Tous les articles par Éric

Faire table rase, et cacher le passé

C’est malheureusement habituel, mais je ne peux m’empêcher de secouer la tête à chaque fois.

Le gouvernement ou l’élu change, la première action publique juste après la conférence de presse est toujours supprimer très très vite le site web précédent pour mettre quelque chose de neuf, quasiment vide au départ.

La première. C’est urgent.  Pas juste mettre une nouvelle version, changer les noms, biographies et attributions, mais supprimer le contenu du précédent. Qu’on fasse semblant de ne pas savoir qu’il y avait un précédent. Qu’on retire toute référence à ce qu’il a fait.

Vous voulez référencez un contenu publié par l’ancien président, l’ancien gouvernement ? oubliez, il a été supprimé. Dans le meilleur des cas il sera remis en ligne ailleurs, bien caché dans des archives et sans redirection à partir de l’ancienne adresse.

Il est hors de question que le site puisse parler d’autre chose que LE nouveau président ou LE nouveau gouvernement et faire de l’ombre à leur personne. Vous devriez avoir honte d’y avoir pensé.

Même si on n’a aucun contenu à y mettre et juste un PDF à lier en page d’accueil, même quand il y a continuité dans le gouvernement avec la même couleur politique et nombre d’inchangés, même les pages d’aides, même les pages sur les institutions elles-mêmes, non, on supprime tout.

On peut rigoler, expliquer, justifier, personnellement je n’y vois qu’une personnification désastreuse des élus. Ils n’endossent pas un rôle ou ne prennent pas une charge, ils deviennent le nouveau roi. Il est temps d’arrêter tout ça. Le SIG joue le jeu, et c’est bien dommage (désolé, je ne peux pas faire de lien vers la page web du SIG, elle a été supprimée avec tout le reste, elle était sur l’ancien site du gouvernement…).

Contenus français pour Netflix

«Netflix a vraiment tout intérêt à être coopératif avec le monde du cinéma et de l’audiovisuel français» car «il a besoin de contenus locaux pour développer une offre susceptible de plaire au public français»
Tribune de Genève

Même si ça en donne l’impression, ce billet n’est pas classé dans la catégorie humour.

Sérieusement, il existe des bonnes productions en France mais de là à dire que ce que les gens attendent de Netflix ce sont de nouveaux contenus français, c’est vraiment se moquer du monde (ou se mettre le doigt dans l’œil jusqu’au coude).

Si Netflix approche les productions françaises c’est surtout pour se faire accepter par l’État, montrer patte blanche et passer par dessus une opposition de tout le secteur. En soi Netflix, vu son public, pourrait presque commencer avec uniquement son offre US, même sans traduction.

Talents publicitaires – startup

Quelle honte d’accorder 33% de son revenu à son espace de vie. À l’éducation que l’on a reçu, aux soins dont on bénéficie. Mais rassurez-vous, vous pouvez en être dispensé grâce au fabuleux statut de JEI qui fait pâlir d’envie outre-atlantique

[...]

Et cerise sur le gâteau, on peut virer ses salariés dans les 6 mois sans aucun risque. Sous réserve de rester en-dessous des 50 salariés (excluant les stagiaires bien entendu). Et puis un développeur français est si peu cher, pourquoi s’en priver ?

Voilà, Tariq, les talents français du code sont au mieux de la chair à canons publicitaires US

Voici la meilleure réponse à l’article du NewYork Times. Parce que oui, la France est attractive pour des startup. Les 33% de cotisations sociales ne sont en réalité pas payées par les JEI, et la prétendue rigidité des contrats de travail ne l’est pas tant que ça. Factuellement la plupart des études mettent la France comme bien moins chère pour les startup technos que les US ou Londres.

D’autres ont fait des réponses sur les critères financiers (pas de meilleure foi) mais on tape à côté. Pourquoi est-il si choquant de payer 30% du salaire en retraite, assurances et santé ? C’est encore plus crétin quand on compare avec des pays où ces frais sont décomptés du salaire net que reçois le salarié au lieu d’être pris plus haut au niveau de l’employeur.

Mais même en dehors de la comparaison, nous devrions être heureux d’avoir un tel équilibre. Comment est-on arrivés à s’enorgueuillir de ne pas payer de prestations sociales, d’échapper à l’impôt collectif, de payer moins cher nos développeurs ou de pouvoir les virer facilement ? Est-ce vraiment de ça que le monde a besoin ? L’innovation et les nouvelles technos ne savent-elles se développer que sur ce terreau ? Si vous répondez « oui » alors il faut vite arrêter ce désastre.

D’autant que c’est juste crétin. Si Google ou Github attirent autant c’est par l’environnement qu’ils offrent (ou offraient). Sur le campus il y a tout ce qu’il faut, au restaurant d’entreprise on fait venir les meilleurs chefs, l’espace de travail est large, éclairé, attirant, en interne on glorifie ceux qui agissent et renforce les développeurs.

Ici on se fait concurrence au moins disant social, on abaisse les développeurs à de l’exécution technique, on leur retire l’idée qu’ils peuvent être le moteur.

Ce n’est pas d’un Github à la française dont nous avons besoin, mais d’une multitude de projets citoyens. Pour créer du lien social, du lien inter-générationel, du lien local, du lien politique. Pour se sentir utile en tant que développeur, pour se sentir agile en tant qu’humain.

Notre objectif ne doit pas être de créer des sociétés de 50 milliards et de copier le voisin en étant plus profitable ou plus gros financièrement. L’innovation se nourrit du lien, de l’utilité, d’une culture. La réduire à son sens économique et aux copy-cat ne ne mènera nulle part.

Il y a une culture à avoir, et ce n’est pas une culture business, c’est une culture de l’utilité, de collaboration sociale. On ne la créera pas en jouant à celui qui propose le moins au niveau social pour un meilleur profit des investisseurs.

À lire entièrement : Talents publicitaires de David Larlet

Non, je n’ai pas voté pour toi

Si je regarde le projet, la gestion actuelle de la ville – puisque vous êtes l’équipe sortante – ou même la couleur politique, j’aurai voté pour vous, pour toi maire de ma ville  (tu permets que je tutoie ? c’est l’usage ici, et de toutes façons je doute que tu me lises).

Sauf que non.

Tu occupes une fonction exécutive ici depuis 25 ans maintenant, 1989 exactement. Ça date (et bien entendu vous étiez déjà dans le sérail auparavant, entre autres en tant qu’assistante parlementaire). Même si on se contente du poste de maire, on parle de 15 ans, 1999.

Vingt-cinq ans ! Qu’on ne me fasse pas croire qu’il était impossible de faire émerger des gens compétents et pertinents pour prendre la suite.

D’autant que visiblement ce sont déjà d’autres qui font le travail de tous les jours, manque de temps oblige : L’express t’attribue 21 dans son classement des cumuls, soit un sur-cumul équivalent de plus de deux plein temps. Eux n’ont retenu que 5 mandats publics mais il faut ajouter 4 mandats d’administratrice (OPAC, centre hospitalier, fonds d’aménagement urbains, hospices civils), et 5 autres mandats dans des structures politiques et sociales connexes (Observatoire de la laïcité, Conseil national de l’habitat, comité de suivi du DALO, conseil social de l’USH) dont un en tant que présidente et un en tant que vice-présidente.

Ce sont 14 mandats dans des structures publiques ou sociales, et pas des petits ou en second plan ! auquels il faudrait bien entendu ajouter les éventuelles rôles secondaires (comme les directions de commissions) et les éventuelles occupations à titre privé. N’en jetez plus !

Bref, le travail semble bon, j’aurai voté pour le successeur, pour la même liste mais avec de nouvelles têtes en haut. Pas ici, je ne veux plus de ce carriérisme politique.

(et je publie ça après l’élection, parce que l’objectif n’est pas de faire campagne)

The most important economic chart of our era

Pour rejoindre le graphique précédent, voici celui de Business Insider.

house-of-debt-chart

 

Même s’il concerne les États Unis, le problème est celui de tout le système occidental (pas que j’exclue les autres régions, mais je n’en connais pas les chiffres pour juger, ce pourrait bien être similaire).

Deux raisons pour Business Insider, qu’on retrouve effectivement en France :

  1. Les détenteurs du capital prennent une part de plus en plus grande des profits.
  2. Les quelques plus hauts salaires prennent une part de plus en plus importantes de la masse salariale globale.

Ça s’agrandit depuis la « crise » - n’allez plus croire que les détenteurs du capital assument les risques, ce sont les travailleurs qui le font – mais c’est un décrochage qu’on a depuis les années 1980.

Continuez à taper sur les charges sociales et les charges patronales et oubliez vite qu’il y en a qui, eux, augmentent leur niveau de vie avec la crise, malgré le fait que ce sont eux qui sont sensés payer toutes ces charges patronales.

Évolution des revenus et inégalité croissante

Avant de crier aux impôts qui sont de plus en plus lourds voire confiscatoires, réouvrir le petit pense-bête de Seb Musset :

niveauxdevieevolutionRappel : 46% des foyers fiscaux ne sont pas imposés sur leurs revenus (pour cause de revenus trop faibles). Il est donc assez facile de déduire que l’évolution de l’imposition sur le revenu ne compense même pas l’inégalité de l’évolution des revenus : Si vous payez un impôt sur le revenu, il y a toutes les chances pour que vous fassiez parti de ceux qui y ont gagné entre 2008 et 2011.

Des pauvres de plus en plus pauvres (sans même compter l’augmentation des prix) ; nous ne pourrons pas dynamiser le tissu économique à partir de ça, juste augmenter les profits de quelques uns. Rassurez-vous, la tendance change : ce sont de plus en plus les 1% les plus riches qui raflent toute la mise, non les 10%.

 

 

Anonyme et Pseudonyme sont sur un bateau

Car voilà la triste vérité. Bien souvent, même inconsciemment, vouloir à tout prix connaitre l’identité civile d’une personne n’a qu’un but : pouvoir le juger sur le nom, le passé, le milieu social, les études, l’emploi ou pire.
[...]
Nul besoin de savoir s’il a fait des études dans cette spécialité, s’il est brillant ou s’il est typé asiatique. A l’extrême limite, on peut vouloir connaitre les activités professionnelles de la personne, mais guère plus.

[source: anonyme et pseudonyme sont sur un bateau]

Le pire c’est quand le milieu artistique lutte contre ces internautes anonymes qui se cachent derrière des pseudonymes. Outre la malheureuse confusion entre pseudonyme et anonyme, il faut apprécier l’ironie de ceux qui utilisent des noms de scène ou nom de plume et qui ne répondent que par ce nom.

Mais surtout il y a un glissement de culture sur l’identité des gens. Ma filiation, mon nom de famille, ma scolarité font partie de qui je suis, mais finalement l’identité que je construis ici est d’abord liée à ce que je dis, comment je réagis, pourquoi. Au mieux mon identité civile peut expliquer mon identité actuelle pour un historien, mais c’est assez peu pertinent pour l’essentiel des interventions.

J’utilisais autrefois un pseudonyme. J’ai arrêté de le faire par la pression sociale, parce que c’était trop peu crédible pour trop de monde et que j’intervenais de toutes façons publiquement trop souvent avec mon identité civile. Puis je reprends un peu la main progressivement, en tronquant mon nom de famille, voire en reprenant un pseudonyme qui n’est qu’une contraction de mon nom civil, donc « plus crédible » et « moins anonyme » pour beaucoup tout en gardant une certaine opacité.

Ces questions ne sont pas réglées, mais j’attends le jour où ce qu’on dit sera plus important que notre identité civile.

Emploi, ou pas

Quel sera l’impact sur l’emploi, et donc de réduction des déficits dont on sait qu’ils sont très largement créés par le chômage de masse. On sait que face à une réduction du coût du travail, les entreprises ont le choix entre en profiter pour augmenter leurs marges ou pour embaucher. Mais ce choix s’effectue sous de très fortes contraintes dans les petites entreprises et avec un très fort biais en faveur des effets d’aubaine dans les grandes entreprises. La réduction sur 5 salariés payés au SMIC représente 35% du coût d’une nouvelle embauche. Soit la demande reste atone et l’effet positif sur l’emploi sera nul même s’il peut y avoir un effet positif sur la consommation, soit la demande est en croissance et l’effet d’aubaine sera très important.

Au total, le pacte de responsabilité va d’abord se traduire par un transfert significatif des charges vers un système fiscal qui reste très injuste

[source: Pacte d'irresponsabilité]

Il est temps de penser l’emploi et le chômage autrement. Le plein emploi c’est fini, et ça ne date pas d’aujourd’hui. La question est structurelle et n’a plus rien à voir avec le coût du travail. Le coût du travail entraîne uniquement des oscillations sur une courbe qui ne fait que descendre depuis pas loin d’un siècle. Quand il y a remontée, c’est juste un artefact qui trompe la vision.

On peut – et on doit – penser répartition du travail, mais même ça est du court terme. Ce qu’il faut c’est sortir de cette idée de « sauvegarder des emplois ». Il faut sauvegarder la protection sociale, la vie commune, mais si cela se fait avec moins d’emplois, ou avec un système de travail très différent : tant mieux.

Quelle est cette logique imbécile qui voudrait que travailler plus soit un objectif commun de notre société alors qu’on arrive à automatiser jour après jour ? Pourquoi continuer à penser en deux catégories : Ceux qui ont un emploi et ceux qui n’en ont pas ? Le revenu d’existence est une piste. Ce n’est pas la seule mais il est temps de s’y mettre car on ne changera pas de société en un an. Si on tarde trop on sera au pied du mur et ça passera par une révolution, le sang, et le pire.