide parce qu’on attend un docu­ment ou une vali­da­tion du client…

On arrive à 184 jours factu­rés. Bien entendu un déve­lop­peur free­lance sans aucune expé­rience et donc sans réseau n’a aucune chance de factu­rer 184 jours sa première année (même ensuite on est dans le haut de la four­chette, et il ne sera plus sans expé­rience) mais imagi­nons tout de même, pour la beauté de l’exer­cice.

184 jours x 120 € HT = 22 080 € factu­rés par la plate­forme.

Là dessus il faut reti­rer les frais. On part sur un auto-entre­pre­neur (les autres statuts coûte­ront plus cher). Les coti­sa­tions sociales sont de 22,2% à préle­ver sur le chiffre d’af­faire. Il reste donc 17 178 € avant les frais.

Dans les frais il y a déjà les 12% de la plate­forme, soit 2 650 € annuels.

À ça j’ajoute au mini­mum : 300 € de respon­sa­bi­lité civile profes­sion­nelle, 50 € de compte bancaire dédié avec moyen de paie­ment, 500 € d’amor­tis­se­ment maté­riel moyen, 100 € de consom­mables et pape­te­rie, 300 € de CFE, 200 € de licences et saas. Parce que c’est essen­tiel je compte aussi 1 000 € de mutuelle.

Ça parait beau­coup mais c’est large­ment sous-évalué. On compte en TTC, l’auto-entre­pre­neur ne se fait pas rembour­ser la TVA.

Comp­tons aussi que pour travailler il occupe 6 m² dédiés chez lui (une demie-pièce) qu’on peut évaluer à 13 € mensuels le m² charges comprises (oui, c’est arbi­traire, mettons qu’il a un appar­te­ment pas cher dans une grande ville) soit envi­ron 1 000 €.

17 178 – 2 650 – 2 450 – 1 000 = 11 078 € nets annuels.


Un free­lance à 120 € par jour c’est moins de 80% d’un SMIC (13 845 € nets).

J’ai pris le cas vrai­ment idéal, des frais réduits et quasi­ment aucun jour non facturé. En pratique ça sera beau­coup moins.

Bien entendu pour ça il n’a aucune garan­tie de travail, aucune assu­rance chômage, impos­si­bi­lité sérieuse d’ac­cès au crédit, une galère pour trou­ver un loge­ment à cause de tout ce qui précède, et des indem­ni­tés symbo­liques en cas d’ar­rêt de travail pour raison de santé.

Donc non un quart de moins que le SMIC ce n’est pas « correct » pour un plein temps avec une quali­fi­ca­tion très tech­nique. C’est même assez honteux de le suggé­rer.


2 réponses à “120 € la jour­née”

  1. Mis à jour : J’avais initialement compté 300 € pour un compte bancaire professionnel. Pour l’auto-entrepreneur un compte personnel dédié suffit. On gagne quelque chose comme 250 € annuels. Ce n’est pas rien mais ça ne change pas la conclusion.

  2. Comme ce n’est pas clair, je ne reproche pas aux freelance de se vendre à ce tarif. Je les incite à ne pas le faire, je leur rappelle qu’à jouer le moins cher il y a toujours quelqu’un qui joue en face et qu’on finira par ne pas être payé du tout (on en arrive déjà parfois là dans le design) mais je ne leur reproche pas.

    Je ne peux pas reprocher à celui qui est en galère pour joindre les deux bouts de se brader malgré lui pour y arriver.

    Par contre j’irai sans honte reprocher à l’employeur de payer un freelance à un niveau dont on sait que ça ne respecte pas les minimums légaux ou conventionnels de la profession.

    J’irai sans honte reprocher à une plateforme d’exploiter ces sous-facturations si la plateforme joue un rôle dans la création de cette enchère inversée.

    Et je soutiens qu’il est nécessaire de règlementer ça, de justement rendre illégal de payer un prestataire à un niveau dont on sait qu’il ne permet pas de respecter les minima légaux ou conventionnels équivalents dans le droit du travail.

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